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Brain Thrust Mastery : We are scientists

Par Labosonic • jeu 8 mai 2008 • Categorie: Musique

Publié le 28 avril 2008

Appréciation de Labosonic niveau 1

Difficile de ne pas aborder le cas We are scientists sans mentionner le sens extrêmement développé de l’auto-dérision des deux gaillards qui composent le groupe. Rigueur scientifique oblige, il est même ardu de savoir combien de membres composent leur effectif. Autant être précis tout de suite : au départ et sur leur précédent album1, With love & squalor, le groupe est un trio. Pour ce nouvel opus, Brain Thrust Mastery, aveMichael Tapper, le batteur hirsute, a pris la tangente et se voit remplacé par Adam Aaronson. Un certain Max Hart, aussi doué à la guitare qu’aux claviers, a même complété l’ensemble pour former un quatuor. Mais, malgré toutes ces pérégrinations, We are scientists sont deux, puisque seuls Keith Murray et Chris Cain affichent leurs visages assoupis en couverture de la nouvelle livraison du groupe.

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Ces préliminaires numériques posés, la musique du groupe n’a vraiment rien de scientifique : il n’y a dans leurs accords et leur mélodie ni méthodologie complexe, ni volonté d’expliquer un des grands mystères de l’univers, pas même l’ombre d’une démonstration par l’absurde. Ils jouent au contraire une pop music bien troussée qui lorgne vers le rock et parvient régulièrement à faire mouche. Tout cela nécessite un certain nombre de qualités : spontanéité, délicatesse, énergie, finesse qui sont loin d’être celles requises pour la pratique virtuose de l’équation et les manipulations de laboratoire. Comme l’affirme bien haut le groupe lui-même : « We aren’t scientists »2 .

Difficile néanmoins de ne pas concéder au groupe une qualité en commun avec les plus grands savants : la rigueur. Murray et Cain sont appliqués dans leurs compositions et ont suffisamment de classe pour laisser une impression de facilité, ce qui constitue le petit plus qui fait les grands artistes, la différence entre ceux qui apparaissent à l’aise et talentueux et ceux qui sont si méticuleux qu’ils en deviennent appliqués. Chaque chanson de Brain Thrust Mastery réussit donc le petit challenge de développer son univers propre et d’exploiter musicalement toutes les capacités de chacun de ces microcosmes mélodiques.

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Il n’est rien de plus agréable que de plonger dans l’ambiance de That’s what counts où un saxophone divague avec nonchalance pour mieux dédramatiser l’histoire d’amour assez compliquée qui se conclut du côté des paroles. Dinosaurs ou Altered Beast, centrées sur l’énergie, se posent au contraire comme des modèles dans l’utilisation de la saturation des guitares. Lethal Enforcer, années 80 en diable, joue à merveille le thème de l’éternel retour aux sons de synthétiseurs et aux gimmicks à la guitare des années 80. Spoken for, ballade triste, se laisse porter à longueur de couplets par la section basse-batterie. La rythmique, déjà entendue ailleurs, est toujours séduisante et dope merveilleusement un refrain plus enlevé.

Il n’y a donc aucun doute possible sur la capacité des new-yorkais, à faire de belles et bonnes chansons, tout particulièrement After hours, joli petit tube en puissance, qui s’impose comme la pièce maitresse de l’ensemble proposé. Mais côté inspiration, We are scientists, semble beaucoup plus limité et Brain Thrust Mastery apparaît plus comme une suite d’exercices de style musicaux réussis qu’autre chose.

L’inventaire, aussi brillant soit-il, enchaîne les passages obligés : le morceau eighties, tendance oblige, le hit-single calibré pour servir de bande-son à la prochaine série télé à la mode, et ainsi de suite. Le résultat manque singulièrement de consistance, d’inspiration et peut-être aussi de personnalité. Et si l’album est plaisant à écouter aujourd’hui, ces défauts pourraient bien mettre sa postérité en péril.

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Brain Thrust Mastery, de We are scientists, publié chez Virgin.
Crédit photographique : EMI Music LTD.

  1. C’est le premier signé sur une major mais il a été précédé d’un LP et de quelques EPs. []
  2. C’est le nom du site web alternatif, sous forme de blog, du groupe. Moins figé, plus vivant, sa visite est conseillée aux fans qui y trouveront quelques pépites sonores inédites.[]
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Labosonic est le rédacteur Musique du magazine.
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