Isobel Campbell & Mark Lanegan - Un couple presque parfait…
Par Thomas Sinaeve • jeu 22 mai 2008 • Categorie: MusiqueDisponible depuis le 12 Mai
A force de vouloir éviter les lieux communs on finit par en oublier l’essentiel. Résumons : à ceux qui n’auraient pas la moindre idée de qui est Mark Lanegan (soit donc la grande majorité de l’humanité, on l’imagine) on précisera que cet individu c’est :
1. Un bâtard vocal de Tom Waits et de feu Layne Staley (Alice In Chains)…soit donc la plus grande voix du rock d’aujourd’hui.
2. Un charisme (pour le moins) sauvage, façon loup-garou à l’aura menaçante (il en a d’ailleurs un peu le faciès).
3. Une énigme pour la plupart des amateurs de musique, qui le connaissent depuis un bail tout en ayant l’impression étrange de ne quasiment rien savoir de lui.
Or donc vingt-trois ans après le premier EP de ses très cultes Screaming Trees, Mark Lanegan demeure toujours une énigme. Non pas tant parce qu’il faudrait une encyclopédie entière pour lister l’ensemble de ses contributions mais surtout parce que ce type semble depuis toujours plus intéressé par ses collaborations extérieures que par sa propre carrière. Avec Mark Lanegan on a régulièrement l’impression que ce sont ses propres albums, les projets parallèles – et ceux des autres les principaux. C’était assurément le cas dans les années 80 et 90, lorsque le meilleur ami de Kurt Cobain était principalement connu pour être le leader des arbres crieurs susnommés. Ses albums solos d’alors (au nombre desquels le sublime Scraps At Midnight) n’intéressaient qu’une poignée d’amateurs éclairés mais ne se vendaient pas du tout – on pouvait comprendre qu’il préfère s’amuser avec ses copains. A partir de 2000 c’est devenu nettement moins compréhensible, puisqu’au moment où les Screaming Trees splittaient Lanegan devenait l’intérimaire préféré des Queens Of The Stone Age, lesquels devenaient au même moment le groupe de rock le plus important de son époque. On aurait pu supposer que, gagnant en visibilité, Lanegan allait à présent se recentrer sur ses propres travaux. Or…c’est exactement l’inverse qui s’est passé ! Et aujourd’hui Lanegan fait de plus en plus penser à ces comédiens dont on a parfois l’impression que leur activité principale est d’être invités dans les émissions de télé. Pas de quoi le prendre pour l’Elie Semoun du blues-rock – soit. Il n’empêche que ces dernières années on a pu parfois avoir l’impression que Lanegan était la guest-star ultime, le mec toujours dispo et (en plus) toujours inspiré pour un petit duo – sinon carrément pour un album complet.
« Hey, Jack : il nous faut quelqu’un pour faire les chœur sur la piste trois…t’as une idée ?
- Pas de problème Bill ! On a qu’à demander à Mark, il est toujours partant et franchement, deux grammes de coke pour un morceau c’est un excellent rapport qualité / prix. »
Le plus étonnant étant qu’on arrive jamais vraiment à dire qu’il cachetonne (ce qu’il fait pourtant souvent), parce que l’organe rauque et sauvage du gaillard est si sexy et renversant que le résultat est à chaque fois époustouflant. Ainsi est-il devenu le seul grand chanteur dont les meilleures chansons sont presque toutes sur les albums des autres, le seul avec…Lee Hazzlewood. Son idole – l’homme derrière la quasi totalité des tubes de Nancy Sinatra. Or donc en 2006, Lanegan et l’ex vocalisto-violoncelliste de Belle & Sebastian, Isobel Campbell, décidaient de rendre hommage à ce duo mythique le temps d’un album remarquable : Ballad Of The Broken Seas. Le résultat fut si probant et la réception de l’album si enthousiaste qu’on pouvait s’attendre à ce que le duo remette ça. C’est chose faite : Sunday At Devil Dirt parait ces temps-ci, moins de deux mois après le dernier projet laneganien en date – le très bon album des Gutter Twins (toujours en duo, mais cette fois avec Greg Dulli).

