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Alice de Sylvain Moreau

Par Delphine Kilhoffer • ven 9 mai 2008 • Categorie: Théâtre

Jusqu’au 25 juin

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Il arrive parfois, lorsque l’on va au théâtre, qu’au lieu de voir le spectacle que la compagnie a voulu donner, on se retrouve à en voir une esquisse : toutes les intentions sont claires, le spectateur les décode, les comprend, mais rien ne prend corps. C’est ce qui se passe avec Alice de Sylvain Moreau. On a beau vouloir aimer le duo formé par Catherine Martin et Djahîz Gil, saisir l’univers dans lequel ils veulent nous emporter, on n’arrive pas à croire à l’histoire qu’ils nous racontent.

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De quoi s’agit-il ? Alice, est une styliste trentenaire, qui profite des soirées mondaines pour boire plus que de mesure. Elle nous livre ses états d’âme, portant principalement sur l’homme qu’elle n’aime peut-être plus tant que ça après sept ans de vie presque commune (ils ont chacun gardé leur appartement), mais dont elle est jalouse - sans que les motifs de cette jalousie ne nous soient jamais clairement expliqués. Nous touchons là au premier problème : l’argument s’arrête là, ce qui est une trame très mince pour occuper une heure de spectacle. Les complaintes amoureuses d’Alice tournent vite en rond par manque de ressorts dramatiques, et les habiller de musique et chansons ne suffit pas à cacher la pauvreté du texte. Les dialogues se réduisent trop souvent à une série de clichés ; on imagine que l’auteur visait le second degré, mais malheureusement, il ne l’atteint pas.

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La mise en scène de Mélanie Allart, elle, se résume à une mise en espace, certes plutôt réussie vu la petitesse du plateau du théâtre de la Providence, mais quid de la direction d’acteur ? Les comédiens semblent livrés à eux-mêmes, sans fil directeur pour guider leur interprétation et arriver à faire exister leur personnage. Les quelques scènes où ils osent se lâcher – un orgasme hilarant, une formidable caricature animalière d’une femme de la jet-set –, nous font toucher du doigt le spectacle à côté duquel nous sommes en train de passer. Le reste manque d’exubérance et de conviction, qualités qui rendraient Alice et son pianiste plus vulnérables, attachants et donc plus drôles.

Alice se veut décalée, jouant sur différents registres : le théâtre et la comédie musicale, le réalisme et la fantaisie. On ne peut que louer une telle bonne volonté, mais pour que ce cocktail soit savoureux, cela demande d’avoir quelque chose à raconter et de jouer chaque note à fond pour en accentuer les contrastes. Il faut ne pas avoir peur du ridicule, que les comédiens croient en leur personnage et leurs émotions pour convaincre le spectateur. En plus des faiblesses du texte, la retenue dont souffre l’ensemble lui donne un goût d’amateurisme décevant.

Alice de Sylvain Moreau, mise en scène de Mélanie Allart, théâtre de la Providence
Avec Cathy Martin (Alice), Djahîz Gil (pianiste)

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Delphine Kilhoffer est la Rédactrice Théâtre du magazine.
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2 Réponses »

  1. Critique intéressante : ni complaisance, ni férocité. La déception y est sereinement exposée.

  2. J’ai effectivement essayé de naviguer entre ces deux écueils, merci de l’avoir souligné :-)

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