In Memoriam
Par Thomas Cepitelli • lun 26 nov 2007 • Categorie: ThéâtreRéprésentations jusqu’au 24 novembre

Après Le lac des cygnes et Le sacre du printemps, Raimund Hogue vient donner à Paris sa version du Boléro de Ravel. Il décide de revisiter les classiques et leur donne, à chaque fois, un regard neuf qui permet de comprendre à nouveau ces monuments que nous pensions trop poussiéreux pour nous intéresser.
Comme toujours dans ces spectacles Hogue déconstruit ce qu’on pourrait attendre de la représentation. Sa création s’intitule Bolero Variations et en effet il nous donne tout un catalogue de versions du Boléro de Maurice Ravel mais aussi des boléros sud-américains. Le boléro étant une danse espagnole du XVIIIè siècle c’est une toute autre écoute que l’on a de cette forme musicale.
Le chorégraphe, ancien dramaturge de Pina Bausch, écrit souvent que ce qui compte pour lui dans la danse c’est de faire entendre et voir un lot de souvenirs communs. Pour que la communion puisse se faire, pour que le spectacle soit politique, au sens où les Grecs l’entendaient, c’est-à-dire être ensemble.
Hogue nous donne à entendre une demi-douzaine de versions du Boléro de Ravel et c’est une découverte à chaque fois… On entend ou l’on ré-entend jouer Marguerite Long, Leonard Bernstein et Maurice Ravel lui-même.
Pour ce qui est des chansons plus populaires on entend les voix de Tino Rossi, de Luis Mariano ou encore de Doris Day.
Mais au milieu de toutes ces magnifiques versions retentit d’un seul coup une voix. Celle d’une femme nous disant, en anglais, son arrivée à Auschwitz. La tonte des cheveux, l’arrachage des vêtements, l’abandon des bagages. Elle raconte que ce sont les autres détenus et non pas les Allemands qui s’en occupaient. Et là, des discussions s’engageaient. En discutant avec celle qui l’accueillait la jeune femme lui donne des nouvelles du front. Tout à coup elle lui pose la question de savoir si elle sait jouer d’un instrument. Elle lui apprend alors qu’elle pratique le violoncelle depuis l’enfance. Elle nous confie comme la musique a compté pour elles toutes dans ce camp. Dans ce lieu qui fut celui de la négation de toute humanité, la musique a été la seule issue pour rendre un tout petit peu plus humain ce qui les entourait. Elle dit aussi comme elles jouaient le mieux possible non pas pour les nazis mais pour les autres détenus et pour elles mêmes, pour accomplir quelque chose de beau et d’indépassable.
Toute l’œuvre de Raimund Hogue consiste à travailler sur la mémoire. Par la musique, mais aussi par la reprise d’autres chorégraphies. Il cite plusieurs fois la chorégraphie que Maurice Béjart créa pour Georges Done, sa muse. Quel plus bel hommage à celui qui fut l’un des plus grands chorégraphes de notre siècle? Et cette partition chorégraphique, Hogue l’offre à celui qui est sa muse, l’incomparable Lorenzo De Branbadere. La merveilleuse Ornella Balestra entre en scène, elle lève les bras en couronne au dessus de sa tête. Toute la grâce qui est la base de la danse classique se révèle alors. On se souvient qu’elle fut l’une des interprètes les plus remarquées de chez Béjart.
C’est ce que conte ce merveilleux spectacle qui restera un long moment dans nos mémoires de spectateur. Une histoire de la danse (ce fut le titre de l’un des spectacles de Hogue, il y a quelques années). D’hommage en hommage, Hogue nous offre le portrait en kaleïdoscope de celles et ceux qui aiment la danse et qui pensent que l’art restera ce qui sauve notre part d’humanité.
Bolero variations, par Raimund Hogue.
Avec : Ornella Balestra, Ben Benaouisse, Lorenzo de Branbadere, Emmanuel Eggermont, Raimund Hogue, Yutaka Takei.
Jusqu’au 24 novembre au Centre Pompidou dans le cadre du Festival d’Automne.
Technorati Tags: Raimund Hogue, Pina Bausch, Marguerite Long, Leonard Bernstein, Maurice Ravel, Maurice Béjart, Georges Done, Lorenzo De Branbadere, Ornella Balestra, Bolero variations, Ben Benaouisse, Emmanuel Eggermont, Yutaka Takei, Théâtre, Danse, Critique, Opinion, Culture
Thomas Cepitelli est un ancien rédacteur Théâtre du magazine.
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bonjouur, merci pour ce billet intéressant (comme souvent !) ; heireusement que tu as précisé : ce fut le titre de l’un des spectacles de hogue, il y a quelques annees
on, aurait eu du mal à saisir l’esseentiel 