Harriet Marin, Très à l’ouest d’Eden
Par Christine Jeanney • sam 3 mai 2008 • Categorie: LittératureSortie le 2 mai 2008
« Epouse désespérée cherche amant romantique (trop envahissant s’abstenir) […]
Femmes au bord de la crise de nerfs, Alice et ses amies sont des desesperate housewives qui rêvent de Sex and the City ! Cinéaste d’origine espagnole et américaine, Harriet Marin signe, avec ce premier roman aigu et pétillant, une hilarante satire du couple et des mœurs contemporains. »
Alice, une femme de quarante ans, antiquaire, mariée et mère d’un petit garçon n’est pas sans rappeler la Bree Van de Kamp des Desesperate housewives si judicieusement mentionnées plus haut : chignon, principes et tailleurs impeccables. Mais, horreur, c’est l’année de la canicule et la chaleur excite une libido débridée dans son entourage. Où qu’elle aille, où que son regard porte, « ils le font ». Voisin en rut, associée mangeuse d’hommes, sex-shop nouvellement installé au bout de la rue, jusqu’à un talk-show radiophonique célèbre, tous ne parlent que de ça, tous ne pensent qu’à ça. Tous sauf elle, car son mari, cancérologue réputé submergé de travail, se brise de fatigue physique et nerveuse (il arrive parfois que certains de ses patients meurent…) et ne trouve pas la force d’enjoliver leur vie de couple.

Pourquoi pas elle ? se demande-t-elle brutalement à l’approche de ses quarante ans. N’est-elle pas, elle aussi, faite pour les joies de l’orgasme d’un soir avec un parfait inconnu ? Le sentiment de culpabilité freine-t-il son épanouissement ? Doit-elle prendre le deuil des passions dévorantes et éphémères, des étreintes lascives et illicites, des émois torrides dans une cage d’ascenseur en panne, coincée, seule, avec un bel individu masculin ? Car il n’est pas question ici, vous l’aurez compris, d’ascenseur en panne avec Mémé qui est claustrophobe et cherche son dentier à tâtons sur la moquette, ni de frotti-frotta avec Eugène, l’employé du gaz, non. L’amant d’Alice est forcément un grand marchand, forcément d’Art et forcément italien. Et la vie rêvée qu’il propose est remplie de Canaletto et de chambres dans un palais vénitien équipée d’un majordome âgé et discret.
L’époque est transparente, jamais décrite, exception faite de la libération sexuelle des femmes montrée à plusieurs reprises comme un combat révolutionnaire important (et c’en est un, mais qui date quand même des années 1970). Les lieux sont interchangeables et l’histoire pourrait se dérouler dans n’importe quelle grande ville sans en être aucunement modifiée. Harriet Marin vient du cinéma (réalisatrice notamment d’Epouse-moi avec Vincent Perez) et c’est peut-être ce qui constitue son principal handicap : elle a besoin d’acteurs pour donner « du corps » aux personnages, elle a besoin de leurs inflexions, de leurs mimiques, de leurs attitudes touchantes ou drolatiques. Ses mots seuls, sans ce support physique, peinent à donner l’épaisseur indispensable à l’adhésion du lecteur.
Nous suivons les aventures d’Alice avec une impression de déjà vu assez prégnante. Quelques surprises cependant : sous l’effet de la joie, un protagoniste fait tournoyer d’une pichenette une coûteuse statuette de pierre. Alice connaît mal le mythe de Pandore mais expertise un Botticelli fraîchement exhumé en une seconde. Et surtout, elle qui prend pleinement conscience, au fur et à mesure que les pages tournent, du rôle crucial de la communication dans l’avenir de son couple, décide de faire enlever son stérilet sans en parler d’abord avec son mari.
