Teeth de Mitchell Lichtenstein
Par Marie Guyot • mer 7 mai 2008 • Categorie: CinémaSortie prévue le 7 mai 2008

Dawn (Jess Weixler), archétype de l’adolescente états-unienne ayant la foi, a non seulement décidé de se réserver jusqu’à son mariage, mais en plus elle le fait savoir, puisqu’elle est une des figures de proue de l’association de son lycée qui milite pour que la « première fois » ne se fasse pas en dehors du sacrement.
Mais voilà, tout bascule le jour où la jeune fille se sent perturbée par la présence de Tobey (Hale Appleman), un nouveau venu dans son école.

Nous nous retrouvons alors embarqués pour une heure et demie de pur délire, mêlant horreur et comédie, sur fond de féminisme. Teeth ne se pose pas en effet comme un énième film sur la sexualité débridée des adolescents (bien que les hormones des personnages soient au premier plan), mais plutôt au contraire comme un manifeste en faveur de la maîtrise de sa sexualité.
Car Dawn va bientôt découvrir qu’elle est atteinte de Vagina dentata, une affection qui, comme son nom latin l’indique, désigne la présence de dents à l’intérieur du vagin. Une particularité mythique née de la peur des hommes que les femmes soient capables de leur couper le pénis. Chez notre héroïne cette faculté, d’abord perçue comme une difformité honteuse, une excroissance abominable, quelque chose de dangereux qui agirait malgré elle, se révèle finalement être une arme de protection, un atout qui lui permet en définitive de savoir ce qui est bon pour elle ou non.

Dans Teeth, le corps étranger n’est donc finalement pas celui que l’on croit et la maîtrise des dents se fait métaphore d’une sexualité choisie et épanouie.
Les légendes consultées par Dawn lorsqu’elle tente de comprendre ce qui se passe en elle, font toutes mention d’un chevalier qui viendrait la sauver de son mal et la délivrer de la malédiction qui pèse sur elle. Mais la finesse du film de Mitchell Lichtenstein réside justement dans le fait que le chevalier se révèle être Dawn elle-même : la jeune femme ne réussit à comprendre comment fonctionnent ses « dents » et à les apprivoiser que dès lors qu’elle accepte de se connecter à son propre désir.
Contrairement à l’idée véhiculée par son association d’étudiants, c’est en étant pleinement consciente de ses envies, en choisissant elle-même son partenaire, qu’elle pourra être pure. Malgré elle, Dawn est le symbole de toute une génération de femmes maintenues par les hommes, grâce à une absence d’éducation, dans l’idée qu’elles ne sont pas leur égal.
Teeth peut donc être vu aussi comme un manifeste pour le droit à l’information, portant l’idée que c’est uniquement grâce au savoir que nous sommes capables de faire des choix, que seule la connaissance nous donne accès à notre libre arbitre.

Avec un tel discours, Mitchell Lichtenstein se devait de réaliser un film remarquable visuellement, et le pari est tenu.
Si certains plans empruntent aux codes du genre (l’usine filmée comme une menace plannant sur le paisible jardin familial, la citation de films de monstres dans le film), le montage et à la mise en scène sont pourtant loin d’être « classiques ». La séquence de la douche, par exemple, avec les cut signifiant que Dawn est perturbée par ce qui s’est passé avec Tobey, se rapproche plutôt du travail de Gus Van Sant dans Paranoid Park que d’une superproduction sans personnalité pour ados boutonneux. De la même façon, les gros plans sur les visages sont plutôt étonnants et cette façon progressive de montrer l’horreur, faisant tout d’abord croire au spectateur qu’il sera épargné par les détails des différentes amputations, ne fait finalement qu’accroître notre sentiment d’horreur (sentiment qui sera d’ailleurs exacerbé par la dernière castration qui, si elle se fait sans cri contrairement aux autres, est relayée par une surenchère1 d’une rare atrocité).
Teeth exprime donc clairement le fait que les être humains seraient plus épanouis s’ils étaient tous capables de se faire leur propre opinion et de décider pour eux-mêmes. Mais il va encore plus loin puisque la séquence finale peut être lue comme une dénonciation de ce qu’est devenue notre société.
Un vieil homme édenté tente de se faire payer en nature un service rendu à Dawn. Cette figure paternelle qui semble tout d’abord inoffensive (peut-être justement parce que, lui, ne peut pas mordre), va finalement se révéler être l’archétype du désir de domination des hommes sur les femmes2.
Alors que le Vagina dentata était décrit tout le long du film comme une arme de défense face aux agressions dont Dawn pouvait être victime, avec cette dernière scène, par extension, c’est la sexualité féminine elle-même qui est montrée comme un moyen d’arriver à ses fins.

Teeth, réalisation et scénario de Mitchell Lichtenstein.
Avec : Jess Weixler (Dawn), John Hensley (Brad), Josh Pais (Dr. Godfrey), Hale Appleman (Tobey), Ashley Springer (Ryan), Vivinne Benesch (la mère de Dawn), Lenny Von Dohlen (le père de Brad), Nicole Swahn (Mélanie), Julie Garro (Gwen) et Adam Wagner (Phil).
Crédit photographique : TWC.
Marie Guyot est la fondatrice et la Rédactrice en Chef du magazine. C'est aussi la Rédactrice Cinéma.
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Je l’ai vu ce soir. Je suis d’accord avec ton point de vue mais je reste assez partagé. Le film réussit à ne pas tomber dans un pathos pourtant presque assuré mais Lichtenstein aurait dû aller “plus loin”, pas forcément dans ce qu’il montre (quoique le vagin denté doit être assez fun) mais surtout dans le fond (sans mauvais jeu de mots) des personnages. À commencer par les parents et le frère de Dawn. La presque “lenteur” du film n’est pas un défaut mais tout de même, on “attend” autre chose car, le film avance bien mais malheureusement sans surprises… En tout cas le pari osé est plutôt réussi dans l’ensemble mais reste ce petit quelque chose qui aurait amené un “plus” non négligeable.
Je partage ton point de vue Thomas, on a régulièrement l’impression qu’il manque quelque chose dans la mise en scène de Teeth, sans doute parce que certains choix semblent au départ bien surprenants (comme l’utilisation du son dans la séquence où Dawn se sépare de son anneau). Peut-être que cette impression vient tout simplement du fait que c’est son premier film? Lichtenstein a des idées, mais sans doute manque-t-il quelque peu d’assurance.
Mais je ne crois pas qu’il s’agisse d’aller plus loin, parce que pour moi il en montre bien assez. Nous ne sommes pas ici face à un film de monstres, et ce qu’il y a “techniquement” à l’intérieur de Dawn n’a finalement pas de réel intérêt.
Ne penses-tu pas, après tout, que ses dents peuvent être vues comme une métaphore?