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COPS : L.A. Confidentiel

Par Julien Meyrat • lun 18 fév 2008 • Categorie: Bande Dessinée / Mangas

Album paru le 23 janvier 2008

Appréciation de Julien niveau 1

En 2030, à la suite de micmacs politiques plutôt réalistes, la Californie est devenue indépendante et Los Angeles une des villes les plus dangereuses du monde. Pour protéger la cité des anges, une section spéciale de la police a été créée : la Central Organisation for Public Security, alias le COPS. L’officier Martin Baker et la nouvelle recrue Gregory Colinas se retrouvent à enquêter sur la disparition de la fille d’un politique important. Les investigations s’annoncent difficiles…

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Culturofil avait déjà évoqué COPS, une des œuvres les plus abouties dans le domaine désormais de plus en plus restreint des jeux de rôles. L’adaptation en bande dessinée, prévue depuis quelques temps, ne laissait pas d’inquiéter les fans. Car, comme l’édictait fort justement Yves Meynard à propos de la transposition d’un média à l’autre, « une bonne partie ne fait pas un bon texte ». Le résultat final est plutôt une bonne surprise : Marc Sautriot, auteur de plusieurs scénarios du jeu, insère sans mal son intrigue dans la collection Neopolis de Delcourt tout en évitant un certain nombre d’écueils. Évitant soigneusement de multiplier les personnages (rien n’est plus difficile que de donner vie à une équipe), il se concentre sur ses deux héros et lance une véritable enquête digne d’une bonne série américaine réaliste. Même s’il est parfois difficile d’éviter le piège de la description d’un univers préexistant forcément très complexe (c’était précisément un des intérêts du jeu), qu’il faut expliquer et détailler un minimum.

Le résultat n’en est pas moins une réussite, grâce au brio de Sautriot mais aussi au trait efficace de Sarchione, qui perd vite ses hésitations de début d’album pour se couler dans les designs imaginés par Aleksi Briclot (Spawn Simonie), qui avait conçu la charte du jeu et qui signe les couleurs de la couverture. On attend juste la suite (et la fin du premier tome).

COPS, tome 1 Crash sur South Central, scénario de Marc Sautriot, dessin d’Antonio Sarchione, éditions Delcourt, collection Neopolis.

Interview de Marc Sautriot, scénariste de la BD COPS
Tout passage d’un média à l’autre est toujours terriblement casse-gueule. Comment vous y êtes-vous pris ?

Cette BD est un projet totalement indépendant du jeu. Il y avait une attente d’un nouveau roman : le premier [écrit par Charlotte Bousquet, NDLA] avait vraiment donné corps au jeu mais n’avait été qu’une opération promotionnelle, quelque chose qu’un éditeur de jeu de rôles ne peut pas se permettre pour ses quelque 1 500 lecteurs maximum. Je me suis dit que la BD permettait de donner des images tout en proposant de nouvelles aventures. Et un éditeur de BD permettait de s’ouvrir à un public beaucoup plus large, donc finalement tout le monde y gagnait.
Il a ensuite fallu faire des choix. Je voulais utiliser l’univers pour raconter mes propres histoires. J’ai pris le parti de ne pas raconter ce qui avait été vécu en jeu, de partir sur d’autres aventures avec d’autres personnages… Du coup, l’autre question a été : qu’est-ce que je vais reprendre ? Et, si j’utilise des personnages du jeu, est-ce que les lecteurs vont s’y retrouver ? Je voulais à tout prix éviter le syndrome X-Files, qui a généré un film totalement incompréhensible pour les gens n’ayant pas suivi la série. Le jeu touchant très peu de personnes, il fallait partir de zéro, créer de nouveaux personnages, ne pas faire intervenir de PNJ préexistants, qui seraient très difficiles à replacer sinon par des artifices trop lourds alors qu’il y a déjà tout un univers à replacer… les lecteurs découvriront donc les persos peu à peu à mesure de l’intrigue.
Bien sûr, deux ou trois têtes connues reviennent : le maire Kristin Lane1, McConroy, qui a un rôle particulier dans la série et dans le jeu… La temporalité de l’album n’a pas été choisie au hasard : alors que le jeu se termine avec Endgame en 2035, la BD revient en mai 2031, après le premier supplément. Une période où la storyline de COPS subit un coup d’accélérateur. Je n’en dis pas plus, mais c’était intéressant d’utiliser cette période-là. Un autre aspect du jeu est la richesse de la documentation sur tous les sujets, notamment juridique. On reste dans cette lignée, même si je reste léger pour ne pas noyer le lecteur dans les termes techniques. C’est une des difficultés de la transposition : les lecteurs ne sont pas supposés savoir a priori quelles sont les missions du COPS, il faut donc l’instiller subtilement.