La formule n’a pas spécialement changé : la belle « songwriteuse » a tout écrit dans son coin, passé un petit coup de fil au cowboy solitaire, celui-ci est arrivé, a grogné durant une semaine et est rentré chez lui dépenser son cachet en substances diverses et variées. Quelle surprise alors que de découvrir un album finalement assez différent du premier, nettement plus Lanegan que Campbell – c’est à dire nettement plus sombre et plus blues (Salvation sonnant carrément comme une chute de Scraps At Midnight). Sans doute parce que la voix…pardon : La Voix ne peut s’empêcher de tirer chaque morceau vers quelque chose de profondément torturé, marécageux (terme que nous sommes contractuellement obligés d’employer dès lors qu’on évoque Mark Lanegan)…et que sur la durée de ce Sunday At Devil Dirt, Lanegan chante beaucoup plus que son alter-ego. Mais le répertoire s’y prête aussi, qui s’éloigne des sentiers battus par Hazzlewood et Sinatra pour s’en aller explorer des territoires plus personnels (quoique tout aussi balisés). Rien de plus normal : un hommage au duo légendaire, c’est vachement chouette. Deux hommages de suite, ça n’aurait aucun intérêt, on ne sera donc pas étonné de constater que Sunday At Devil Dirt lorgne nettement plus vers les travaux respectifs de ses deux interprètes, aussi bien la folk sensuelle d’Isobel que le blues rugueux de Mark. A vrai dire ce second album se situe pile à la croisée des chemins du dernier opus solo de la dame (adorable Milkwhite Sheets) et du plus bluesy de tous les disques du trublion rock (Field Songs). L’osmose entre les deux voix étant déjà (on le savait depuis deux ans) presque parfaite, les deux univers s’amalgament presque naturellement et donnent naissance à un album infiniment plus singulier que Ballad Of The Broken Seas…et sans aucun doute aussi infiniment meilleur (c’était donc possible !).
Bien entendu on nage en plein cliché de la belle rencontrant la bête. Ce marronnier-là sera difficile à contourner, d’autant que de Seafaring Song en The Raven l’album compte bon nombre de morceaux sur lesquels Lanegan fait planer un climat des plus maléfiques que Campbell vient nuancer par des chœurs évanescents. L’expression « interprétation habitée » ayant été inventée pour lui on sera pas étonné qu’il métamorphose la moindre bluette en chef d’œuvre aux vertus hypnotiques (Something to believe)…
Mais ok, ok : va pour la bête. Et la belle, alors ? La belle est là, elle assure l’essentiel du boulot, elle tient la baraque tandis que Monsieur Grosse Voix Virile fait son malin : Campbell arrange le tout à cette sauce folk-pop qu’on aimait déjà à la folie chez Belle & Sebastian, compose des écrins fabuleux pour le Mark (qui y trouve assurément les meilleures chansons de sa longue carrière). C’est vrai qu’on a pas trop l’habitude : en général c’est plutôt la bête qui met son génie au service de la belle. Là…plus on avance dans l’écoute plus on se dit que le pauvre Lanegan ne serait pas grand chose sans Isobel, dont la voix est sans doute moins singulière mais dont les talents de “songwriteuse” et d’arrangeuse s’avèrent absolument renversants : le son cristallin de Keep in my mind rivalise avec celui du Cash des American Recordings, Shot Gun Blues s’impose au bout de deux écoutes comme la B.O. décadente d’un strip-tease au saloon du coin, Sally don’t cry est une torch-song lumineuse…le reste se compose de ballades déglinguées juste comme on aime (The Flame that burns), de duo hypnotisants (Come on over, turn me on)…et arrivé là le rédacteur réalise, aussi étonné qu’enchanté, qu’il a cité quasiment tous les titres d’un album encore meilleur qu’il le croyait !
On dira donc pour conclure : Ballad Of Broken Seas était un remarquable disque de couple à écouter en amoureux. Sunday At Devil Dirt…aussi, sauf qu’au lieu d’être remarquable, il est exceptionnel.
A noter que pour une écoute optimale il vous sera recommandé d’accompagner cet album outre d’une chaine hi-fi : d’une personne que vous aimez, d’un canapé ou de deux fauteuils confortables, d’une bouteille de bon vin et de quelques bougies.
Sunday At Devil Dirt, édité chez Cooperative Music.
Crédits photos : Rate your music.
Thomas Sinaeve est un des rédacteurs Musique du magazine.
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Salut Thom,
Merci de parler aussi bien de ce disque. Nous avons nos désaccords sur Adam Green, mais là, c’est l’entente parfaite, si ce n’est pour le bon vin que je troquerais volontiers pour un tourbé
@++
Sans doute cela colle t’il mieux à Mark…mais Isobel…
…une femme comme elle mérite un grand cru
Je suis entièrement d’accord avec cet article qui résume bien ma pensée sur l’évolution de ce duo improbable.
Tu peux venir consulter le mien à cette adresse pour comparer : iloverocknroll.over-blog.com
A bientôt,
Cissie
- Hey, Jack : il nous faut quelqu’un pour faire les chœur sur la piste trois…t’as une idée ?