Le bilan de cette « quête initiatique », de ce chamboulement à l’arrivée des quarante ans, est bien mince : « Dotée d’une nouvelle maturité, elle comprend aujourd’hui que l’infidélité est plus une quête de soi que la rencontre avec un autre. [...] Elle réalise comme tant d’autres avant elle, que rien n’est jamais acquis. Que la vie est une lutte perpétuelle avec des moments d’accalmie, faite de hauts et de bas qui se succèdent parfois sans merci, où les épreuves et les crises se renouvellent à l’infini. »
Très à l’ouest d’Eden (un beau titre pourtant) est donc à classer dans la catégorie « livres de plage ». Encore qu’on peut se demander si les dix-huit euros nécessaires à son achat ne seraient pas mieux employés autrement. Si l’allusion de la quatrième de couverture aux séries américaines à succès n’est pas incongrue, on aurait espéré ce qui en fait le sel : quiproquos, péripéties inattendues, rythme, humour et héros attachants. Il sera plus jouissif, en définitive, de suivre les originaux directement à la télévision, avec en prime de belles images en couleur qui bougent.
Très à l’ouest d’Eden, de Harriet Marin, publié chez Albin Michel.
Crédit photographique : Albin Michel 2008.
Christine Jeanney est la Rédactrice Littérature du magazine.
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C’est fou, tout de même qu’on puisse encore mettre en abîme l’introspection féminine bousculée par les affres de l’adultère. Serait-ce une réponse à un besoin sociétal de déculpabilisation : rien ne dure et rien n’est jamais acquis… et ainsi de suite. Ben voilà bien un livre que j’ai pas envie de lire ! M’est d’avis que je vais me ranger à votre avis et que les 18 euros en question seront mieux employés !
Je n’ai pas lu le livre et n’ai pas l’intention de le lire … J’étais juste venue pour lire la prose de Mme Kiki …

Ben ça vaut le détour ! J’espère qu’elle va être embauchée en CDI !
Cette critique de Christine Jeanney est bien écrite : on a l’impression d’avoir lu le livre. Les dix-huit euros nécessaires à son achat seront donc mieux employés autrement, merci Christine. De toute façon, je n’aime guère les livres de plage. Je n’aime pas non plus lire à la plage. Et, tout bien réfléchi, je n’aime pas la plage.
Sandrine, ben oui, c’est faire du neuf avec du vieux. Presque une activité écologique à ce niveau là !
Madame de Keravel, j’espère ! Avec un treizième mois et des trombones gratuits ! (pourquoi des trombones ? ben, parce que j’en ai pas, sans doute)
Georges F, merci ! Lire au ski non plus n’est pas très agréable (à cause des mains qui ne peuvent pas tout tenir). Rien de tel qu’un bon fauteuil moelleux…
Avant même de voir les commentaires faits sur internet sur ce livre, je l’avais acheté et lu.
Le titre était attirant, le sujet “a la Desperate Housewifves” aussi … et je n’ais pas été déçue.
J’ai trouvé ce livre GENIAL et j’ai été très surprise de voir des commentaires si négatifs sur ce site.
En premier, l’histoire est une qui ma touchée, comme elle touchera beaucoup d’autres, parce que son personnage principal, Alice, est une femme moderne et intelligente qui se révolte contre le quotidien fastidieux de la vie de couple et qui a une envie terrible de se sentir VIVANTE.
Elle est mariée avec un homme gentil et généreux, a TOUT pour être heureuse, mais la routine c’est installée dans son couple : « Elle a beau aimer Adrien, il doit y avoir plus d’exaltation au mariage que juste ca … Si ce n’est pas le cas, il faudrait penser à modifier radicalement les histoires que l’on raconte aux petites filles pour qu’elles n’aient pas l’impression de se faire avoir lorsqu’elles grandissent. »
Alice est entourée de sexe et de promiscuité, principalement incarné par sa meilleure amie et partenaire Lea qui « aime le concret, le présent, l’ici et le maintenant » et qui couche même avec le livreur FedEx (!!) dans sa recherche permanente (et autodestructive) du plaisir de l’instant. Et c’est la ou Harriet Marin nous fait comprendre petit a petit, doucement, avec des descriptifs de situations réalistes (et pas caricaturales comme dans Desperate Housewives, ET C’EST POUR CELA QUE J’AI BEAUCOUP AIME CE LIVRE) que Alice a besoin de se sentir FEMME, de se sentir BELLE, de se prouver a elle-même qu’elle peut toujours séduire (qui n’a pas vécu cela !).