L’unité graphique avec la gamme de jeu, c’est venu tout seul ou Delcourt a proposé autre chose ?
Quand j’ai abordé le sujet avec Delcourt, l’équipe avait trouvé les visuels du jeu très bons. Ils aimaient, mais n’étaient pas sûrs de pouvoir les conserver. Ça faisait très « jeu ». Au début, je m’étais dit sans trop y croire : « pourquoi pas une BD entièrement dessinée par Aleksi Briclot ? » Bien sûr, il a refusé, donc j’ai proposé « un partenariat sur la couverture, la maquette… », qu’il a là aussi refusé. Mais il est toujours resté disponible pour toute question sur ses designs, ses dessins…
Et puis quand nous avons commencé à rediscuter très sérieusement de ses droits – étant donné qu’il a créé une grande partie des visuels du jeu – il nous a confié que ça le gênait d’avoir des droits sur un travail dans lequel il ne faisait plus rien. Il a donc finalement proposé de faire la couverture. Antonio [Sarchione, le dessinateur « officiel » de la BD, NDLA] a tout à fait compris ce besoin de continuité graphique, il a donc joué le jeu, mais Aleksi s’est en outre refusé à le déposséder de la couverture. Il a donc mis en place un partenariat mêlant les dessins d’Antonio et la maquette et les couleurs d’Aleksi. Delcourt a juste refusé quelques éléments qui faisaient trop « jeu » et risquaient de rebuter le lecteur.

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Le dessin d’Antonio Sarchione est impeccable et parfaitement adapté à l’univers.
On cherchait un style très réaliste. On voit clairement l’évolution du dessin d’Antonio entre le début et la fin de l’album. Certaines cases ne sont pas parfaites, mais globalement le résultat correspond bien à ce qu’on voulait. Il a repris les uniformes tels quels, a redesigné quelques armes… Les années 2030 sont délicates : il ne faut pas trop innover. Après tout, aujourd’hui on utilise des armes et véhicules designés dans les années 1980, il n’y a donc pas de raisons que tout change si vite. Pareil pour l’évolution urbaine : dans les suppléments du jeu COPS, certains auteurs décrivaient des trucs délirants (des blocs regroupant dix mille habitants…). À mon avis, les choses n’évolueront pas si vite, et pas dans ce sens. Vingt ans, au niveau urbanisme, ce n’est pas énorme.

On n’est pas du tout dans le délire parodique du jeu de rôles à la Naheulbeuk ou dans le grandiloquent à la Warcraft… Le monde de COPS est dur et réaliste.
C’est ce qui m’intéressait : ce côté très sérieux, ce qui n’empêche pas forcément l’humour, les petits clins d’œil… mais c’est un univers dur, pas fun. On se réclame de l’ambiance « série TV », mais réalisée « à la française ». C’est-à-dire que si un mec se fait exploser, on montre les tripes à l’air, si une fille se fait violer, on montre ses seins… Globalement, la BD s’adresse plutôt aux plus de 15 ans. On peut jouer à COPS de différentes manières, mais pour moi le fond est sérieux, il aborde des problématiques graves, actuelles… Dans les tomes 3 et 4, j’évoquerai le réchauffement climatique.

Comment le reste de l’équipe du jeu ont-ils reçu la BD ?
Ils ne l’ont pas encore reçu. Joffrey Picard a soutenu sans concessions dès le départ, et il a tenu parole, ainsi que toute l’équipe d’Asmodée. Si la BD existe, c’est vraiment grâce à eux. J’ai contacté les différents auteurs, et je n’ai malheureusement pas eu beaucoup de réponses, mais les quelques-uns qui se sont manifestés étaient enthousiastes (un m’a même répondu qu’il aurait bien aimé la faire lui-même).

Penses-tu que la BD fera de la publicité pour le jeu de rôles, en perte de vitesse aujourd’hui ?
Je reste assez sceptique sur l’avenir du jeu de rôles en France : le nombre de parties s’écroule, les rôlistes sont de plus en plus vieux (30-35 ans), ils jouent au plus une fois par semaine, quand ce n’est pas par mois… et le marché se renouvelle très peu. Delcourt assume complètement la filiation avec le jeu : il y a un gros autocollant sur la couverture « La BD adaptée du jeu de rôle à succès », un cahier spécial à la fin du tome 1 reprenant des éléments de design du jeu signés Aleksi… mais je doute que ça ramène beaucoup de joueurs.

  1. L’écologiste Kristin Lane avait été élue par les joueurs de COPS eux-mêmes lors d’un scrutin organisé par l’équipe d’Asmodée, l’éditeur du jeu. Une idée plutôt géniale qui n’avait pas fait assez de bruit à l’époque.[]
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Julien Meyrat est le rédacteur Bande Dessinée de Culturofil. C'est lui qui a créé nos Grimaces.
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Une Réponse »

  1. [...] sanglantes. Seulement voilà, adapter un jeu vidéo est peut-être encore plus casse-gueule qu’adapter un jeu de rôles. Et pire encore quand le jeu lui-même ne comporte pas vraiment de [...]

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