- Pas de problème Bill ! On a qu’à demander à Mark, il est toujours partant et franchement, deux grammes de coke pour un morceau c’est un excellent rapport qualité / prix. »
J’ai apprécié votre chronique pertinente du second album d’Isobel et Mark, un album qui exige de prendre le temps de plusieurs écoutes pour découvrir ses nuances et ses perles, mais je trouve que ce bout de dialogue ci-dessus un peu facile en réduit la portée. A propos de défonce dans le rock, il faudrait un jour publier la liste de ceux qui n’ont jamais rien pris, ça irait plus vite !
J’ai appris à ne plus me fier aux apparences et aux rumeurs; le rock indépendant et le songwriting pop-rock intéressants sont souvent créés par des auteurs all dressed in black qui semblent, c’est vrai, porter une douloureuse gueule de bois existentielle et permanente, mais de là à dire que certains sont tout le temps sous influence psychotrope me paraît là aussi trop réducteur. Je suis en train de compléter - non sans peine - la discographie de Lanegan; sérieusement, est-ce qu’un type pété en permanence aux trucs durs posséderait un tel CV discographique ? J’en doute. Il y a plein de contre-exemples, hélas, de créateurs lessivés par les poudres diverses et les petites pilules qu’on fait passer avec force rasades de raide mais ils ne produisent plus rien ou sont morts. Si la génération de quadras issue du grunge a été plutôt affectée par les trucs durs, je répète que la production multiple et diversifiée de Lanegan est difficilement compatible avec des pratiques addictives. De plus, je n’ai rien lu récemment concernant des concerts ou des télés avec Isobel ou The Gutter Twins annulés au dernier moment. Il tourne, le loner du Nord-Ouest à la voix fabuleuse, il tourne tellement qu’on perd sa trace. A une époque où on veut plus que jamais tout savoir de tout le monde pour tout mettre dans des petites boîtes, la dimension “catch me if you can” de Mark “The Loner” Lanegan m’est plutôt sympathique, même si c’est la galère pour dénicher certains de ses enregistrements.
Très cordialement.
PS : Le duo donne un concert le 4 juin à Genève (L’Usine). On pourra juger live.
Bonjour René, et d’abord : merci pour les compliments
Concernant le dialogue, il est peut-être facile… mais il vise surtout à planter le décor, à l’attention des gens qui n’auraient jamais entendu parler de Mark Lanegan. Car si certaines réputations de l’histoire du rock sont très certainement excessives et basées sur des rumeurs… celle de Lanegan est de notoriété publique, et depuis longtemps. L’an passé encore, Josh Homme racontait que sa mince participation au dernier Queens Of The Stone Age était due à son incapacité et à rester en place, et à être en état d’y participer (”Era Vulgaris” a été, vous le savez peut-être, écrit en studio et enregistré très rapidement - exercice ne collant pas du tout avec Lanegan…ni avec aucun vrai accro). Et Homme d’ajouter dans une interview (je ne sais plus à qui… R&F ?) qu’il adorait Mark mais qu’il serait bien incapable de travailler avec lui sur une longue durée, et que d’ailleurs si son nouvel album solo tardait à paraitre cétait parce qu’il avait claqué, au bout d’un mois, l’intégralité de l’avance de son label rien qu’en dope. Le seul avis de Homme ne suffisant peut-être pas, on rappellera qu’Isobel Campbell elle-même a raconté la genèse hallucinante de “Ballad Of The Broken Seas”, ou comment ce disque (qu’elle avait conçu en solo) est né quand Lanegan a surgi de nulle part, enregistré quelques morceaux pendant trois jours pour mieux se volatiliser juste après (durant la promo de “Sunday…” elle expliquait qu’elle avait passé un an sans avoir de ses nouvelles, ce pourquoi il n’y avait pas eu de tournée en 2006)…
…il existe un millier d’anecdotes de ce type (on trouve aussi quelques unes dans le journal de Cobain), qui n’émanent pas de journalistes ou de fans mais bel et bien de ses plus fidèles amis - je ne crois pas qu’on puisse soupçonner Homme ou Campbell de colporter des ragots.
Je trouve votre intervention judicieuse, mais permettez-moi cela dit de ne pas être d’accord, et de nuancer un peu le propos lorsque vous écrivez : “la production multiple et diversifiée de Lanegan est difficilement compatible avec des pratiques addictives.”
