Etienne Daho : L’invitation
Par Labosonic • jeu 15 nov 2007 • Categorie: MusiqueAlbum paru le 5 novembre 2007

Etienne Daho est une véritable exception dans le paysage musical français, malgré ses 50 ans et un quart de siècle de carrière au compteur, l’homme est le contre-exemple parfait de toute la tradition, discutable par ailleurs, chère à notre hexagone. Chez lui, comme avec tous les maîtres de la pop, il n’est question que d’équilibre. A l’instar des plus grands virtuoses anglo-saxons, il maîtrise cet art difficile qui consiste à soigner autant paroles que musique sans pour autant négliger les arrangements et la production, qui constituent le véritable secret d’un album de très haute qualité. L’invitation, son dernier album en date, ne déroge pas à cette règle qu’il semble être le seul à s’imposer en France.
Réalisé hors de nos frontières par le rennais et sa petite tribu de fidèles (Edith Fambuena, Xavier Géronimi), le disque se caractérise, mais c’est une évidence chez Daho, par des textes intelligents, sensibles, riches de nuances. Rien de nouveau de ce côté-là, c’est une marque de fabrique chez l’artiste, et ça n’étonnera personne. La présence d’une chanson (Toi jamais toujours) signée Brigitte Fontaine, ne surprendra personne. L’amitié entre la plus givrée des parisiennes et Daho, ancienne1, sincère et basée sur leurs affinités artistiques, se révèle encore une fois payante. Plus inhabituel, mais particulièrement pudique dans son traitement, Boulevard des capucines aborde même un délicat sujet autobiographique.

Musicalement assez calme, l’album dégage une atmosphère sereine que seuls les journalistes apprentis psychothérapeutes et obnubilés par cette confession chantée qualifieront d’intimiste voire intime. Etienne Daho chante avec maestria sur un fond de pop-music orchestrée à merveille. Juste et mesuré dans son interprétation, il permet aux mélodies de s’épanouir tranquillement autour de guitares électriques, parfois soutenues par des lignes de cordes signées David Whitaker. Le grand compositeur de musique de films s’y montre pour l’occasion inspiré et agrémente le tout avec le talent qui lui a permis de façonner les plus grands (Gainsbourg, Nico, Rolling Stones, Marianne Faithfull).
Beaucoup de talents regroupés autour du berceau de cet album, pour un résultat qui plaira certainement aux inconditionnels de Daho, mais rien dans l’énumération précédente ne permet de s’assurer que le disque ira conquérir un autre public. Et c’est là qu’intervient le facteur production qui, va dès la première écoute, assurer la réussite de L’Invitation. Le travail effectué en studio est formidable et le traitement du son très inhabituel de ce côté-ci de la Manche.

Percussions et voix mixées en avant confèrent à l’ensemble un charme fou. Daho, chanteur à qui l’on a jamais cessé de reprocher une voix faiblarde2, trouve dans cet équilibre nouveau un moyen parfait de mettre tous les aspects de son chant en valeur. Jamais, ses intonations, claires, n’ont transmis aussi bien les émotions. Mais c’est surtout du côté de la batterie que cette formule se révèle la plus payante car elle donne à certains morceaux (Obsession, Les fleurs de l’interdit, Toi jamais toujours) un aspect inédit et un cousinage certain avec des artistes aussi prestigieux que Mazzy Star et même le Velvet Underground. La parenté, justifiée et assumée, devient même une évidence au travers de morceaux ponctués de sons de tambourins et de triangles (Les fleurs de l’interdit).
C’est ce petit secret de fabrication qui fait de l’Invitation un très grand disque d’un artiste déjà exceptionnel, à la fois par sa carrière et le fait qu’il ne peut être comparé à personne en France.
L’Invitation, d’Etienne Daho, publié chez EMI.
Crédit photographique : EMI, DR.
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