Éva : inclassable Aude Picault ?
Par Julien Meyrat • lun 24 mar 2008 • Categorie: Bande Dessinée / MangasAlbum paru le 12 mars 2008

Éva mène une vie difficile à base de sortie en boîte de nuit, de chasse aux beaux garçons, de shopping effréné et de longues discussions téléphoniques particulièrement enrichissante avec sa meilleure copine. De quoi faire palpiter les nombreux lecteurs de Voici…
Le cas Aude Picault est difficile à expliquer. Auteur de plusieurs œuvres particulièrement appréciables, dont l’excellent (quoique fort court) Moi je (chez Warum) et le formidable Papa (à L’Association) ainsi que d’une pelletée de bouquins enfantins (Le Crocovoleur de doudous, L’Ours et les Souris…), cette artiste au trait charmant semble décidément éprouver bien du mal à se lancer dans la bande dessinée.
Sa série Les Mélomaniaks, parue dans Tchô !, magazine de référence dans le cadre des parutions jeunesse, semble déjà curieusement déplacée au milieu de Lou ! (Julien Neel), de Raghnarok (Boulet) ou des Zblu Cops (Bill et Gobi) : son trait très enfantin, son rythme extrêmement lent et ses chutes bizarrement plates peuvent avoir du mal à attirer les suffrages. On pouvait cependant penser que cette relative faiblesse était imputable à un mauvais ciblage du public.

La parution de cet Éva semble mettre à mal cette indulgence. Publiée dans Voici, magazine féminin à fort tirage dont l’intérêt est au moins équivalent à celui d’une revue sur les voitures de sport (d’une manière générale, disons que du point de vue culturel ces parutions n’apportent pas grand-chose), cette série de gags en une planche qui se suivent tout de même ne se contente pas de conter les aventures d’une sous-Bridget Jones parisienne sur un ton plutôt agréable. Elle accumule surtout les scènes faciles et les gags pas vraiment drôles. Difficulté de trouver des fringues, difficulté de trouver un mec (beau et riche, s’entend), difficulté de faire semblant de bosser… certes, la vie de ce genre de parasite peut être amusante à observer sous couvert d’une certaine forme de cynisme : on pense aux Vicky et Jenny des Nombrils (Delaf et Dubuc), insupportables poufs victimes de leur bêtise et de leur égoïsme. Il est toutefois ici très difficile d’adhérer d’une part à l’affection que semble ressentir l’auteur pour son personnage de pétasse fière de l’être, et d’autre part à la faiblesse formelle du tout.
Car là encore, si le style graphique de Picault est extrêmement attachant, la succession des cases révèle un manque de rythme flagrant. Trop de cases pour dire trop de peu de choses, le tout pour arriver en général à un gag qu’on voit venir dix kilomètres à l’avance. Problème de fond, problème de forme… non, décidément, il n’y a pas qu’Éva qui se cherche !
Éva, J.F. se cherche désespérément, textes et dessins d’Aude Picault, éditions Glénat, collection Hors Collection.
Julien Meyrat est le rédacteur Bande Dessinée de Culturofil. C'est lui qui a créé nos Grimaces.
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