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Dans le café de la jeunesse perdue de Patrick Modiano

Par Dobrina Clabeaut • ven 26 oct 2007 • Categorie: Littérature

Publié le 4 octobre 2007

Appréciation de Dobrina niveau 2

Dans son dernier roman, Patrick Modiano laisse ressurgir les fragments d’un monde révolu, celui du Paris des années 60, ses devantures désormais ensevelies et ses ruelles fantômes, peuplées des figures fugitives, toujours en partance. Variation subtile et lumineuse sur le mystère humain, Dans le café de la jeunesse perdue allie l’acuité poétique à la sobriété de l’écriture.

À chacun de ses livres, Modiano renoue avec le fil d’une recherche ténue et obsédante. Une tentative sublime de restitution et de scellement du passé, situé à la lisière de l’oubli et du dicible, et que reflète avec force cette nouvelle œuvre, autant sinon plus que ses plus beaux récits. En exergue, comme au seuil d’un texte hanté par l’absence, par l’évanouissement subreptice des êtres et des lieux, siège une citation de Guy Debord à laquelle le roman emprunte son titre : « À la moitié du chemin de la vraie vie, nous étions environnés d’une sombre mélancolie, qu’ont exprimée tant de mots railleurs et tristes, dans le café de la jeunesse perdue ».

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Dans le café de la jeunesse perdue porte sur la quête d’une jeune femme. Enigmatique et vagabonde, elle partage l’identité incertaine des habitués du Condé, un café de l’Odéon. À ce groupe de figures bohèmes - intellectuels, artistes et étudiants en rupture de ban viennent s’y refugier -, elle doit sont surnom de Louki. De ce monde interlope où les personnalités réelles - l’écrivain russe Arthur Adamov, ou encore Maurice Raphaël, auteur de polars plus connu sous le pseudonyme d’Ange Bastiani - côtoient des existences inventées, elle est l’incarnation la plus évanescente et féminine. La plus désirable, inéluctablement.

Modiano construit un récit à quatre voix dont les narrateurs se succèdent, chacun complétant l’histoire de la jeune femme : un élève de l’Ecole des Mines familier du Condé se remémore ainsi ses quelques apparitions, toujours par « la porte la plus étroite, celle qu’on appelait la porte de l’ombre ». Ses souvenirs introduisent la présence d’un mystérieux personnage, détective privé engagé pour la suivre, et dont le témoignage lève à son tour le voile sur la vie conjugale de l’héroïne, avant qu’elle-même n’en vienne à se raconter. À vingt-deux ans, Louki a repris le nom de Jacqueline Delanque et abandonné celui de son mari, un certain Jean-Pierre Choureau, gérant de la société immobilière où elle travaillait comme secrétaire. Ce volte-face identitaire intervient quatre ans après la mort de sa mère, ancienne ouvreuse du Moulin rouge avec laquelle elle vivait à proximité de Pigalle et qu’elle a fui, encore adolescente, attirée par l’horizon des rues parisiennes, puis happée par leur tracé aléatoire au risque de se perdre définitivement.

Une fugue rémanente que son idylle vécue avec Roland prolonge et accompagne. Ultime narrateur du roman, il est complice de cette jeunesse aventureuse partagée sans ancrage, sinon celui finalement révélé par le manque, une fois l’autre disparu. Aux côtés de cet amant tiraillé par l’envie d’écrire sur les « zones neutres », ces no man’s land urbains qui n’ont cessé d’inspirer Modiano, Louki poursuit son inexorable dérive, avant de s’échouer dans une échappée tragique, signant d’une pointe émouvante le terme d’un récit aigu et éblouissant.

Dans le café de la jeunesse perdue, Patrick Modiano, édité par Gallimard, collection Blanche.

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2 Réponses »

  1. d’accord avec vous.
    je vous propose d’aller voir ma critique
    http://chezpapito.over-blog.com/article-12896855.html

  2. La musique rétro et nostalgique de Modiano, comme une rengaine. Pas d’étoile jaune ici, mais comme d’habitude la peur de vivre, la mort comme cachet d’aspirine. Un Modiano de plus, ni meilleur ni pire, un plaisir de le lire teinté du doute de se laisser avoir par cette délicieuse brume qui entoure ses histoires.

    Posté sur http://lesbouquinsdemaman.free.fr

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