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Un triste hommage

Par Thomas Cepitelli • lun 19 nov 2007 • Categorie: Théâtre

Représentations jusqu’au 28 novembre 2007

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On est parfois bien embêté à l’heure de commencer un article où l’on sait que l’on ne dira que du mal. Parce qu’on aime les artistes, que l’on sait les difficultés, les peines et les doutes que porte chaque aventure de théâtre. Cependant, l’honnêteté doit être notre guide.

François Berreur a décidé de mettre en scène un des textes majeurs de celui dont il fut l’un des fidèles acteurs et compagnons de route, Jean-Luc Lagarce. En choisissant de monter Juste la fin du monde, il savait s’atteler à une des pièces les plus exigeantes du répertoire théâtral contemporain. C’est une œuvre polysémique, complexe tant au niveau de sa forme qu’au niveau des choix d’interprétation qui doivent être faits pour la résoudre. Poème en prose, pièce musicale, polyphonie parlée, les termes ne manquent pas pour décrire cette pièce sur laquelle d’aucun se sont déjà cassés les dents et ont offert des propositions peu convaincantes.

Le sujet lui-même est complexe. Louis décide après de longues années d’absence de revenir dans sa famille pour annoncer sa mort « prochaine et irrémédiable ». Mais il ne leur en dira rien et repartira. Pourquoi ce silence ?

Berreur a fait le choix d’un jeu psychologique incarné, du naturalisme le plus juste. Ce faisant il rate absolument son projet et passe à côté de toute la dimension poétique du texte. Il décide en effet de donner une psychologie aux personnages du drame lagarcien ce qui est un contre sens terrible pour deux raisons. D’une part, les personnages, qu’ils soient de roman ou de théâtre, n’ont pas de psyché. Il n’y a plus guère que dans quelques classes de lycée, du moins l’espère-t-on, que l’on apprend aux élèves que Mme Bovary a un inconscient.
D’autre part, les personnages de théâtre non plus, malgré l’incarnation des comédiens. Et là tout est fait comme si un background psychotique régissait le jeu des acteurs.

Un rôle n’est rien de plus que ce qu’il dit, ce qu’il signifie est affaire de mise en scène et d’interprétation par les spectateurs, pas par les acteurs. On retiendra surtout Danièle Lebrun et Bruno Wolkovitch qui, habitués au jeu pour le petit écran, donnent tout au long de la pièce des interjections que ne supporte pas le travail de dentelle du texte de Lagarce.
Par ce jeu d’acteurs que depuis Meyerhold on trouve dépassé, sauf au boulevard, tous les comédiens même Elizabeth Mazev, habituellement si précise et rigoureuse, jouent une comédie de mœurs de bas étages.

On a l’impression d’être au théâtre de boulevard, mais un boulevard intello et subventionné. Le public rit des blagues de potache et du sur-jeu de ces acteurs qui tentent de tirer la couverture à eux. Au royaume des stars le texte n’est jamais roi. Car ce qui est terriblement énervant dans le travail de cette équipe, ce n’est pas tant que cinq égos sur-dimensionnés se fassent la course, mais bel et bien qu’à aucun moment ils ne sachent s’effacer derrière les mots du poète et rendre hommage à ce qu’ils disent.

Mais, ce qui est encore plus terrible c’est ce que raconte finalement cette mise en scène. En faisant de Louis un personnage jovial, rondouillard, enthousiaste, Berreur éloigne le spectre de la mort et de la maladie. Il fait de ce personnage un pauvre type avec qui les siens règlent leur compte. Une mère castratrice, une belle-sœur idiote, un frère jaloux et violent et une sœur hystérique. Une vraie comédie pour petits bourgeois en manque de thérapie familiale. De la maladie, du SIDA en l’occurrence, de la perte de la dignité de soi face à un corps empêché, rien ne subsiste. Et que l’on ne vienne pas nous dire que Louis n’est pas le double de Lagarce. On le sait merci, mais on sait aussi que c’est le corps malade quel qu’il soit que l’on balaye ici.

Alors, en riant de blagues à deux sous, en regardant des corps chics et bien portants, le sombre poème devient une comédie bourgeoise même pas digne de Feydeau. On ressort énervé et on songe à la mort de Michel Foucault où, pour ne pas choquer les braves professeurs du Collège de France, on évita de dire qu’elle était sa vraie maladie. Triste ironie pour deux hommes, Lagarce et Foucault, qui ont passé leur temps à penser le verbe et la vérité comme véhicules du vivant.

Juste la fin du monde, de Jean-Luc Lagarce, mise en scène de François Berreur.
Au théâtre de la Cité Internationale (théâtre de la Ville hors les murs).
Avec : Clotilde Mollet, Bruno Wolkowitch, Elizabeth Mazev, Hervé Pierre et Danièle Lebrun.

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Thomas Cepitelli est un ancien rédacteur Théâtre du magazine.
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2 Réponses »

  1. Je vous trouve bien mauvaise critique , je suis allée voir cette pièce et en ait ressortie enchantée , le jeu des acteurs est magnifique , la mise en scène est impeccable .Vous n’avez pas aimé , moi par contre j’ai aimé quitte à revenir voir cette pièce lorsqu’elle passera dans ma région .Tout est parfais .

  2. Votre position a le merite d’être argumentée et d’une impeccable logique interne…mais votre honneté nous guiderait droit vers le vaste cimetière du théatre distancié. Et bravo à Berreur

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