De la musique en peluche
Par Labosonic • jeu 28 fév 2008 • Categorie: MusiqueS’il est impossible de dissocier la musique en elle-même et les processus quasi-industriels qui aboutissent à la création d’un disque, l’aspect marketing rentre plus que jamais en ligne de compte lorsqu’on aborde le produit de niche constitué par les disques destinés aux enfants. Sur ce marché étrange, où le consommateur final n’est que rarement l’acheteur et pas toujours même prescripteur, l’industrie phonographique semble beaucoup moins à l’aise que l’édition qui a, depuis des années, proposé une offre riche et de qualité.
C’est même peu dire quand on jete un coup d’oreille sur ce que proposent les majors, pourtant toujours férues de segmentation des publics. L’offre est pauvre, comme si l’éducation musicale débutait à l’adolescence avec les éructations teutonnes et pseudo-rock’n'roll de Tokio Hotel.
Le meilleur exemple de cet état de fait est incarné par Marlène Jobert. Quand l’actrice a décidé de changer de carrière et de raconter des histoires pour les plus petits, elle a eu de très grandes difficultés à trouver un distributeur dans l’industrie du disque et a finalement dû conclure un accord avec un acteur secondaire de celle du livre. Ce n’est pas seulement une occasion manquée mais un comble quand on considère le nombre impressionnant de disques de comédiennes qui se sont essayées à la chanson ces dernières années.
On est bien loin du temps où les disques vinyles marqués du logo Le petit ménestrel berçaient toute une génération. La collection existe toujours mais elle a bien changé. Le passage au format Compact-Disc a considérablement réduit le catalogue qui ne ressemble plus qu’à une longue liste d’archives un peu poussiéreuses. Parmi les voix présentes pour illustrer les grands classiques de la musique et de la littérature : Fernandel, Roger Carel, Jean Piat, Patrick Topaloff, Madeleine Renaud, rien de bien moderne. Les plus jeunes de cette liste ont connu leurs derniers moments de gloire, il y a un quart de siècle lors de l’Académie des Neuf, pas de quoi réellement intéresser les enfants de l’an 2000.
Dans un tel environnement qui sent la naphtaline, il n’y a aucune surprise dans le succès de Vincent Malone, plus connu sous le nom de Roi des papas. Musicien confirmé1 et facétieux, il traite de thèmes actuels, intelligents d’une manière ludique qui séduit les chères têtes blondes et fait rire les parents. Mais là encore, les multinationales ont raté le coche et c’est chez Naïve que cet olibrius évolue quand il ne rédige pas des livres-disques au Seuil.
Hormis le sempiternel Henri Dès et ses chansons très proches de celles qu’on entonne autour d’un feu de camp, les enfants sont définitivement les oubliés des major-companies qui ne pensent à eux qu’épisodiquement, le plus souvent à l’approche des fêtes de fin d’année, au travers de disques au casting prestigieux (Le soldat rose, Sol en cirque) mais plus destinés aux parents qu’à leur progéniture. La qualité est donc difficile à juger dans un tel cas. Exception à cette règle, la récente version de Pierre et le loup par Valérie Lemercier, très réussie, apporte un sympathique lifting au classique de Prokofiev.
Mais aucune grande maison de disque ne produit hélas un véritable travail de fond identique à ce que réalise Putumayo World Music. Avec Putumayo Kids, le label de musiques du monde a créé toute une série de disques particulièrement adaptée aux goûts des enfants. Instructif sans jamais tomber dans l’excès toujours ennuyeux de la pédagogie, chacun de ces disques tient la route musicalement et réalise un joli tour d’horizon du sujet qu’il aborde.
Derrière ce panorama des disques destinés aux plus petits, se cache peut-être l’une des causes de la crise des grandes compagnies phonographiques. Loin d’être anecodtique, cet inventaire montre à quel point elles se sont trop longtemps reposées sur des lauriers et n’ont pas réussi à se renouveller, à innover et à élargir l’offre.
- On lui doit entre autres de nombreuses musiques d’illustration de publicités et un formidable album intitulé Le roi de la trompette.[↩]
Labosonic est un des rédacteurs Musique du magazine.
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