Many things : Seun Kuti reprend le business familial
Par Labosonic • jeu 1 mai 2008 • Categorie: MusiqueParution le 28 avril 2008

S’il est impossible de parler de Seun Kuti sans évoquer son père, Fela, il faut quand même reconnaître que son ascendance a autrement plus de gueule que les dynasties Germanopratines auxquelles la scène française nous a habitués. Seun Kuti n’est rien de moins que le fils du roi de l’afro-beat, du rebelle du Nigeria, du président de la république du Kalakuta, le grand Fela Anikulapo Kuti, inconstestablement l’une des plus marquantes figures de la musique africaine contemporaine.

Il y a cependant une ombre au pied de l’arbre généalogique de Seun, il est loin d’être le seul fils de son illustre père1. Et, si la tâche pour lui consiste essentiellement à se faire un prénom, elle est d’autant plus ardue qu’un de ses aînés a déjà réussi ce pari. Femi Kuti, son demi-frère, a en effet proposé au tournant des années 2000 une relecture teintée d’électronique du style paternel. La formule, sympathique, mélangeait l’afro-beat à un son house new-yorkais très Body and Soul et a obtenu un certain succès même si elle ne restera probablement pas dans les mémoires.
Seun Kuti est donc confronté dès ses débuts à un double défi : celui d’être à la fois digne de la légende paternelle et différent de ce que Fela et Femi ont déjà réalisé. Pour Many things, il est assisté dans cette tâche par ce qui se fait de mieux : l’un des groupes les plus brillants qui a accompagné son père, Egypt 80, et le producteur de renom Martin Meissonnier. Si la présence des rescapés de la formation paternelle2 semble naturelle, le nom du second sonne comme une promesse de qualité. Meissonnier n’est en effet pas uniquement un producteur de renom à qui l’on doit, entre autres, le premier album de Don Cherry, c’est avant tout l’inventeur d’un son qui a permis l’irruption des musiques du monde sur la bande FM dans les années 80. Son travail de studio a permis de populariser les musiques africaines en internationalisant et professionnalisant les travaux de King Sunny Ade, Fela, Khaled ou Manu Dibango.

Tout au long de l’album, Seun Kuti se montre plus que digne de son père et du groupe qui l’accompagne. Groovy en diable, il n’oublie pas d’être militant (African Problems, Don’t give that shit to me), tout en étant à la hauteur des performances époustouflantes d’Egypt 80. L’orchestre paternel imprime en effet un rythme infernal comme seules quelques grandes formations de danse3 savent le faire. Many things est, avant tout, porté par une solide base instrumentale qui convoque cuivres, guitares, basses et batterie afin de garantir le succès de chaque chanson. Mosquito Song, véritable morceau de bravoure de l’album, en est l’illustration parfaite : le groupe y est si brillant pendant la très longue introduction du morceau qu’il doit lever le pied quelques instants pour ne pas éclipser les parties vocales quand elles apparaissent après trois premières minutes qui frôlent le sublime. C’est en savourant la richesse musicale d’un tel morceau qu’on prend conscience du challenge réussi par les chœurs et l’interprète, qui se mettent au diapason d’une excellence rarement atteinte.
Mais, impossible de masquer la vérité, Many Things n’est pas un disque mais bel et bien un flambeau que Seun porte très haut en hommage à son père. Et s’il est au niveau de l’héritage qu’il a reçu, sa performance manque d’un certain relief car, à aucun moment, la personnalité du fils n’arrive à s’imposer. Trop fidèle à l’esprit de Fela, l’album n’apparaît pas comme une déception mais a plutôt des allures de réincarnation, ce qui est un peu gênant puisque la révélation du talent de Seun semblait possible. Il est donc difficile de se faire une véritable idée sur les qualités de l’interprète sans avoir l’occasion de le découvrir sur une scène qu’il saurait marquer de son empreinte.

Many Things, de Seun Kuti, publié chez Tôt ou tard.
- Ce qui n’est guère étonnant vu la fâcheuse tendance paternelle à la polygamie à grande échelle.[↩]
- Le groupe a été plus d’une fois endeuillé par le fléau qui a aussi emporté Fela.[↩]
- Les plus grandes fanfares funk et les all star bands de salsa semblent être les seuls ensembles instrumentaux capables d’autant de prouesses.[↩]
Labosonic est le rédacteur Musique du magazine.
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