C’est vrai beaucoup d’artistes réputés être des alambiques humains (je pense par exemple à Tom Waits)… néanmoins en ce qui concerne Lanegan, n’oubliez pas que la plupart du temps sa production se résume à chanter sur des enregistrements réalisés de manière impromptue, parfois à la dernière minute, et le plus souvent de morceaux qu’il n’a ni écrits ni composés. Que ce soit sur le Gutter Twins ou sur “Sunday At Devil Dirt”, que ce soit avec les Queens Of The Stone Age ou Soulsavers… Mark Lanegan n’a presque rien écrit de tous ces morceaux prodigieux qu’il a interprétés ici ou là depuis son “Bubblegum” personnel (qui remonte déjà à quatre et qui, a priori, n’aura pas encore de successeur prochainement). Si l’on peut considérer que Lanegan est très productif… il n’est pas du tout prolifique, comme la plupart des vrais junks de l’histoire du rock (son copain Layne Staley en tête). C’est même sans doute pour cette raison qu’il publie si peu de disques solos : comme tous les junks, il est (hélas, mille fois hélas) a priori incapable de travailler sérieusement, de se concentrer sur une longue durée, de faire des projets à longs termes (la tournée avec Isobel est l’exception qui confirme la règle… en admettant qu’il la finisse - il n’en a fini aucune avec ses autres projets)…ce qui ne l’empêchera peut-être pas de donner quelques beaux concerts, il a prouvé qu’en tant qu’interprète il était pourvu d’un instinct prodigieux (la sublime “This lullaby”, par exemple, était une impro).
Bon ! Désolé pour la longueur
Mais votre commentaire appelait quelques éclaircissements, j’espère vous avoir répondu de manière correcte !
En ce qui concerne la reconstitution de sa discographie… je crois ne pas être loin d’avoir tout, par conséquent n’hésitez pas si vous avez besoin d’un tuyau quelconque.
Cordialement.
Merci de ces éléments. Je suis touché, car c’est triste ce que vous nous apprenez là. Je pensais que si le outlaw du rock indépendant tâtait du dur, ça n’était pas une pratique addictive, mais une sorte de béquille contre les retours de déprime. Mais bon, ça n’ôte rien à la qualité de ses prestations pour Soulsavers, Isobel Campbell, The Gutter Twins, Bomb The Bass, si je ne me trompe pas et à la stupéfiante - oups ! - et noire beauté de ses albums personnels, notamment le miraculeux “I’ll Take Care of You” et ses reprises impeccables. Je dis miraculeux dans le paysage rock contemporain. Quant à “Bubblegum”, je l’ai prêté à une amie qui a failli rendre sa famille cinglée à force de le jouer encore et encore pendant des soirées entières ! Je viens de réussir à dénicher en Suisse alémanique “Scaps at Midnight” et “The Winding Sheet” ainsi qu’un compilation des Screaming Trees (je suis moins séduit même si certaines compositions préfigurent les albums en solitaire. Drôle de groupe, déjà en rupture, ailleurs, en quête de sons et de mélodies différentes et d’un climat noir, romantique et urbain que j’ai retrouvé dans l’album des Gutter Twins qu’il faut aussi écouter plusieurs fois et fort.
Très cordialement.
PS : J’allais oublier la participation de Mark Lanegan au double album B.O. de “I’m Not There” où il interprète de façon magistrale - enfin, je trouve - “Man in The Long Black Coat” de Dylan dans un climat proche des derniers albums de Johnny Cash, mais ça n’engage que moi.
En réfléchissant au sens de vos remarques, je me suis dit qu’il était étrange qu’un type doté d’une voix aussi énorme, capable de passer du murmure au rugissement contrôlé, ne fût pas plus connu, je veux dire en dehors des cercles d’afficionados… Incontrôlable le loner, si on en croit les expériences d’un Josh Homme et d’autres.
Je crois que les Screaming Trees sont surtout cultes parce qu’ils sont considérés comme les inventeurs du grunge (premier disque en 1985, soit donc deux ans avant Soundgarden et trois ans avant Mudhoney), et parce que, de ce fait, ils étaient idolâtrés par des gens bien plus talentueux qu’eux (comme Kurt Cobain, Jerry Cantrell…etc.). De plus ils sont restés très underground jusqu’à la fin de leur carrière, quand tous les autres groupes de la ville ont explosé à très grande échelle…ce qui du coup leur a valu l’amour de tous les snobs du rock
Rétrospectivement ils sont doublement devenus cultes lorsque Lanegan est devenu connu (parce que certes, il n’est pas une superstar aujourd’hui…mais il y a dix ans PERSONNE ne savait qui c’était à part quelques journalistes bien informés). Je les aimais beaucoup à l’époque, moins maintenant (mais j’ai vieilli !). Et de toute façon ils n’étaient déjà pas mon groupe grunge préféré. Aujourd’hui j’en retiens surtout “Dust”, leur ultime album (1996), plus mélodique et aéré que les précédents, qui préfigure de manière étonnante non pas tant l’oeuvre solo de Lanegan que…celle des Queens Of The Stone Age.
Mais vous avez raison, il est assez étonnant que Lanegan ne soit pas plus connu. Sinon carrément incompréhensible, et c’est un peu ce que je dis au début : après l’explosion des Queens en 2002 il aurait dû devenir une star. Comment l’expliquer ? Je ne sais pas. Peut-être tout simplement parce que sa musique en solo est plus “adulte”, moins djeun’s que celle de Josh Homme & Co.
