Supergrass : Diamond Hoo Haa
Par Labosonic • jeu 20 mar 2008 • Categorie: MusiqueParution le 24 mars 2008

Supergrass est un groupe qui bénéficie du label Made in UK. Etre anglais, dans le domaine du rock, c’est un privilège inestimable : la possibilité de prendre un raccourci sur la route du succès. Pensez, qu’avec à peine trente ans chacun, ces quatre gaillards ont déjà une carrière impressionnante : six albums, plus d’une décennie de présence et un tube planétaire avec Alright. Le combo pop-rock des frangins Coombes a ainsi tout pour lui, sauf les rides. Il dispose du respect de la nouvelle génération (Arctic Monkeys, Coldplay) et d’expérience. On pourrait même parler d’une certaine forme de maturité sans tomber, une fois n’est pas coutume, dans les clichés musicaux au rabais.

Diamond Hoo Haa, le titre de leur nouvel opus, est véritablement un modèle de concision. Quoi de mieux, en effet, que des onomatopées et une pierre précieuse pour résumer le rock’n'roll dans sa formule à la fois la plus brute et la plus étincellante ? D’inspiration résolument glam, le groupe se déchaine pour démontrer une chose essentielle : malgré tous les efforts du monde, un riff de guitare ne peut pas être bling-bling. Le rock qui frime et se la pète n’arrive pas à être vulgaire.
Bad Blood, Diamond Hoo Haa Man sont autant d’exemples de la puissance et de l’énergie dégagées par une formation à base de guitares. Ici ou là, des claviers (Rebel in you, When I needed you) permettent de souligner le propos. Les six cordes saturées rugissent, la batterie marque avec application un tempo sans fioriture. Il n’y a dans cette configuration rien de révolutionnaire, juste les fondamentaux du genre utilisés avec autant d’application que d’enthousiasme. Et ça suffit amplement à faire le bonheur des auditeurs de Supergrass. « I know, it’s only Rock’n'roll but I like it » comme le disaient si bien leurs glorieux ancêtres

The return of inspiration, premier morceau à délaisser quelques instants la pédale d’accélarateur, marque un tournant dans un album entamé pied au plancher. Cette légère respiration apparaît comme une ode à la résurrection de Supergrass qui, notamment avec Road to Rouen, leur précédent album, avait perdu l’essentiel de ce qui faisait le feu sacré de la musique rock. Cette petite flamme qui brûlaient en eux, constituée autant d’énergie que d’inspiration, semblait depuis leurs débuts s’éteindre petit à petit, étouffée par un manque de spontanéité.
La conclusion de l’album confirme cette impression avec des morceaux plus construits mais néanmoins efficaces : Whisky and green tea avec ses cuivres qui viennent interrompre une mélodie d’inspiration asiatique, mais aussi des ballades débordantes d’énergie comme Butterfly ou Ghost of a friend.

Le plus étonnant dans cet album de Supergrass se résume dans la faculté assez surprenante du groupe à réinventer la musique. Il n’y a absolument rien de nouveau sur Diamond Hoo Haa et c’est paradoxalement toute la force du disque. Ces quarante-cinq minutes de son auraient tout aussi bien pu être composées il y une trentaine d’années et sont pourtant d’une actualité brûlante. Aussi efficace que ses ancêtres labellisés 70’s, l’album contraste avec la majorité de la scène rock contemporaine qui semble avoir oublié une partie de l’allégresse festive de cette musique.
Diamond Hoo Haa, de Supergrass, publié chez Parlophone.
Labosonic est le rédacteur Musique du magazine.
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