Un nouveau sacre
Par Thomas Cepitelli • lun 3 déc 2007 • Categorie: DanseReprésentations du 21 au 24 novembre 2007

C’est toujours une grande joie que de découvrir un nouveau créateur, parce que l’on sait que l’on va pouvoir suivre son travail et voir évoluer son talent. C’est le cas cette saison avec Emanuel Gat.
La soirée qu’il présentait au Centre National de la Danse a certainement été une des plus belles de la saison. Composée de deux pièces courtes, un solo et un quintet, elle permettait de dévoiler à Paris le travail du jeune chorégraphe israélien. On ne peut comprendre l’importance d’une telle découverte sans dire ici que Gat travaille et vit en Israël dans le contexte politique que l’on sait. En fondant sa compagnie et en s’installant dans un centre chorégraphique à une soixante de kilomètres de Jérusalem, il est convaincu que « l’art peut changer les choses » et l’on ne peut que le croire tant il est talentueux.
Le premier travail que présentait Gat était un solo sur My favorite things de John Coltrane. Une bande lumineuse, au devant de la scène et le seul espace qui sera celui de la danse. Il y entre comme le font les jazzmen lors des soli au sein des improvisations collectives. Son corps sec se lance dans des mouvements sans cesse stoppés, mais toujours d’une grande intensité.
Seul en scène, son corps jouit sur la musique qu’il porte, il devient musical. Il est bouleversant de voir la musique devenir corps devant soi. Sans jamais devenir illustrative, sa danse raconte le son sur lequel Gat évolue s’actualise pour nous. Le moment est magique.
Le Sacre du Printemps d’Igor Stravinsky formait la deuxième partie du diptyque. S’attaquer à un tel monument de la danse dont les références ne manquent pas est toujours d’une grande difficulté. Car le public de danse est souvent un public de connaisseurs. On se souvient de celui de Pina Bausch et, bien sûr, depuis quelques jours les images de celui de Béjart nous reviennent en mémoire. Celui de Gat est digne de ses références.
Pris dans une salsa qui n’en finit pas, les cinq interprètes, sur un tapis persan rouge, n’ont de cesse de danser. Ils s’échangent, se séparent, se retrouvent. La salsa devient une chaîne interrompue où les couples se font, se défont sans qu’à un seul instant l’énergie ne tombe. Les danseurs sont d’une technique irréprochable, d’une énergie sans faille et d’une justesse rare.
On ressort bouleversé de ce moment de danse.
Alors, bien sûr, on peut trouver que cette danse « danse beaucoup ». il est vrai que l’on est loin des propositions proches de la danse-théâtre des plateaux européens.
Il est fort courageux de la part de Gat de continuer à pratiquer cette danse tellement écrite et qui peut paraître, dans les premiers instants seulement, un brin désuète. Seulement, on ne peut bouder notre plaisir, devant un vocabulaire chorégraphique enfin nouveau, face à un retour à une vraie technique de danse. Quel plaisir de se retrouver face à de la danse, à cette « énergie qui devient corps pour qu’on puisse la voir » et qui nous ouvre les yeux sur le monde.
My favorte things/le Sacre du printemps, chorégraphie d’Emanuel Gat, présentée au Centre National de la Danse, du 21 eu 24 novembre.
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Thomas Cepitelli est un ancien rédacteur Théâtre du magazine.
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