Kaboul Disco : goood mooooorning Afghanistaaaaaaaan !
Par Julien Meyrat • mar 13 nov 2007 • Categorie: Bande Dessinée / MangasAlbum paru en octobre 2007

Nicolas Wild est dessinateur. Il n’est pas aussi connu ni aussi prolifique que son illustre colocataire parisien Boulet, mais il est doué, dynamique et doté d’un sens de l’humour à toute épreuve. Alors quand on lui propose d’aller en Afghanistan pour créer une bande dessinée sur la nouvelle Constitution du pays… d’abord il refuse (pas fou non plus). Puis, le loyer ne risquant pas de se payer tout seul, il fonce. Et il découvre une nation plus tout à fait en guerre, mais pas vraiment en parfait état non plus.

Ce premier tome a un titre : Comment je ne me suis pas fait enlever en Afghanistan. Et effectivement, Nicolas Wild ne s’est pas fait enlever. Mais il s’en est fallu de peu. Parti rejoindre Zendagui, une boîte de communication qui vivote tant bien que mal en zone sinistrée, Wild devient notre guide, ses interrogations les nôtres. Mais contrairement à d’autres carnets de voyages en BD, Wild ne devient pas un expat’ en crise existentielle (comme dans La Perdida de Jessica Abel, par exemple), ni un témoin détâché (Pyongyang de Delisle…). Hésitant entre touriste enfariné et dessinateur engagé, il découvre les coutumes locales et commet consciencieusement tous les impairs possibles au cours d’une multitude d’anecdotes édifiantes et souvent hilarantes. Et, tout en nous faisant rire, il apporte en même temps un éclairage inédit sur la situation afghane actuelle, pays perdu entre plusieurs guerres, un certain nombre d’ennemis, une histoire militaire affligeante et une nouvelle Constitution ambitieuse mais pour laquelle tout reste à faire. Et Wild de nous faire hurler de rire avec un gag trop beau pour être imaginé : alors qu’il recherche de la doc pour un dessin du Parlement afghan à rendre deux heures plus tard, il apprend que ce Parlement n’existe tout simplement pas encore ! Le ton est léger, mais l’idée est là.
Si le dessin des personnages est parfois (mais rarement) un peu approximatif, Wild se rattrape avec des paysages somptueux et une mise en case exemplaire de simplicité et de lisibilité. Plus, il joue sur les ambiances et sur son propre personnage, présenté comme un déconneur souvent assez inconséquent. Ainsi la joyeuse équipe de Zendagui ressemble-t-elle plus à une troupe de pieds nickelés mal dégrossis qu’à un staff de com présidentielle. Du coup, on se sent très proche de ces vaillants soldats de l’information. Surtout, Wild rappelle que les gens continuent à vivre dans ce pays si effrayant dont la simple mention fait frémir. Ils s’y sentent même plutôt bien, en dehors des moments un peu tendus : enlèvements, attentats, couvre-feu, occupation américaine… L’auteur se retrouvant ici au cœur du système de propagande, on en vient rapidement à s’interroger autant que lui. Après tout, que raconte cette Constitution qu’il est supposé illustrer ? Et c’est quoi, cette campagne de promo pour l’engagement dans l’armée régulière ?
Autant dire que derrière une BD plutôt réjouissante se trouve une perle d’intelligence et de pédagogie qui nous ouvre les yeux sur un pays pas si lointain, bien mieux que tous les reportages TV. Le tome 2 (Comment je ne suis pas devenu opioman en Afghanistan) est prévu pour juin 2008. Plus qu’à attendre.
Kaboul Disco, tome 1, Comment je ne me suis pas fait kidnapper en Afghanistan, texte et dessins de Nicolas Wild, éditions La Boîte à Bulles, collection Contre-Cœur.
Technorati Tags: Nicolas Wild, Bande Dessinée, Critique, Opinion, Culture
Julien Meyrat est le rédacteur Bande Dessinée de Culturofil. C'est lui qui a créé nos Grimaces.
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