Je ne connaissais pas les Screaming Trees, exceptés quelques morceaux programmés sur Couleur 3 il y a 20 ans.* Un ou deux programmateurs suivaient l’actualité discographique pré-grunge et grunge en provenance du Nord-Ouest des USA. Mais ils ne m’avaient pas marqué. Plus tard, j’ai retrouvé le nom du groupe dans des papiers et des bios consacrés à Nirvana. Si ce que les biographes écrivent est véridique, Kurt Cobain avait plus que du respect pour Lanegan, de l’amitié. Ils ont voulu laisser un témoignage de leur complicité musicale et de cette amitié en se retrouvant pour des sessions en studio… Sans suite. (Savez-vous s’il existe une bande ?) Sous l’étiquette “grunge”, je trouve que la sélection de la compil’ - avec les faiblesse du genre - révèle des compositions et des arrangements plutôt “sophistiqués”, avec des touches et des décrochages vers des prairies, des ruelles et aussi quelques impasses aussi préfigurant les choix de Lanegan en solo : country-punk, folksongs, bande-son pour des dérives nocturnes, etc. J’ai été surpris mais en bien; je m’attendais à un truc plus rustique, plus hard-core.
Je suis d’accord avec votre remarque sur l’après Queens Of The Stone Age.
Lanegan ne cherchait peut-être pas à devenir une star… Et puis avec ses choix, ses climats et ses sujets d’inspiration, il a opté pour le réalisme : il ne sera jamais mainstream.
*Je les ai peut-être lancés ou désannoncés à la fin des années 80; j’ai bossé pour cette radio jusqu’en 1989 et à cette date, ils avaient déjà plusieurs albums dans le coffre de leur bus.
En fait ils ont enregistré un album entier de reprises de Leadbelly, qui n’a hélas jamais paru pour d’obscures raisons contractuelles. Il reste de tout cela juste quelques démos de Cobain seul (sur le coffret Nirvana) et le duo qui figure sur “The Winding Sheet”. Le reste semble avoir été perdu (ou conservé dans le coffre fort de Courtney Love).
Cissie, ici présente (enfin…un peu plus haut), ma retrouvé également hier “Down in the dark”, morceau écrit en commun avant même la fondation de Nirvana (connu également sous le titre “Unknown Demo”, et qu’on retrouve sur certaines compile de Seattle de la fin des années 80…)
Sur le mini album des Twilight Singers “As stitch in time” (2006) déniché en ligne, la reprise “Live with me”* chantée par Lanegan est épatante. Je suis un peu moins séduit par les autres titres. Pour reparler de la trajectoire Lanegan, je crois qu’il appartient à la catégorie des grands interprètes au service de compositeurs et de producteurs inspirés comme Soulsavers qui ont signé un bel album original. C’est déjà pas mal.
* L’original est de Callier de Massive Attack, si je me trompe pas…
A propos de Leadbelly, auriez-vous un titre ou une bonne compil’ à conseiller; je connais pas du tout ce bluesman qui semble culte. Je croyais que c’était le nom d’un groupe pré-grunge, vous voyez la méprise :)… !
“Live with me” est une composition de Terry Callier sur un album homonyme de Massive Attack featuring Callier paru en 2006. On va y arriver !
Je pense que pour Leadbelly… vous pourriez trouver quelque chose de correct par ici :
http://legolb.over-blog.com/article-3126558.html
Dans le dernier R&F, on trouve justement une interview d’Isobel Campbell qui dit que Lanegan ne se drogue plus du tout. Et que depuis il est quasiment muet. Il a d’ailleurs à peine décroché 3 mots pendant cette interview. Quand je l’avais vu avec Soulsavers il y a 1 an et demi, il sortait tout juste de sa dernière désintox me semble-t-il. Mais je crois qu’il est clean maintenant.
Je vous dirai ça ce week-end !
(déjà qu’il parlait pas beaucoup avant
Hier soir sur la scène de l’Usine (Genève), ils n’ont rien dit. Ah si, juste à la fin, Lanegan a marmonné le nom de sa complice. A part ça, pas UN mot, même pas le service minimum. Bien sûr, je ne m’attendais pas à les voir faire le show façon Nancy Sinatra/Lee Hazelwood avec chorégraphie et paillettes, mais un tel minimalisme, ça vire à l’autisme. Musicalement, rien à redire, c’est en place; les voix sont belles et les musiciens dans le coup, mais après quelques chansons parmi lesquelles “Carry Home”, la belle reprise du Gun Club durant laquelle j’ai vu le fantôme de Jeffrey Lee Pierce esquisser un sourire, j’ai émigré vers le bar où j’ai retrouvé d’autres vieux comme moi un peu dubitatifs. Je trouve leur set déséquilibré par un trop long passage folk qui donne l’impression d’écouter Leonard Cohen accompagné par des Bad Seeds sous valium ! Ils se reprennent dans la dernière partie avec des morceaux plus rugueux, plus proches du rock blues façon Chuck E. Weiss de certains albums de Lanegan. Je n’ai pas ressenti ce petit plus que j’attends d’un concert. Ils assurent et repartent, c’est tout.