Le livre est plein d’humour, de sensibilité, de rêves, de réalisme.
J’aime la façon dont Harriet Marin décrit ses personnages. On lit dans les pensees presque tous les personnages présentés. Par exemple, malgré le fait qu’on arrive à s’identifier a Alice, on lit ce qui se passe dans la tête de son mari Adrien … et cela nous rend sensibles aux deux, et amplifie l’empathie qu’on ressent pour cette femme qui vit un combat interne qui pourrait autrement paraître très superficiel.
Harriet Marin évoque aussi cette société de consommation que nous avons crée, ou même l’amour en est un produit … et la pression qu’a un couple a ce tout soit PARFAIT. Par exemple, en traversant Paris, Alice remarque les « sempiternels panneaux publicitaires qui vantent l’illusion du couple parfait a la sexualité épanouie. Elle se demande s’ils ne finissent pas par convertir le consommateur en machine désirante. Mettant sur le même plan l’envie d’une boisson, d’une voiture diesel ou d’une femme, ils distillent dans l’air des fantasmes surévalues. »
Moi je ne suis pas critique littéraire comme la personne qui a écrit le commentaire ci-dessus, et je ne suis pas très bon en rédaction (je suis sure que mon commentaire est truffe de fautes), je suis une simple femme moderne, épouse, maman, travailleuse … mais je trouve que ce livre était SUPER bien écrit, avec gout et sensibilité, avec de l’humour et humanité … et une fois commencé j’ai eu du mal à le poser!!
Pour moi Harriet Marin fait un peu ce qu’a fait Jane Austen (même si le style est bien différent) : elle décrit une réalité de notre société et les problèmes auxquels nous les femmes fessons face en nous racontant une belle histoire.
ACHETEZ-LE … il vaut bien son prix !!
Fanny, pas bonne en rédaction ??? Avec un “amplifie l’empathie qu’on ressent pour cette femme qui vit un combat interne qui pourrait autrement paraître très superficiel ” ? Vous vous sous-estimez !
Vous évoquez “les commentaires faits sur internet sur ce livre”. Je n’en trouve pas. Encore moins d’élogieux. N’hésitez donc pas à nous les communiquer, ici, en commentaires. Le débat et l’expression des goûts de chacun est toujours un enrichissement.
Je suis ravie que vous ayez aimé ce livre. Chaque livre a forcément un lectorat qui lui est propre. Je ne peux, malheureusement, que constater que je ne suis pas la bonne cliente pour Harriet Marin.
(sinon, et entre nous, Fanny Delaporte, vous pouvez citer le nom de “la personne qui a écrit le commentaire ci-dessus”, c’est-à-dire mon nom, c’est toute la différence entre Voldemort et moi. C’est aussi une marque de civilité à laquelle une femme “simple moderne, épouse, maman, travailleuse” se doit d’être sensible, enfin je vois ça comme ça…)
Je ne lis que agressivite et sarcasme que je ne comprends pas … peut digne d’une Redactrice Literature d’un magazine.
Fanny, je reconnais que j’exagère… (surtout quand je dis que “chaque livre a forcément un lectorat qui lui est propre”)
Par contre ma demande n’était pas ironique et je la renouvelle : communiquez-nous les adresses des commentaires, chroniques, articles présents sur le net à propos de ce livre, cela étoffera la discussion.
J’ai ADORE et je le conseille a tout mon entourage. Je suis bien d’accord avec Fanny, ce livre est frais, facile a lire et aborde des problemes que la majorite des femmes de 40 ans se pose. Je l’ai commence et ne l’ai plus lache, voila ce qu’est pour moi un bon roman.Peut etre un critere simple d’appreciation pour certains? Mais je crois qu’il est celui d’une bonne partie des lecteurs.
