The Harlem Experiment : New-York dans les oreilles
Par Labosonic • jeu 22 nov 2007 • Categorie: MusiquePublication prévue le 30 octobre 2007

Chez Ropeadope Records, hormis l’amour de la musique, une seule chose prime et c’est l’importance du mot juste. Ainsi la série de disques intitulée Experiment signifie que le label a décidé de construire quelque chose d’inédit et que personne d’autre n’oserait tenter. Et l’idée qui définit ces compilations, dont le troisième opus, The Harlem Experiment vient de paraître, est diablement séduisante : il s’agit de produire une œuvre originale en évoquant un lieu. Véritables livres d’histoire-géographie qui s’écoutent, ces albums regroupent uniquement des musiciens du cru et vont retracer le patrimoine musical de la cité avec des morceaux inédits.
Après avoir visité Philadelphie, puis Detroit en compagnie de Carl Craig (excusez du peu !), c’est au tour d’Harlem de bénéficier d’une compilation dédiée où des musiciens, à la fois virtuoses et confirmés, vont évoquer ce lieu cher à leur cœur. Et du beau monde, Harlem en a vu passer. Ce quartier New-Yorkais, non content d’abriter la mythique salle de l’Apollo Theater, a, de par ses métissages culturels, vu vivre des courants musicaux majeurs : du jazz à la salsa en passant par la crème du hip-hop d’hier et d’aujourd’hui, d’Alicia Keyes à Pimp Diddy en passant par Tupac.

C’est donc avec un casting de rêve que s’est fait cet album : Carlos Alomar1, Ruben Rodriguez2 & Eddy Martinez3. La sélection est d’autant plus habile qu’elle n’est pas un agrégat de stars qui n’auraient qu’une envie : tirer la couverture à eux. C’est au contraire un échantillon idéal de ce qu’Harlem a apporté à la musique : des artistes de premier plan qui savent jouer les virtuoses discrets et ont, dans l’ombre, officié sur des succès planétaires. L’ensemble, complété par Steve Berrios (Batterie), Don Byron (Clarinette), Steven Bernstein (Trompette) accueille de plus des invités de prestige : le bluesman Taj Mahal, des grandes figures du jazz (Queen Esther4, Olu Darah5) et du rap (Larry Legend).
Ceux-ci se retrouvent donc pour évoquer les racines musicales d’Harlem, à savoir un jazz aussi métissé que ce quartier de Big Apple. The Harlem Experiment puise ses sources dans la musique klezmer, la salsa, la soul,pour évoluer vers le hip-hop et le funk. L’album réussit avec succès sur des standards repris fidèlement : Bei Mir Bist du Schoen, servi par l’impeccable clarinette de Byron, A rose in Spanish Harlem où James Hunter a la lourde tâche de succéder à Sam & Dave, Reefer Man qui voit Taj Mahal réussir à se glisser dans la peau du monument Cab Calloway.
Mais c’est surtout quand il sort des sentiers battus, mélange les styles et les époques que l’album prend une dimension supérieure à ses prédécesseurs. Le slam de DJ Mums sur Lil’ Bit, la formidable participation de Larry Legend sur It’s just begun, les scratchs qui, sur Think, se juxtaposent aux envolées de claviers funkoïdes et à la voix old-school de Queen Esther apportent un souffle nouveau à la série Experiment et permettent d’envisager sereinement l’avenir du jazz.
Excellent troisième volet d’une compilation qui se distinguait déjà par sa qualité et son originalité, The Harlem Experiment tient totalement les promesses du concept et se revèle être un véritable album de rêve qui dépasse de très loin ses prédécesseurs.
The Harlem Experiment, compilation en écoute intégrale et gratuite, publié chez Ropeadope.
Crédit photographique : Benjamen Walker.
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- Guitariste virtuose à qui David Bowie et Iggy Pop doivent leurs chefs-d’œuvre de la fin des années 70[↩]
- Bassiste de Tito Puente et Eddie Palmieri[↩]
- ici au piano, plus connu pour ses talents à la six cordes avec les pionniers du hip-hop de Run DMC[↩]
- accompagnatrice de Duke Ellington[↩]
- Jazzman d’avant garde et heureux papa du rappeur NAS[↩]
Labosonic est un des rédacteurs Musique du magazine.
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Très bel album… et très belle chronique que je vais m’empresser de mettre en lien au bas de la mienne…
“Pimp Diddy”, il fallait la faire, celle-ci
SysTooL