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Là où vont nos pères : l’incontestable Grand Prix

Par Julien Meyrat • lun 17 mar 2008 • Categorie: Bande Dessinée / Mangas

Album paru en février 2007

Appréciation de Julien niveau 2

Quelque part, dans un pays au ciel menacé par d’étranges tentacules noirs, un père de famille fait ses au revoir et prend le bateau, direction : ailleurs. Parvenu dans une contrée singulière dont il ne sait presque rien et dont il ne comprend même pas la langue, il cherche à faire sa vie, trouver où dormir, manger, gagner de l’argent pour envoyer à sa compagne et sa fille… à s’intégrer en fait.

En ces temps où l’intégration est un sujet des plus sensibles, ces temps où les déracinés sont de plus en plus nombreux, ces temps surtout où les différences ne cessent de séparer les peuples, ethnies, religions et autres factions, une œuvre aussi universelle que ce Là où vont nos pères est tout simplement renversante. S’inspirant à la fois du passé de son père, Malais émigré en Australie occidentale, et des récits de plusieurs migrants, Shaun Tan nous propose un roman graphique d’une puissance époustouflante, doublé d’un visuel proprement somptueux. Entièrement sans parole, pour ajouter encore au tour de force, son œuvre s’adresse directement au cœur et à l’âme du lecteur.

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Créant un univers entièrement imaginaire où le personnage principal se retrouve aussi démuni que nous face à ce nouveau monde incompréhensible, où rien ne ressemble à quoi que ce soit de connu, Tan nous propulse à dessein dans la même situation que son « héros ». Et de découvrir les étrangetés et les petites contrariétés imputables à une totale ignorance : on ne sait plus lire, écrire, ni même parler, on se retrouve parfois incapable de se montrer poli tant on ignore les usages locaux… tel est le lot des migrants, quels qu’ils soient. Développant un monde fantasmagorique tenant autant du New York du début du XXe siècle que des contes de Swift, en passant par un bestiaire mœbiusien, Tan brosse des tableaux sublimes de clarté et de lisibilité autant que d’esthétique.

Plus important encore, on trouve dans cet album une formidable vision de l’intégration, loin du radicalisme (au sens de « racines ») un peu trop à la mode en ce moment. Le héros est un arrivant, bien loin de l’idée de perpétuer le folklore de ses origines. Il est amusant de constater dans le dernier tome du Combat ordinaire la même idée, reprise de manière un peu plus éloquente par Manu Larcenet :
« Aujourd’hui, c’est à la mode d’avoir des racines de-ci, de-là… Conneries oui ! C’est rien d’autre que la glorification de la tradition imbécile ! Ça nous colle au sol, ça nous empêche d’avancer ! Les racines, c’est bon pour les ficus ! »

Et surtout, surtout, il est rare d’atteindre une telle puissance, une telle intensité dans un récit. Rare de refermer un album en ayant autant l’impression de tenir entre ses mains une œuvre, dans le sens une, indivisible du plus petit de ses éléments, impossible à dissocier, à découper, à simplifier ou même ne serait-ce qu’à résumer. Rare enfin, en se souvenant du palmarès du dernier festival d’Angoulême, de se dire tout simplement : « Évidemment qu’il a été élu Meilleur Album ! » Évidemment.

Là où vont nos pères, dessins de Shaun Tan, éditions Dargaud.

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Julien Meyrat est le rédacteur Bande Dessinée de Culturofil. C'est lui qui a créé nos Grimaces.
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