C’est donc bien pour cela que je ne comprends pas tres bien l’ironie et le sarcasme de Christine Jeanney, devrions-nous penser que toutes celles qui apprecient ce genre de litterature ont un cerveau de moineau et un QI d’attardes? En tout cas niveau quotient emotionnel j’imagine que l’on en a revendre par rapport a certains qui se permettent de juger et porter des appreciations negatives sur ce qui ne leur parait pas etre assez intelectuel pour eux.
Ceci dit…. Achetez-le et faites vous votre propre idee… Je peux vous garantir que vous ne serez pas decues!
Christine, la loi du genre dans une chronique de ce type est d’exprimer son jugement le plus clairement possible. J’ai été très sincère dans mon article. Vous exprimez, comme Fanny une autre vision du livre, et vous en avez tout à fait le droit (voyez jusqu’où va mon sarcasme et mon ironie ! On est aux limites du soutenable).
Honnêtement pour moi, ce livre est un produit commercial qui surfe sur une vague à la mode. Donc, de mon point de vue, pas de la littérature. Mais c’est une question de sensibilité, sans doute…
Christine : “Vous évoquez “les commentaires faits sur internet sur ce livre”. Je n’en trouve pas. Encore moins d’élogieux.”
Effectivement, il n’y en a aucun. C’est bien pourquoi il y a des commentaires à ton article
Grand classique du net : livre inconnu d’un auteur inconnu, aucun écho sur le net mis à part une critique sur Culturofil - négative. Du coup les fans (fans désignant en général les amis ou la famille de l’auteur - quand ce n’est pas l’auteur lui-même qui prend un pseudo après avoir été rongé pendant deux semaines par la teneur du seul article sur son livre) surgissent de nulle pour expliquer à quel point le critique n’a rien compris, voyons, et son texte est moqueur - c’est tellement facile la critique ma p’tite dame. D’ailleurs ça ne sert à rien : “Achetez-le et faites vous votre propre idee…”…c’est bien la morale de l’histoire. Les avis ne valent rien, pas vrai Fanny et Christine number two ?
(potentialités que deux personnes ne se connaissant pas tombent pile au même moment sur le même article sur le même livre qu’elles ont lu et aimé toutes deux et sur lequel elles ont le même avis ? Hum… 0,0002 %, selon notre vieille expérience)
Je propose donc aux lecteurs de Culturofil l’équation suivante : ne l’achetez surtout pas. Empruntez-le ou volez-le. Et faites vous votre avis. Nous les critiques, on ne sert à rien. C’est connu - c’est même prouvé. Mais dans ce cas, inutile de reverser de l’argent à Albin Michel, non ? Autant le voler, moi je vous le dis
Allons, finissons tout de même ce commentaire par une note un peu sérieuse : “Très à l’ouest d’Eden”, je l’ai lu. C’est un livre plutôt agréable. De plage, en effet, je suis tout à fait d’accord avec ma collègue. Très dans l’air du temps aussi, en effet, ce qui est rarement un compliment en matière de littérature (quoique tout les plages se ressemblent - soit). Harriet Marin et Jane Austen, même combat ? C’est vrai que la dernière fois que j’ai écouté Céline Dion, j’ai étrangement pensé à Beethoven.
Sur ce…je vais me coucher, non sans me demander où sont l’ironie et le sarcasme dans les réponses de Christine. En revanche si vous faites bien attention, il est fort possible que vous parveniez à en déceler dans le mien (et ce ne sera pas une erreur d’interprétation, cette fois).
Que de passion dans ces critiques pour et contre ! Je vais faire nettement plus plat, simple avis de lectrice, pas quarantenaire mais pas loin (38).
Moi, j’ai vraiment apprécié ce livre, il est drôle, vivant et rythmé, on est embarqué dans l’action en même temps qu’Alice, et si parfois ça va trop vite (ça m’a un peu dérangée, au début, ce rythme enlevé sans le temps de souffler), au final ça m’évoque un peu ces périodes dans la vie où on se sens un peu largué et où les choses s’enchaînent autour de vous sans que vous arriviez à suivre… Et c’est le cas d’Alice, qui un jour se met à se poser des questions existentielles sur sa vie de femme : fait-elle fausse route ? passe-t-elle à côté du plus important ? qu’est ce qui compte réellement pour elle ?
