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The Inevitable Rise and Liberation of Niggy Tardust !

Par Labosonic • jeu 13 déc 2007 • Categorie: Musique

Publié le 1 novembre 2007

Appréciation de Labosonic niveau 2

Aucune tergiversation possible, Saul Williams est le plus grand slammeur de tous les temps. Il l’a prouvé par le passé : un phrasé hors-norme, une manière bien à lui de placer sa voix, une musicalité dans le flow, difficile de trouver les mots adéquats mais c’est un fait, il excelle dans le domaine. Ceux qui en doutent n’ont qu’à visionner Slam, le film de Marc Levin sur le spoken word : il y crève autant l’écran que les tympans. Le long métrage, non content de collectionner les récompenses à Cannes et à Sundance, propagera le genre dans le monde entier et lancera une mode.

Personne n’a jamais égalé Saul Williams, le seul homme qui, lorsqu’il déclame, met autant d’intensité et d’émotions dans ses silences que dans les mots. Talentueux jusqu’à faire passer tous ses congénères pour des émules du mime Marceau, il demeure la référence absolue du genre. Mais, c’était inévitable, Saul Williams a arrêté sa carrière de slammeur. Un tel trop plein de talent a donné mille idées à tous ceux qui l’écoutaient et il était évident que, tôt ou tard, on allait lui offrir des musiques à sa mesure. Le tabou fut brisé par les anglais déjantés de Ninja Tune qui, les premiers, lui confectionnèrent des instrumentaux, et c’est Trent Reznor qui prend le relais pour un album intitulé The Inevitable Rise and Liberation of Niggy Tardust !.

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Le titre extrêmement ambitieux fait sans complexe aucun des clins d’œil à un Bowie au meilleur de sa forme. Le principe moderne de distribution du disque1 prend en compte les enjeux de la dématérialisation des supports. Le mariage hors-norme entre Saul Williams et la tête pensante de Nine Inch Nails apparaît comme l’alliance peu commune entre la poésie urbaine et un rock 100% brut de décoffrage. Cela constitue trois raisons de parler du disque sans véritablement aborder son contenu et ce serait dommage tant il est éblouissant.

Le tandem Reznor/Williams place la barre très haut et évoque dès les premières notes une parenté évidente avec Tricky. Niggy Tardust, alter-ego rock’n'rap du meilleur slammeur du monde, réutilise d’ailleurs toutes les ficelles que le kid de Bristol employait à ses heures de gloire, celles où il invitait aussi bien P.J. Harvey que Björk ou John Frusciante et s’amusait à revisiter sans complexe des classiques de Kurt Cobain ou Public Enemy. Pour preuve, cette reprise de Sunday Bloody Sunday de U2 qui, passée à la moulinette de ce duo improbable, ressort bonifiée d’un lifting qui rend à la thématique du titre2 toute sa violence initiale et légitime.

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Rimes riches (Tr(N)igger) pour les morceaux les plus hip-hop et orchestrations rock quasi bruitistes dès que l’influence de Trent Reznor se fait sentir musicalement, le disque démarre pied au plancher et ne fait jamais baisser la pression. Troublant par la ressemblance vocale, proche de la gémellité, entre Williams et le leader de NIN, il oscille constamment entre les genres favoris des deux interprètes. Du rap teinté d’électro de Niggy Tardust ou WTF! aux déluges de décibels saturés de Banged and Blown en passant par un Scared Money rythmés par des cuivres old school à la fois dub et jazzy. Eblouissant dans son final The ritual, il laisse une fois terminé un rare arrière-goût de perfection.

Le précédent album de Saul Williams s’intitulait Amethyst Rock Star et, s’il ne laissait planer aucun doute sur le talent de son interprète, peinait quand même à justifier la prétention de son nom. Avec The Inevitable Rise and Liberation of Niggy Tardust !, tout est désormais réparé car Williams apparaît comme un diamant brut que Trent Reznor est allé chercher dans les entrailles de la terre : brillant de mille feux sans qu’aucun artifice ne soit nécessaire, il révèle véritablement tout le talent du duo qui l’a créé.

The Inevitable Rise and Liberation of Niggy Tardust !, de Saul Williams, disponible via le site Niggy Tardust.

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  1. Le disque, paru sans l’appui d’une maison de disques, est disponible en libre téléchargement pour tous les internautes avec un taux de compression de 192 Kbits puis téléchargeable dans des formats de qualité supérieure pour 5 $. Il est de plus systématiquement accompagné d’un document PDF illustré faisant office de pochette.[]
  2. La chanson de U2, sous son aspect de petite mélodie Rock FM, est censée rendre hommage aux victimes des événements de Derry du 30 janvier 1972 où des manifestants pacifistes irlandais furent massacrés par l’armée britannique. []

Labosonic est un des rédacteurs Musique du magazine.
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