Maeterlinck enfin
Par Thomas Cepitelli • lun 10 déc 2007 • Categorie: ThéâtreReprésentations jusqu’au 4 décembre

Après nous avoir présenté en début de saison Les légendes de la forêt viennoise d’Odon Von Orvath au théâtre national de Chaillot, le metteur en scène suisse, Christophe Marthaler revient à Paris, avec un spectacle éblouissant et inoubliable, Maeterlinck.
Tout le travail tend à faire entendre à la fois les textes de Maurice Maeterlinck mais aussi les influences qu’il a pu susciter et celles qui l’ont porté. On entend donc, en français, en néerlandais et en allemand des extraits de l’œuvre de l’auteur flamand à la fois comme essayiste et comme dramaturge.
Au début du XXème,Maurice Maeterlinck a bouleversé le théâtre européen. Sa rencontre avec Mallarmé et Villiers de l’Isle-Adam sera décisive pour lui car il décidera de vouer sa vie à la littérature. Son œuvre théâtrale et poétique fait immanquablement partie du mouvement des Symbolistes. Cependant, ces essais le tournent plutôt vers la sociologie des insectes dits sociaux comme les abeilles par exemple. Et c’est par là que Marthaler entre dans l’œuvre du dramaturge.

En plaçant ses acteurs dans un atelier de coutures rempli de machines aussi capricieuses que bruyantes, Marthaler donne à voir une critique sociale. La vie en usine, la répétition des gestes mécaniques bien sûr, mais aussi l’arrogance des petits chefs, la violence faite aux ouvrières. Là encore, les acteurs de Marthaler sont à ce point exceptionnels que chaque geste, chaque émotion sur un visage raconte des milliers d’histoires. La scénographie d’Anna Viebrock est un véritable écrin pour les acteurs, entre une boîte à musique et une ruche d’abeilles post-modernes.
Comme dans tous les spectacles de Marthaler, la partition musicale est de toute première importance. Rosemary Hardy, qui signe la direction musicale et qui joue, offre un travail d’orfèvre usant de répertoires aussi différents que des extraits du lamento du Didon et Enée de Purcell que des chants populaires et paillards flamands dont on imagine volontiers la crudité du langage. Hormis, ces extraits musicaux, qu’on entend souvent chez Marthaler, toute une série de morceaux de compositeurs modernes viennent renforcer l’hommage à Maeterlinck d’une manière plus directe. En effet, le dramaturge a énormément influencé la scène musicale du début du XXème siècle. C’est à lui que l’on doit le livret de Pelléas et Mélisande de Claude Debussy. Proche des deux hommes, on entendra aussi La messe des pauvres d’Eric Satie.
Le travail est à la fois brillant mais aussi porteur d’une grande émotion. C’est en amoureux de la musique, des musiques, que Marthaler signe ses mises en scène. Le travail vocal est d’une rare perfection pour des acteurs qui ne sont pas des chanteurs d’opéra au départ. Pourtant au fur et à mesure de la représentation on ne distingue plus quelle est leur formation première, on se laisse juste submerger d’émotions.
Marthaler rend un hommage sensible et intelligent à celui qui fut un des plus grands poètes de la scène. L’œuvre de Maurice Maeterlinck est malheureusement encore trop peu connue mais son influence est encore très forte. Preuve en est de ce merveilleux travail.
Maeterlinck, mise en scène de Christophe Marthaler, d’après l’oeuvre de Maurice Maeterlinck, au théatre national de l’Odéon-théâtre de l’Europe.
Crédit photographique : Phile Deprez.
Thomas Cepitelli est un ancien rédacteur Théâtre du magazine.
Ecrire à cet auteur | Tous les articles de Thomas Cepitelli