Alors d’accord, ce ne sont pas là des problématiques hautement philosophiques, ou stratégiques pour l’histoire de l’humanité, c’est juste des questions qu’on est toutes amenées à se poser (et à plusieurs reprises, si j’en crois mon cas, et pas qu’à 40 ans) dans notre vie de femme. Et en effet, ça rappelle tout à fait Sex & The City et Desperate Housewifes, séries qui n’ont, à mon avis, pas plus l’ambition de se mesurer aux films de Marcel Carné que ce livre d’égaler la prose de Colette. Ton insouciant, auto-dérision, humour… pour ma part, j’ai bien apprécié ce style pour évoquer des sujets graves aux yeux d’Alice. Certaines anecdotes m’ont évoqué Bridget Jones, et certains passages les articles que je me régale à lire dans Cosmopolitan chaque mois.
Je ne suis pas mariée, donc je ne me suis pas vraiment identifiée à Alice, mais ses doutes sont aussi ceux que l’on connait quand on est engagée dans une relation amoureuse sérieuse sans enfant et sans passage devant mr le maire, et ses incertitudes mettent du baume au coeur des célibataires qui réalisent que, dans le mariage aussi, on peut se sentir seule, perdue et parfois incertaine de ses choix.
Je suis d’accord avec la remarque de Madame Jeanney “Les lieux sont interchangeables et l’histoire pourrait se dérouler dans n’importe quelle grande ville sans en être aucunement modifiée”, mais pour moi ce n’est en rien négatif, bien au contraire, parce que ce dilemne d’Alice à Versailles est aussi celui de n’importe quelle autre femme à Londres, Bordeaux ou Angers…
Quant à la remarque : “L’amant d’Alice est forcément un grand marchand, forcément d’Art et forcément italien. Et la vie rêvée qu’il propose est remplie de Canaletto et de chambres dans un palais vénitien équipée d’un majordome âgé et discret”, j’apporte mon grain de sel : quand on est est mariée et qu’on a tout pour être heureuse depuis de longues années, dans un environnement privilégié (Versailles, mari chirurgien, grands moyens, belle vie, etc…), je crois qu’il est en effet plus vraisemblable de craquer pour un homme qui vous fait rêver (par sa profession, les circonstances de votre rencontre, ses qualités, l’attirance physique entre vous…), que de subitement remettre toute sa vie en question pour un instituteur/plombier/informaticien qui a incidemment renversé votre caddie mardi matin chez le charcutier. Il y a aussi une part de rêve et de fantasme qui entre en jeu dans le choix inconscient de celui qui nous plait et pour lequel on accepte de lâcher prise, d’oser, de risquer perdre gros (en espérant gagner, néanmoins !).
En résumé, j’ai aimé ce livre, léger, amusant et touchant à la fois, qui m’a rappelé des histoires vécues et des questions existentielles, auxquelles j’ai déjà trouvé des réponses contradictoires par le passé, et que je continuerai sans doute à me poser dans 20 ans… J’ai passé un très bon moment en le lisant ce WE, et après, j’ai enchaîné sur Sex & The City au cinéma, c’était mon samedi girly !
Ah ! Je trouve intéressant le point de vue de Nathalie.
Mais je ne suis pas tout à fait d’accord, malgré tout. Surtout, je trouve la comparaison avec “Sex & The City” tellement facile !
“Alors d’accord, ce ne sont pas là des problématiques hautement philosophiques, ou stratégiques pour l’histoire de l’humanité” … mais justement : l’amour et le désir sont des problèmes hautement philosophiques !!! Que “S&TC” traitait avec talent. Si je trouve la comparaison abusive c’est parce que “S&TC” a été en son temps la série la plus scandaleuse et la plus subversive qui soit… de par son fond, inédit sous cette forme, de par sa construction, et pas uniquement de par son côté girly (comment peut-on réduire “Sex & The City” à un truc girly ?! Faut vraiment rien y avoir compris ! Et pourquoi pas dire que “Twin Peaks” est une série policière au même titre que “Columbo” - pendant qu’on y est ?).