Merci du lien pour Leadbelly.
Ah oui, à propos de la réputation de défonce man que traîne Lanegan : hier soir, il n’était pas sous influence. Isobel affirme qu’il ne touche plus aux trucs raides et je continue à penser qu’on ne peut pas avoir le rythme qui est le sien (sessions, tournées avec Campbell et Dulli, télés, etc.) si on est dans le dur.
Bien cordialement.
Ca ne récuse en rien ce que j’ai développé plus haut.
S’il ne se défonce plus depuis quelques temps… j’en suis le premier ravi. Ca n’empêche qu’Isobel n’a pas toujours dit ça, bien loin de là
Après le génial album des Gutters Twin, Lanegan semble vraiment être le “wing man” de l’année
Quant à Screaming Trees, c’est vrai que je trouve que ça a moins bien vieilli que Mudhoney.
Benjamin
http://www.playlistsociety.fr
Oui ! Je suis assez d’accord. Screaming Trees ont pâti, surtout sur leurs premiers disques, de cette production très “formatée Seattle” (batterie mixée en retrait et basse très en avant, réverb’ un peu trop systématique sur la voix) qui est un brin datée aujourd’hui et a coulé quelques uns des meilleurs disques de cette époque.
Bonjour,
Puisque Lanegan a participé à leur aventure sonique, j’aimerais bien avoir vos avis sur Queen Of The Stone Age. Après avoir écouté et réécouté la plupart de leurs albums et vu un concert filmé à Londres il y a deux ans, j’alterne entre séduction et… irritation. Séduit quand le groupe à Josh Homme injecte un vrai groove hard blues-funky dans ses compos et irrité par des soli interminables qui plombent leur set. Et vous ?
Très cordialement.
Difficile de dire du mal des Queens Of The Stone Age…
Leur premier opus est dispensable, le second excellent, les deux suivants sont des chefs d’oeuvre et le troisième est décevant (mais pas inintéressant). J’ajoute que “Songs for the deaf” (2002) est à mon sens (et au sens de nombreux autres) le meilleur disque de rock de la décennie en cours…
Waou ! Un commentaire court.
Dulli et Lanegan, les Jumeaux Caniveau
sont en entretien ici (en ang.) :
http://www.pitchforkmedia.com/article/feature/49608-interview-the-gutter-twins
Il parle - peu - mais il parle Lanegan.
Auriez-vous des informations (Disco, bio, etc.) sur les Soulsavers, ces producteurs-DJ’s très inspirés auteurs d’un album étonnant et riche ? Merci.
Une belle collaboration : http://fr.youtube.com/watch?v=oEcXz7b2Bk0&feature=user
Bonne soirée !
J’appartiens à la génération qui eut la chance d’avoir 20 ans en 1977/80, celle qui a reçu les premiers 45 tours punk et new rock en pleine poire et avec bonheur. Enfin, ça bougeait, enfin, des types et des filles qui avaient le même âge que nous investissaient un genre qu’on disait vermoulu pour en refaire quelque chose de sexy, d’urgent et de risqué. Ma question sur Queens Of The Stone Age partait d’un constat affligeant aujourd’hui : le retour des démonstrations de virtuosité technique dans le rock et les dérives “progressive rock” (aie !) comme Muse et Cie, dérives que je retrouve hélas aussi sur certains morceaux de groupe à Josh Homme; ainsi dans leur live à Londres, il y a le pire du genre : un solo de batterie !!! Pour nous qui avons milité contre les soli et l’attitude arrogante et vaine qui va trop souvent avec, c’est dur à avaler. Soli rime avec ennui, cet ennui produit par 3,4 ou 5 types plus ou moins chevelus qui envoient leur set sans imaginer aussi la scène comme un espace excitant à investir. Qu’y-a-t-il de plus barbant qu’un concert rock “classique” ? Un autre gig de rock classique … comme le set Campbell et Lanegan l’autre soir à l’Usine où il ne s’est RIEN passé du tout. Pourtant, de Screamin’ Jay Hawkins aux Cramps en passant par Music Machine, The Residents ou Devo, le rock a été secoué par les folies en scène de vrais performers qui réinventaient le concert; mais cet esprit est bien peu actif ces temps où les bands néo-rock-folk ou proto-progressive rock se contentent trop souvent d’assurer leur set avant et de rentrer à l’hôtel.
