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Ronin : le test Blu-ray

Par Fabrice De Martino • dim 11 mai 2008 • Categorie: Blu-ray

Sorti le 2 avril 2008

Il est des films qui, avec l’aide du temps, acquièrent une aura particulière. Dark City, Jack Burton dans les griffes du mandarin, Last Action Hero, tous sont des œuvres qui, par leurs fans ou leurs détracteurs, font encore parler d’elles bien après leur sortie. Tel est aussi le cas de Ronin, sorti en France en 1998.

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Avant-dernier film de cinéma du vétéran John Frankenheimer, tourné dans des villes prestigieuses (Paris, Nice), nanti d’un casting de choix international (Robert De Niro, Jean Réno, Stellan Skarsgård, Jonathan Pryce…) et de courses-poursuites effrénées dans la tradition des films de Frankenheimer, Ronin partait avec tout pour lui. Tout sauf une chose, essentielle, indispensable à tout thriller : un scénario digne de ce nom. Co-écrit sous pseudonyme par le célébrissime scénariste-réalisateur-auteur de théâtre David Mamet, le script de Ronin tente de violer une des règles élémentaires de l’écriture scénaristique, celle de l’enjeu, probablement dans une intention d’originalité et d’expérimentation, et voit des mercenaires se poursuivre à travers toute la France pour acquérir une mystérieuse valise… Dont on ne saura jamais le contenu (bien que quelques indices en fin de film laissent penser à un objet à portée politique). Mamet vise haut, très haut. Beaucoup trop haut.

Suivant ce principe d’enjeu mystère poussé à l’extrême, les quinze premières minutes du film sont totalement indigestes. En guise d’exposition, l’on a droit à une série de questions qui connaissent toutes la même réponse : comment va se dérouler l’embûche pour récupérer la valise ? On ne sait pas. Combien de personnes faudra-t-il affronter ? On ne sait pas. Quand aura lieu cette opération ? On ne sait pas. Une telle pauvreté, un tel déni d’exposition n’intrigue pas, il frustre le spectateur et lui donne la nette impression de perdre son temps. Pire, face à ce refus de nous donner des éléments d’histoire, on se dit que soit Mamet et Frankenheimer comptent aller au bout de leur idée de dépouillement et se dispenser de toute description psycho-affective des personnages, soit les compères vont compenser l’absence d’enjeu, l’impossibilité pour le spectateur de s’attacher à l’intrigue du film, par un vrai développement des personnages. Que nenni, les auteurs pondant des séquences dialoguées d’un banal, d’une inutilité et d’une maladresse effarants de la part d’un réalisateur aussi averti que Frankenheimer.

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Dénué d’enjeu, de motivation et de personnages, donc de toute forme de suspense, de toute chance pour le spectateur de s’intéresser au film, Ronin se réduit très vite à une simple enfilade de scènes d’action. Qui, malheureusement, font tomber le film encore plus bas. Spectaculaires mais peu impressionnantes, elles ne se distinguent que par leur fadeur et leurs gros clichés : la fusillade en pleine rue niçoise fait peine à voir, surtout si l’on pense à celle à laquelle participait déjà Robert De Niro dans Heat, à peine trois ans plus tôt ; les poursuites en voiture donnent à voir quelques maigres dérapages, carambolages ou tonneaux, et font tristement sourire lorsqu’une voiture rentre dans le pilier d’un souterrain de quai de Seine, d’autant que le film est sorti quelques mois après le décès de Lady Di ; et l’affrontement final sur le parking et dans les coulisses du Zénith parisien témoignent d’un pétage de plombs définitif, avec une action complètement confuse, une petite fille qui pleure sa maman et un Jean Réno qui, malgré une blessure par balle, se téléporte d’un coin de parking à une hauteur de coulisses en vingt secondes chrono.

Avec une telle affiche, de telles promesses, on se prend à rêver du film qu’aurait pu être Ronin. Un Frankenheimer de la belle époque, un Train version polar, un French Connection II des années 90, où son amour pour la France ne se résume pas à quelques cascades oubliables, des séquences sur les quais ou dans les quartiers délabrés de Paris, ou un Robert De Niro peu réjoui et peu soucieux de son accent français. Une séquence laisse presque entrevoir le film qu’on aurait voulu voir : celle où Michael Lonsdale, via des petites figurines peintes de ses mains expertes, raconte à De Niro l’histoire des cinquante-sept Ronins.
Séquence néanmoins gâchée par les dialogues de De Niro, premier degré et bêtement comiques jusqu’à rendre triviales les répliques de son partenaire. Intentions confuses, affaiblissement de Frankenheimer alors âgé de soixante-huit ans et qui n’avait plus que quatre années à vivre, les raisons de l’échec de Ronin peuvent être nombreuses. Cependant, elles n’excusent pas sa nature de film d’action plus que basique, au mieux carrément anecdotique et quelconque, au pire minimaliste et nihiliste au point de se foutre de la gueule du spectateur. Où est McTiernan quand on a besoin de lui ?

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L’image de ce Blu-ray se situe au-dessus de la moyenne, mais à peine. La photo terne du film et l’encodage MPEG-2, à l’heure où le VC-1 ou le MPEG-4 ont plus d’une fois montré leur supériorité, n’aident pas le piqué, les contrastes ou la compression, à atteindre les sommets auxquels le 1080p nous a habitués. Du niveau d’un très bon DVD, mais d’un Blu-ray très léger.

En revanche, le son assure le spectacle, avec de furieux vrombissements de moteur et d’excellents passages de voitures des enceintes frontales aux arrières. La VO se montre un peu plus rentre-dedans que la VF, mais toutes deux apportent un petit plus par rapport aux pistes Dolby et DTS du DVD.

Côté bonus, c’est le grand vide : les suppléments de l’édition collector DVD (commentaires audio, featurettes sur le montage, la musique, fin alternatives…) ont tous disparu, ne reste que des bandes-annonces en HD, dont celle du film. Carton rouge !

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Ronin, un film de John Frankenheimer, avec Robert De Niro, Jean Reno, Stellan Skarsgård, Jonathan Pryce, Natasha McElhone et Sean Bean.
États-Unis, 1998, 121 min, couleurs, 1080p HD 2.40:1, version originale DTS HD Master Audio 5.1 - française et allemande DTS mi-débit 5.1, sous-titres français - anglais - allemand - hollandais.
Édition Blu-ray testée sur lecteur Blu-ray Sharp BD-HP20S avec vidéo-projecteur Epson EMP-TW2000 et ampli Pioneer VSX-808.
Crédit photographique : Fox Pathé Europa.

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Fabrice De Martino est le rédacteur DVD Blu-Ray du magazine.
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