Je trouve le raisonnement bizarre (pas spécialement celui de Nathalie), parce qu’il consiste à défendre un livre sur le mode “ouais mais bon, on le sait qu’il est pas révolutionnaire” en citant comme référence un exemple, “Sex & The City”, qui a justement été absolument révolutionnaire ! On avouera que c’est curieux. Et de toute façon faux : rien de scandaleux ni de subversif dans “Très à l’ouest d’Eden”, qui est un livre très lisse et très poli, et qui en ce sens se rapproche sans doute effectivement plus de “Bridget Jones” que de “S&TC”. Bref. On dira que rapprocher “Très à l’ouest” de “S&TC” c’est un peu comme de comparer mes poèmes de quand j’avais 16 ans aux “Fleurs du mal”.
(ce qui ne rend pas mes poèmes d’adolescence moins agréable à lire
C’est aussi ce qui me chiffonne, Thom (tiens, presque une rime riche !).
Je suis frappée (aïe) par la somme d’arguments. Voilà beaucoup d’énergie dépensée pour défendre un livre gentillet, une lecture récréative (autant qu’un article de Cosmopolitan dixit Nathalie). Sans compter ces constats paradoxaux (”ce livre apporte du rêve”, “cette histoire est très réaliste”).
Et puis franchement, le côté “on est toutes pareilles”… Qu’est-ce que c’est que ces idées étroites ? Ben non. Je ne suis pas pareille, moi. Et quand j’ai envie de rêve, je préfère éviter le marchand d’Art Vénitien, il est tellement cliché ! Autant jouer avec Ken et Barbie directement.
PS : Thom, personne ne doute de la qualité de tes poèmes d’adolescence. Tiens, Baudelaire a téléphoné à la maison, il en était encore tout secoué. Par l’émotion.
Tu sais Christine, l’argument de la “lecture récréative” c’est toujours un peu l’argument de ceux qui pensent que pour défendre la littérature dite “populaire” il faut taper à coups sourds sur une supposée littérature élitiste. C’est un implicite dans les : “c’est récréatif”, “c’est pour le plaisir”, “c’est pas prise de tête” et autres “c’est sûr, c’est pas de la grande littérature”…
… mais qu’est-ce que de la “grande littérature” ? Et en quoi un livre avec des exigences littéraires importantes ne pourrait-il pas être récréatif, entre nous ? Le livre le plus drôle de tous les temps, selon moi, c’est “Tortilla Flat”, de Steinbeck. C’est un livre hilarant, burlesque, délirant, le plaisir de lecture y est maximum et c’est totalement récréatif. Ca ne l’empêche pas d’être aussi un chef d’œuvre. Ce n’est pas parce qu’un livre est “récréatif” ou “à vocation populaire” qu’on ne doit pas être avoir des exigences, en tant que lecteur.
Pour la peine, j’invite tout le monde à se procurer d’urgence ce livre : http://legolb.over-blog.com/article-20104001.html ; un grand roman POPULAIRE, drôle, léger, complètement RECREATIF… qui est aussi un chef d’oeuvre. Et toc
(alors non, je ne suis pas de la famille de cet auteur, je tiens à la préciser… non parce que dans le contexte de cette discussion, on pourrait croire, hein…)
Alors là, on va pas être copains. Je suis d’accord pour qu’on ne soit pas d’accord (tout le monde suit ?), mais pas pour qu’on me fasse dire ce que je n’ai pas dit… et là je m’éloigne complètement du livre dont on parle.
