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Une appendice nécessaire

Par Thomas Cepitelli • lun 29 oct 2007 • Categorie: Théâtre

Représentations jusqu’au 28 octobre 2007

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« J’ai toujours rêvé d’être incinérée à ma mort, chose interdite au Liban, car toutes les religions refusent l’incinération et pratiquent la mise en terre. »

C’est cette remarque qui est à l’origine du dernier travail scénique de l’actrice et metteur en scène libanaise, Lina Saneh. Invitée à venir présenter en compagnie de son mari à la ville et à la scène Rabih Mroué, sa nouvelle création, elle nous offre une proposition absolument déroutante, inquiétante et réussie.

Tout le long de la petite heure que dure Appendice, Lina Saneh est sur scène, assise de profil, immobile et silencieuse. Ce n’est pas elle qui s’emparera des mots de son histoire mais Rabih Mroué qui jouera de l’ambigüité de jouer le rôle du mari de sa propre femme. Le réel et la fiction se démêlent difficilement et l’on finit par comprendre que la fiction est de plus en plus lointaine. Ce qui compte ici, c’est la parole vraie d’une femme voulant se faire incinérer et n’ayant pas le droit de disposer de son propre corps même lorsque celui-ci ne sera plus que cadavre. Car il s’agit bien là de parler de la liberté des hommes et des femmes à disposer de leurs désirs, de leur corps et de leur conscience.

Lina Saneh, pose, par exemple, la question faussement naïve, de la liberté de changer de sexe. Est-il normal que l’on puisse se faire gonfler ou diminuer les seins ou les lèvres sans aucun problème alors que des comités d’experts doivent se prononcer sur le choix d’un homme ou d’une femme de pratiquer une opération leur permettant de devenir ce qu’ils pensent être le sexe qui leur convient ?

Lorsque Lina Saneh a appris qu’elle ne pourrait pas se faire incinérer comme elle le désire elle décida de s’enlever un par un les organes et les membres (du moins utile, l’appendice, au plus nécessaire, les valves du cœur, par exemple) et de les faire brûler séparément. Mais c’était sans compter l’éthique des médecins qui spécifie que seuls les membres ou les organes malades peuvent être enlevés.

Il ne restait alors que l’art pour permettre à Lina Saneh d’aller au bout de son désir. Elle met en place alors, un site Internet où des plasticiens du monde entier peuvent venir « signer » une partie de son corps. Cet acte les lie contractuellement avec la performeuse. En effet, il leur faudra conserver le mieux possible l’organe ou le membre, et, si cela n’est plus possible de l’incinérer et de le disperser aux quatre vents.

Ce qui absolument formidable dans cette aventure, c’est que le site Internet existe vraiment. Une carte de visite est donnée à chaque spectateur afin qu’il puisse s’y rendre et prendre contact avec Lina Saneh. Que ce site soit une œuvre d’art en soi ou non, ce qui est enthousiasmant, c’est que les frontières du réel et du fictif s’effondrent mais aussi et surtout que Saneh fait de l’acte théâtral, un moment de culture qui n’a plus d’espace défini mais qui est polymorphe et perméable.

Lina Saneh met avec un talent et une intelligence rares les conventions théâtrales a mal. En éloignant, le plus possible « la représentation », mais en nous donnant à entendre une performance-conférence, elle redéfinit le texte de théâtre, ce qu’est l’incarnation par l’acteur et même les lieux et les signes de la représentation.

Appendice, mise en scène de Lina Saneh.
Avec : Lina Saneh et Rabih Mroué.
Au Théâtre de la Cité Internationale
dans le cadre des scènes du Moyen Orient du Festival d’Automne à Paris.

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Thomas Cepitelli est un ancien rédacteur Théâtre du magazine.
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