Vraiment ? Je ne vois pas vraiment où est le prog chez QOTSA (du moins sur les albums). Mais l’influence psychédélique est patente, et comme le prog n’est que le descendant direct du rock psyché…
J’ai tendance à être complètement d’accord sur ce qui est dit sur les QOTSA. Peut être pas “progressif” non plus, mais ce qui faisait tout le charme du groupe, à savoir la partie fun et “la petite touche pop qui fait tout” semble être définitivement partie avec Nick Oliveri. D’ailleurs, à l’écoute du premier, on se demande si elle n’est pas arrivée avec ce dernier d’ailleurs.
On peut comprendre la légitimité de son éviction du groupe, mais bon, les albums des QOTSA ont définitivement perdus la moitié de ce qui faisait leur charme, et se retrouve à se caricaturer à chaque album…
Ca me fait d’ailleurs un peut penser à l’évolution des Mars Volta, groupe qui arrivait à rendre le progressif un peu “fun” sur leur premier album, avec une énergie qui rendait agréables les passages ambiants prompts à endormir habituellement… Maintenant, on se retrouve avec des albums inécoutables tant la production et les compos sont lourdes (et je ne m’attarderai pas sur Cedric Bixler qui ruine tout son potentiel vocal à coup d’effets insupportables).
Dites à un guitariste qu’il est novateur, il vous pondra de la fondue…
Quant à la non productivité de Mark Lanegan (unique point sur lequel je comptais écrire à la base), il est vrai qu’il n’avait quasiment rien écrit depuis Bubblegum, mais l’album des Gutters Twins a bel et bien été écrit à 50% par lui (du moins d’après les interviews que j’ai pu lire). Il ne s’agit donc pas d’une énième collaboration en guest pour un autre artiste, mais bel et bien d’un effort créatif ne se limitant pas à de l’interprétation. Loué soit Mark…
Ps: excellent article…
ah!
heureux de voir que c’est mes amis les ignorants incultes et que c’est juste parce que j’habite ds un trou paumé que peu de gens connaissent Ca ^^
et pis en réponse a rené claude, j’avoue que je n’ai pas tout lu.
pour mi les QOTSA son excellent mais peut etre faut il aller plus loin que la première écoute…
perso je n’ai pas immédiatement tout apprécié et maintenant …
Soulsavers, le cd fait avc mark est génial pour moi. Différent de ce qu’il fait solo…
gt a un concert de mark et isobell..ben…moi, le fait “qu’ils viennent et assurent” et c tout, ça me plaît. Il est fidèle a lui même…
rugueux lol
pour les solos…ben… un musicien a droit au plaisir lui aussi
Bob >>> Sur les Queens, je suis à la fois d’accord et pas d’accord
D’accord avec votre analyse ; mais pas d’accord que je trouve “Lullabies to Paralyze” grandiose… à la différence du dernier, un peu fade par moment, assez désincarné en fait. Le pire étant que sur “Era Vulgaris”, le groupe essaie à tout prix d’être fun - et qu’il est surtout cheap.
Concernant The Gutter Twins, en revanche, vous m’apprenez quelque chose. Je savais qu’il en avait composé quelques uns (j’avais bien précisé “presque rien écrit”) ; en revanche il ne me semblait pas que la proportion était si importante (à plus forte raison parce que le disque sonne vraiment beaucoup comme du Afghan Whigs, dans l’ensemble). Je n’ai pas l’album sous la main mais je vérifierais sur les notes de pochettes.
Etienne >>> moi aussi j’habite dans un trou paumé
“heureux de voir que c’est mes amis les ignorants incultes”
‘tain, on peut employer l’expression “ignorants incultes” sur culturofil ? C’est classe… moi, je ne peux même pas le faire sur mon propre blog…
A part ça, Thom, je n’ai toujours rien dit sur ton article… parce que je sais pas trop quoi écrire si ce n’est “super album, et super article”…
(merci)
(de rien)
Bon et la chronique de Portishead elle réapparait quand?
Je ne vois pas du tout de quoi tu parles. Un rêve, sans aucun doute…
L’article a été viré… moi aussi, d’ailleurs, parce que tous les commentaires étaient critiques… et ils ne veulent pas, sur culturoflic, d’un type qui dit du bien d’albums pourris et choque ainsi le bon goût de ses honorables lecteurs. Ils risquaient de ne pas être “labelisés” à cause de moi, et viennent même de me coller un procès… merci les gars…
Si Thom est encore là, malgré son article sur Weezer, c’est juste parce qu’il a eu la bonne idée de commencer par des albums plus fédérateurs (Tindersticks, Campbell-Lanegan)… mais qu’il fasse gaffe, encore un article comme ça, et il prendra lui aussi la porte…
D’ailleurs j’ai renoncé à parler de Dream Theater…
Remarque Dream Theater , mieux vaut en parler que d’être obligé (autrement je ne vois pas) de l’écouter.