Quand je dis avoir passé une journée girly, journée au cours de laquelle j’ai vu Sex & The City au cinéma, je m’étonne qu’on me réponde : “comment peut-on réduire “Sex & The City” à un truc girly ?! Faut vraiment rien y avoir compris !”. Pour le coup, je vous retourne le compliment : faut vraiment rien avoir compris, vous non plus
C’est ma journée que je qualifie de girly, parce que la majorité de mes occupations ce jour là avaient en commun ce point là… et que, pensez-en ce que vous voudrez, pour moi c’était très girly d’aller au ciné avec mes 2 amies de longue date voir Sex & The City dont nous n’avons jamais raté un épisode à la télé. Je vous rejoins à 100% sur le côté révolutionnaire et subversif de cette série, et je ne réduirai jamais ni la série, ni le film, à un truc girly !!! Ce n’est en rien sur ce point (scandaleux ou lisse) que je faisais un lien avec le livre, mais sur les éternels questionnements et quêtes des femmes qui se cherchent et se trouvent et se perdent à nouveau dans leur vie amoureuse.
Et je revendique tout à fait mes constats paradoxaux, rêve et réalisme peuvent se cotoyer dans un livre.
Enfin, où voyez-vous dans mon commentaire une quelconque attaque contre la “grande littérature” (”l’argument de la “lecture récréative” c’est toujours un peu l’argument de ceux qui pensent que pour défendre la littérature dite “populaire” il faut taper à coups sourds sur une supposée littérature élitiste”) ???
J’ai posté sur le sujet en pensant que l’intérêt d’ouvrir un site aux commentaires était de faire se cotoyer des avis parfois divergents, pour discuter et argumenter respectueusement, or j’ai l’impression que ce n’est pas le cas ici, tant vous semblez prendre à coeur de descendre les commentaires qui ne vont pas dans votre sens ? Je trouve votre enième sous-entendu sur “la famille de l’auteur” déplacé, et je doute qu’un auteur invité par PPDA à parler de son livre dans Vol de Nuit (oui, je regarde Vol de Nuit, c’est mon côté Carrie B.) ait besoin de demander à sa maman de laisser un gentil commentaire sur un site internet de moindre notoriété ? A ce que je sache, on ne soupçonne pas d’emblée les critiques négatives d’être de la famille de l’ennemi juré d’un auteur… non ? A ce tarif là, qui dit que je ne fais pas moi même partie de l’équipe de Culturofil, et que je ne ponds pas des commentaires bidons sous divers pseudos pour alimenter un site qui n’en sucite aucun spontanément, à part ceux des amis et de la famille de ses auteurs ? :-)))
(fou rire)
Nathalie, vous avez un sacré sens de la répartie, on ne peut pas vous enlever ça !
Allez, oublions “S&TC”. Vous avez l’air de bonne foi, par conséquent vous reconnaîtrez sans peine que la manière dont vous avez enfilé le livre de Marin, la série et la journée girly… tout cela pouvait prêter à confusion. Si je me suis trompé je m’en excuse, sincèrement.
Pour le reste, je veux bien préciser ma pensée, avec moins d’ironie et plus de simplicité. Je n’ai pas vu dans votre commentaire un attaque contre la grande littérature, bien au contraire si vous m’aviez lu attentivement vous auriez noté que je laissais entendre qu’il n’y avait pas de “grande littérature”. Quand j’écris : “Ce n’est pas parce qu’un livre est “récréatif” ou “à vocation populaire” qu’on ne doit pas avoir des exigences, en tant que lecteur.”, il me semble que je suis clair, non ?
Cela veut dire tout simplement que, selon moi, que “Très à l’ouest d’Eden” ait été écrit pour détendre, avec une volonté récréative que je ne nie pas et une aspiration à la légèreté qui n’a rien de condamnable… cela n’excuse en rien certaines facilités prises dans la narration, dans le rythme ou dans la caractérisation des personnages. Il y a des tas de livres se voulant purement divertissants qui proposent des personnages beaucoup plus forts, des intrigues beaucoup plus fouillées, et qui sont tout simplement mieux écrits. Voilà plus précisément ce que je voulais dire. N’allez surtout pas croire qu’il s’agissait d’une réplique gratuite de ma part : j’avais réellement un désaccord avec votre position.
