culturofil_header.jpg

Tout ce que le ciel permet de Douglas Sirk, l’édition collector 2 DVD

Par Willy Gilboire • mer 7 nov 2007 • Categorie: Dvd / Blu-ray

Sortie le 7 novembre 2007

Appréciation de Willy niveau 2

Cary Scott (Jane Wyman), une femme d’âge mûr, est frappée d’ostracisme par les membres de sa communauté. En tombant amoureuse de son jardinier et cadet Ron Kirby (Rock Hudson), elle attire l’incompréhension et les moqueries de ses pairs. Plus révoltant encore, Cary se heurte au cruel jugement de ses propres enfants, contrariés peut-être de la voir si peu résignée à vieillir.
L’amour sera pourtant le plus fort, mais il sera mis à rude épreuve.

Tout ce que le ciel permet - 01.jpg

Bien plus encore qu’un remarquable mélodrame, un genre porté au sommet par le réalisateur d’origine danoise Douglas Sirk, ce film flamboyant tourné de janvier à février 1955 par ce dernier est aussi la vitrine d’une philosophie native et exclusive des Etats-Unis : le transcendantalisme.
Cité ostensiblement dans le film, le livre Walden est l’œuvre de l’écrivain américain Henry David Thoreau (1817 – 1862). Amoureux de la nature, individualiste, pacifiste et panthéiste, il était avec Ralph Waldo Emerson (1803 – 1882), une figure centrale du mouvement transcendantaliste.
Chef-d’œuvre littéraire dont la prose savoureuse aurait exercé une profonde influence sur Douglas Sirk puisqu’il l’aurait reçu de son père à l’âge de 13 – 14 ans (comme la légende le veut…), Walden et son message thérapeutique irradient le film et apparaissent comme l’un de ses thèmes majeurs.
Les transcendantalistes étaient donc la voix de l’Amérique. Découvrir la voix originelle de l’Amérique, c’était trouver en soi-même un langage ordinaire, compter sur soi-même seulement. Pour Henry David Thoreau comme pour Ralph Waldo Emerson, c’était dans l’immanent, le quotidien et le présent que l’homme pouvait trouver sa rédemption et celle de la nature à la fois.

La pensée transcendantaliste est donc pour Douglas Sirk une source, un matériau intellectuel pour l’écriture et l’esthétique de Tout ce que le ciel permet.
Plus qu’une citation dans le film, le message de Walden est le témoignage sincère d’un authentique respect du cinéaste pour une philosophie qui lui était de prime abord étrangère (né Hans Detlef Sierck, cet allemand est l’un des nombreux grands metteurs en scène émigré aux Etats-Unis).
Dans Tout ce que le ciel permet, Jane Wyman incarne donc Cary Scott, une femme considérée comme n’étant plus très jeune et qui s’efforce de vivre dans un conformisme bourgeois aussi sécurisant qu’aliénant. Son prétendant, Ron Kirby, joué par Rock Hudson, représente un nouveau monde salvateur pour elle.
Bien qu’il n’ait pas lu Walden, ce dernier incarne idéalement (et avouons-le, naïvement) l’esprit de ce livre. Bâtit comme une force de la nature, fort comme un roc quand il reconduit notamment un prétendant alcoolique de Cary, il est celui qui, par ses sincères sentiments, permettra à cette dernière de retrouver une vitalité inespérée et, peut-être, d’échapper au désespoir tranquille qui la guette.

A-PLAT-TOUT-CE-QUE-LE-CIEL-.jpg

Pour en revenir à cette édition collector 2 DVD, le premier propose ce chef-d’œuvre dans un somptueux master restauré haute définition qui fait honneur à la sublime photographie automnale du film de Douglas Sirk. Un chapitrage et le film-annonce originel complètent ce disque.
Pour le second DVD, nous saluons la grande qualité des suppléments proposés.
Éclat du mélodrame : Filiation (15 min) est à la manière de l’ancienne émission La dernière séance, une conversation entre deux spécialistes du cinéma américain : Pierre Berthomieu (Ô maître !) et Jean-Loup Bourget.
Tous deux reviennent sur l’influence de Douglas Sirk sur Rainer Werner Fassbinder et Todd Haynes, ainsi que sur l’évolution du genre qu’est le mélodrame.
La tendresse selon Sirk (15 min) est une interview où le cinéaste Todd Haynes (auteur en 2002 du très beau Loin du Paradis avec Julianne Moore) démontre sa grande connaissance des aspects du cinéma de Douglas Sirk (déjà soupçonnée par Jean-Loup Bourget) et de Rainer Werner Fassbinder.
Dans Les films libèrent la tête (10 min), sur un texte de Rainer Werner Fassbinder, vous découvrirez une nouvelle approche de Tout ce que le ciel permet, assez noire mais tout autant passionnante que les précédentes.
Nous vous conseillons également le film-mix de François Ozon, Quand la peur dévore l’âme (traduction du titre originel du film de Fassbinder Tous les autres s’appellent Ali), où il réalise un intéressant travail narratif et théorique de montage à partir des films de Douglas Sirk et de Fassbinder.
Plus Prosaïque, le dernier supplément Contract Kid est une interview de l’acteur William Reynolds (le fils de Cary dans le film), qui a joué pour William Wyler et Henry Hathaway.

Le schéma de Tout ce que le ciel permet, simple de prime abord, se développe donc pour aboutir sur une analyse sociale doublée d’une charge contre la morale bien-pensante.
À travers sa poétique filmique, Douglas Sirk emploie des tons musicaux naïfs et féériques (à l’aide du compositeur Frank Skinner) et formalise son portrait de la nature (usage de peintures de fond, couleurs exacerbées).
Le cinéaste exprime ainsi dans ce très beau film édité par Carlotta, grâce à la confrontation de deux mondes (l’un petit bourgeois, l’autre naturel) une sensible inclinaison pour une pureté et une liberté qu’il idéalise volontiers.
Une fois encore, un DVD à voir, à revoir et à garder en mémoire.

Tout ce que le ciel permet, un film flamboyant de Douglas Sirk, avec Jane Wyman, Rock Hudson, Agnès Moorehead et Jacqueline de Wit, édité par Carlotta Films.
États-Unis, 1956, 89 min, couleurs, format 1.85 respecté - 16/9 comp 4/3, version originale et française - sous-titres français.
Édition collector 2 DVD testée sur Samsung LE40F71B et Philips Home Cinema HTS6510.
Crédit photographique : Carlotta Films.

Technorati Tags: , , , , , , , , ,

Willy Gilboire est un des rédacteurs DVD du magazine.
Ecrire à cet auteur | Tous les articles de Willy Gilboire

3 Réponses »

  1. Je viens de revoir également ce splendide chef-d’oeuvre avec trois autres merveilles que réédite Carlotta dans un somptueux coffret (”Mirage de la vie”, “Le temps d’aimer et le temps de mourir”, “le secret magnifique”). L’oeuvre de Sirk est d’une richesse et d’une densité qu’on redécouvre à mesure qu’on revoit ses films. C’est sublime.
    NB : un petit détail mais il me semble que le cinéaste est d’origine allemande et non pas danoise…

  2. Sublime oui ! Emouvant aussi, beau, magnifique, etc etc…
    Carlotta Films distribue un coffret exceptionnel.
    NB : Les parents de H.D. Sierck étaient d’origine danoise…

  3. [...] citadin divisé que le cinéaste créera trois ans plus tard pour le flamboyant mélodrame Tout ce que le ciel permet, avec l’aide du directeur de la photographie Russell [...]

Laisser une réponse