Bonjour,
Je viens de parcourir tout ce long fil, et je suis heureux de voir que Mr Mark Lanegan fait bien des emules.
Etant tombé dans la vague seattle, et ayant debuté par Soundgarden et Pearl Jam, Hater, etc, … je suis désolé de dire que je reviens toujours vers les Trees et Lanegan, plus que les autres. Pourquoi ?
Je ne sais pas, est-ce que ça me parle plus que le reste ?
Des chansons comme ‘Slide Machine’, ‘Borracho’, ‘Hit the City’ pour les albums solo de Lanegan, ou ‘Transfiguration’, ‘What goes on’, ‘the second i awake’,etc, … pour les Trees, trouvent toujours leur place entre mes deux oreilles.
J’aime beaucoup la façon tenebreuse que renvoient les chansons de Lanegan en solo, chose que l’on ne retrouve absolument pas dans les chansons des ‘confreres’ de la meme vague. Et d’un autre coté je trouve que les Trees des debuts ont un son tout simplement brillant, inspiré, rapide, efficace … et sombre.
N’ayant jamais vu l’un ou les autres sur scene (excepté en video), ce qui est bien dommage, je ne saurais dire si je ressens la meme chose en live, devant le bonhomme.
Et puis, le passage avec les QOTSA est, somme toutes, assez brillant a mon avis. ‘Auto Pilot’ que je prefere en live, est une merveille que je ne me lasse pas d’ecouter. D’ailleurs, c’est assez marrant de revoir les videos des Trees quand Josh Homme assurait la guitare rhytmique (Live in Essen, par exemple) et le voir jouant maintenant.
Bon, voila, c’etait un bref et court tour d’horizon.
Pierre
[...] un peu moins la cote depuis quelques années, et une quasi prouesse au terme d’une saison qui de Campbell / Lanegan en Giant Sand, de Calexico en Dale Petty… ne manqua franchement pas de pointures [...]
à ceux qui vont mercredi écouter lanegan et campbell au trabendo,
je ne saurais trop conseiller d’arriver à temps pour ne pas louper la 1e partie.
Sans quoi dans quelques mois ils se sentiront un peu bêtes quand tout le monde leur parlera de Marie-Flore, en leur rappelant “mais si, elle a ouvert pour lanegan et campbell, souviens-toi, c’était énorme”

Euh… qui ça ? Ta sœur ?
[...] l’entêtante Silice, on pense moins à des références francophones qu’à sa majesté Mark Lanegan en personne - période Scraps At Midnight bien sûr. Blues marécageux, décharné en apparence [...]
Réponse à Thom (de juin 2008 oui ça date)
“Car si certaines réputations de l’histoire du rock sont très certainement excessives et basées sur des rumeurs… celle de Lanegan est de notoriété publique, et depuis longtemps. L’an passé encore, Josh Homme racontait que sa mince participation au dernier Queens Of The Stone Age était due à son incapacité et à rester en place, et à être en état d’y participer (”Era Vulgaris” a été, vous le savez peut-être, écrit en studio et enregistré très rapidement - exercice ne collant pas du tout avec Lanegan…ni avec aucun vrai accro). Et Homme d’ajouter dans une interview…”
En même temps Josh Homme raconte beaucoup de ragots dans beaucoup d’interviews, c’est un excellent musicien et génial dans les QOTSA mais très imbu de lui-même et dénigrant la plupart des autres groupes de rock et même ses collaborateurs comme Mark Lanegan. Ce dernier n’a jamais recherché les feux de la rampe au point de s’intégrer pleinement à des groupes comme QOTSA qui touche aujourd’hui un très grand public. S’il n’écrit plus beaucoup de chansons, il participe en revanche à une pléiade de projets et duos, etc… et cela ne marche pas comme au karaoké: on vient les mains dans les poches, on picole ou on se défonce, l’instru est jouée en fond et Lanegan pousse la chansonette… Il “habite” chacune de ses chansons, il doit obligatoirement travailler dessus…
Josh Homme dénigrant ses collaborateurs ? Dénigrant Lanegan ?? Je me demande bien où…
“cela ne marche pas comme au karaoké: on vient les mains dans les poches, on picole ou on se défonce, l’instru est jouée en fond et Lanegan pousse la chansonette… Il “habite” chacune de ses chansons, il doit obligatoirement travailler dessus…”
Si, si, ça marche un peu comme ça avec lui, lui même l’a avoué dans ses rares interviews.
Ce qui ne l’empêche pas d’habiter les chansons.