Au sujet des “attaques” dont je parlais plus haut… je ne faisais que généraliser. Et généraliser est toujours stupide, je suis prêt à le reconnaître. Mes plaisanteries sur la famille de l’auteure (qui ne vous visaient pas spécialement, puisque je répondais à Christine par rapport à l’ensemble de la discussion) ne sortent pas de nulle part. Nulle méchanceté là-dedans, mais juste une longue expérience de la chose virtuelle autant que du milieu littéraire. Quand vous avez sur un même article d’un même site trois, quatre, cinq longs commentaires à rallonge prônant l’inverse absolu de ce qui est prôné…et rien à côté pour faire contrepoids… dans ces cas-là, oui, il y a très souvent anguille sous roche, à plus forte raison lorsqu’il n’y a aucune critique autre du bouquin circulant sur le Net
(enfin… il y en a peut-être eu depuis ma première intervention dans la discussion, je n’ai pas été vérifié, mais bref : Culturofil sort toujours en premier sur google quand on recherche ce livre).
Mais si vous vous êtes sentie injustement visée, vous avez on ne peut plus raison de le souligner. Et si c’est d’une manière si piquante, ce n’est pas moi qui irait vous le reprocher
Bon, je termine la longue réponse :
- Vol de Nuit n’est pas un argument : faire une émission de télé une fois n’a (hélas) jamais fait vendre un livre, et il n’y a pas de contradiction avec mon commentaire ; je n’ai pas dit que l’auteure y était mêlée de près ou de loin, elle-même, directement… les auteurs heureusement ne s’abaissent pas (enfin rarement) à ce genre de choses ! En revanche, pour être proche de nombreux auteurs… je suis bien placé pour savoir qu’ils ne passent pas leurs vies à prévenir les réactions épidermiques de leurs proches, de leurs amis, de leurs collègues… qui souvent s’intéressent de beaucoup plus près (parce que c’est plus accessible) aux échos sur le Net qu’aux échos dans les médias “officiels”… je pourrais vous raconter mille anecdotes - mais ce commentaire est bien assez long
- “A ce tarif là, qui dit que je ne fais pas moi même partie de l’équipe de Culturofil, et que je ne ponds pas des commentaires bidons sous divers pseudos pour alimenter un site qui n’en suscite aucun spontanément, à part ceux des amis et de la famille de ses auteurs ? :-)))” - EXCELLENT !!! J’adore !!! Et ce serait encore plus drôle si c’était vrai ! Je trouverais ça absolument… génial, en fait. C’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de commentaires sur Culturofil. J’ai amené plein d’amis, plein de membres de ma famille… mais bon, les autres rédacteurs, a priori, n’ont ni famille ni amis (ou alors ils ont mieux à faire (ce qui est absolument scandaleux (où vont se loger les priorités des gens, je vous le demande !!!))).
Bonne fin de soirée Nathalie, vous m’avez fait rire de bon coeur, et cette fois-ci, promis, ce n’était pas du tout par moquerie - mais parce que j’apprécie votre humour.
Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !!!! Je retire ce que j’ai dit, on va pouvoir être copains
Voilà exactement le genre de réponse que j’avais espéré initialement : des contre-arguments, des idées, des faits (et non des supputations), un dialogue (et non un tir groupé à 2 contre 1 sur un ton ironique et dévalorisant)…
Merci, j’étais partie en colère, je reviens réconciliée, et amusée moi aussi par votre réponse et votre humour, qui, contrairement à votre ironie, est très agréable à lire et à partager, et appelle à la discussion.
On n’est toujours pas d’accord, mais peu importe, si on peut échanger ses idées sans se faire écharper
, je reviendrai avec plaisir. A bientôt sur un prochain sujet !
(attention Nathalie, si vous revenez sur un prochain sujet on va vraiment finir par vous prendre pour une rédactrice de Culturofil)
(et je dirais même que je suis sans doute assez frappé pour écrire moi-même sous-pseudo et entrer dans d’interminables débats d’idées avec moi-même)
(et d’ailleurs, je suis le frère de l’auteure de ce livre…)
(…)
(désolé, j’ai eu une dure journée, je grille un plomb :-D)