Cat Power et son Jukebox
Par Labosonic • jeu 21 fév 2008 • Categorie: MusiquePublié le 22 janvier 2008

Les années passent et il faut bien se rendre à l’évidence : la prolifération des reprises qui semblait n’être qu’un effet de mode il y a quelques années est en passe de devenir l’un des phénomènes marquants des années 2000. Il y a dix ans, il n’était pas rare de trouver ici ou là un titre isolé sur un album qui rendait hommage à la chanson d’un autre. Mais ces derniers temps paraissent régulièrement des disques entièrement dédiés à l’exercice de la cover version.
Il y a évidemment matière à s’interroger sur les raisons d’un tel engouement et peut-être même à s’inquiéter sur un éventuel manque de créativité, mais il faut reconnaitre que toutes les formules existent et que chacun y trouve son compte. Etienne Daho a ainsi offert le sublime EP Be my guest Tonight en bonus à L’invitation. La formule du tribute to permet à de nombreux artistes de rendre hommage à une star (Mr Gainsbourg Revisited). Les réorchestrations originales et exotiques de grands classiques se multiplient à la manière de Nouvelle Vague1.

Cette « covermania » internationale, touche autant les artistes débutants que confirmés : Bruce Springsteen a rendu hommage à Peter Seeger, tandis que Jacques Higelin s’occupait du cas de Trénet et Bryan Ferry de Bob Dylan. Dernière variation en date sur le thème : l’invitation de la part d’un artiste à découvrir sa discothèque. C’est le cas de ce Jukebox où Cat Power décide de réinterpréter les morceaux favoris de Chan Marshall, la jeune femme qui se cache derrière son pseudonyme.
Dès les premières secondes du disque, le ton est donné avec une version de New York, New York très éloignée du standard de Broadway immortalisé par Liza Minelli puis Frank Sinatra. Sur cette relecture salvatrice, la voix chaude de Cat Power pose ses sensuelles inflexions sur les orchestrations du Dirty Delta Blues. Le groupe créé à l’occasion de son précédent album, The greatest, apporte une touche bluesy et jazz à un son initial marqué par la scène indépendante US.
Particulièrement à son aise sur les morceaux aux sonorités folk et rock, notamment I believe in you, reprise de Dylan, le groupe est mis en valeur par une production sans fioriture mais efficace. L’album laisse au final le sentiment d’une simplicité bienvenue qui permet à Cat Power de mettre en valeur une sélection musicale de haute volée qui englobe le meilleur des voix féminines (Joni Mitchell, Billie Holiday, Janis Joplin) et masculines (Bob Dylan, Hank Williams et du James Brown de 1961. Mais, si les reprises de ces morceaux évitent l’écueil du plagiat et sont toutes originales, elles n’arrivent pas vraiment à se distinguer les unes des autres et le style de l’interprète est peut-être un peu trop présent.

Si Jukebox est séduisant à de nombreux points de vue (production impeccable, tracklisting de haute volée), il n’en est pas pour autant irréprochable. Il est, en effet, très peu novateur et reprend un filon déjà exploité par de nombreux artistes dont Cat Power elle-même2. Ce défaut majeur, ajouté à ses principaux atouts, peut même se résumer en une phrase assez sévère mais pas totalement injustifiée : Jukebox manque cruellement de fantaisie. Même s’il est plaisant, il n’arrive pas réellement à susciter un enthousiasme à la mesure de ses qualités. Trop propre, il est dépourvu du charme de l’apparition de Cat Power en duo avec Karen Elson sur Mr Gainsbourg Revisited.
Jukebox, de Cat Power, publié chez Matador Records.
Crédit photographique : Freakorps, Mahalie.
Labosonic est un des rédacteurs Musique du magazine.
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