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Bleu Pétrole – La synthèse qu’on n’attendait pas.

Par Thierry The Civil Servant • jeu 29 mai 2008 • Categorie: Musique

Album publié le 25 mars

Il ne faudrait rien lire dans la presse ou sur le web, lorsque sort le nouvel album d’un artiste qui vous accompagne depuis très (trop?) longtemps.

Du reste où sont passés les « écrivains » du rock’n'roll ?

Eudeline radote, ce qui est un crève cœur (toute ressemblance n’est pas fortuite avec Daniel…) quand on sait ce qu’au temps d’antan il écrivit, passeur d’exception qui nous guida tous vers des destinations que sans lui jamais nous n’eussions prises.
Manoeuvre joue les vieux beaux à la Star Academy (Oh pardon à la Nouvelle Star. Il est vrai qu’il ne faut pas confondre, l’une est ringarde quand l’autre est hype) et Beauvallet ou Cassaveti… ben quoi Beauvallet et Cassaveti, on ne les lit pas voyons, on les écoute !

Et qui donc les a remplacé sur la toile ? Couverte de blogs plus prompts, les uns que les autres, à quêter sur tous les myspace du monde le futur futur du rock ou de l’after folk, qui sera sacralisé cinq minutes durant jusqu’à ce que vienne le suivant. Et où surnagent malaisément, luttant contre le flot, quelques francs-tireurs qui veulent encore faire d’un certain rock’n'roll leur crédo.
Non il ne faudrait rien lire.

La tête légèrement en arrière, comme un soupçon

Or donc, Alain Bashung a sorti son nouvel album, voilà déjà quelques semaines : “Bleu Pétrole”.

So What ? Et quel intérêt d’en dire trois mots maintenant ?

Bon, il est encensé chez les institutionnels (tout le monde voit bien de qui je parle), il n’y a donc pas lieu d’en rajouter.

Oh, mais c’est que tu ne lis point trop les blogs plus anonymes, les blogs indies qui font l’information souterraine, les blogueurs « influents » comme on dit désormais. Car en ces lieux, le diagnostic est autrement partagé. C’est qu’on ne pardonne guère la compromission avec le chanteur de Louise Attaque, c’est qu’on trouve trop évidente la collaboration avec Manset, c’est qu’on eut espéré une suite bien dans la noire lignée de l’Imprudence. Oui sur certains sites, forts estimables en ce qu’ils sont fort écrits, à coté de la cible Darc, tellement évidente qu’elle en devient suspecte, on trouve celle de Bashung.

Oui, certes… Mais pourtant…
Après six ans d’absence le voilà donc qui nous revient, un peu plus couturé, un peu plus âgé, un peu plus renard, un peu plus honnête, le tout ensemble, allez trier.
Et qui ouvre avec Je t’ai manqué ; farceur va, coquet ! Evidemment que tu nous as manqué. Pourquoi n’as tu pas été jusqu’à mettre le point d’interrogation, les choses eussent été d’emblée plus claires. Un bon titre par ailleurs. Signé Roussel pourtant. Alors foin d’état d’âme ou de prévention virginale, il est des disques qu’il est juste bon d’écouter.

Or donc Bashung retrouve après six ans d’absence le son des guitares claires, d’un folk plus épuré, dégagé des stridences de l’Imprudence ou de Fantaisie Militaire, d’une country urbaine et d’un rock mid tempo, plus abordables dès la première écoute, a priori moins exigeants que ses opus précédents. Au revoir Fauque le collaborateur tous terrains des années passées ; Alain s’essaye ici au simple rôle d’interprète concédant l’intégralité des musiques et paroles à l’ancien chanteur des Louise Attaque (Gaetan Roussel) et à une autre figure tutellaire d’un certain rock français (Gérard Manset). On ne le trouve cité au storyboard que deux fois, c’est dire.

Mais pour un résultat qui dépasse toute espérance ; pour son meilleur disque depuis… Osez Joséphine sans doute, ce qui veut dire depuis toujours, ses rendus des années 80 étaient bien trop inégaux pour être vraiment des albums. Comment ? On passerait Fantaise Militaire sous silence ? Oui ! C’est qu’il le dépasse comme il dépasse Chatterton en ce qu’il allie aisance d’écoute et profondeur de champ, à l’image de ces photographes qui saisissent un instant banal et personnel et le magnifient en l’universalisant.

Certes on ne trouvera pas ici le nouveau « La nuit je mens », ballade nocturne indépassable, mais esseulée dans le fracas tellurique des Samuel Hall et autres Sommes nous. Non, ce qu’on y entend c’est une voix qui ose se déployer, tour à tour grave ou craintive, calme ou déchirante jusqu’à l’incantation, sur des textes et des musiques qui la servent. De Je t’ai manqué au Secret des Banquises, le patron du rock français creuse un sillon fertile. Chacun choisira son climax dans cet album.

Pour moi, c’est Comme un Légo, longue plainte écorchée de neuf minutes, où l’on retrouve la patte de Gérard Manset (« La faiblesse des tout-puissants - Comme un légo avec du sang – La force décuplée des perdants – Comme un légo avec des dents »). Ou peut être Je tuerai la pianiste, l’un des seuls titres que Bashung a coécrit (« Je tuerai la pianiste – Pour ce qu’elle a fait de moi – Chaque jour de ma vie – Chaque semaine, chaque mois – Et je mordrai sa joue – Qui un jour fut à moi »). Mais ce serait oublier Le secret des Banquises, l’autre coécriture de l’alsacien (« J’ai des doutes sur la notion de longévité – Sur la remise à flot de la crème renversée – J’ai des doutes – Est-ce que vous en avez ? »).

On choisira, la palette est bien assez large pour vous satisfaire tous. Et si l’on doit chercher des faiblesses on ne les trouvera que dans les deux reprises, l’une de Suzanne (Cohen adapté Graeme Allwright), l’autre de Il voyage en solitaire (Manset), moins inspirées, et n’apportant rien à l’édifice.

Au bout du compte, « Bleu Pétrole » est la synthèse qu’on n’attendait pas, entre le Bashung expérimentateur et le Bashung best seller ; entre Gaby et 2043.

C’est dur de vieillir lorsque l’on fait du rock. Certains radotent leur gimmick (Stones), d’autres abandonnent les masques (Bowie), d’aucuns deviennent arty et chiant (Lou Reed). Alain Bashung sort « Bleu Pétrole », il reste ambivalent, mystérieux et intouchable. Bien plus qu’au premier jour. Tout est dit.

Bleu Pétrole - Alain Bashung- Edité chez Barclay, un label Universal Music Crédit photographique : Universal Music

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Thierry The Civil Servant est un des rédacteurs Musique du magazine.
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9 Réponses »

  1. Oui. Tout cela est fort juste, d’ailleurs j’aime plutôt bien ce dernier Bashung. La présence de Roussel ? Aucune importance, il sait écrire de jolies chansons (en écrit quelques unes à l’occasion). Faire une fixation là-dessus est effectivement stupide, et ce n’est vraiment pas ce qui m’invite à la réserve. Non, ce que je n’aime pas dans ce disque, c’est cette production clinquante, rutilante, ça, ça ne me plait pas trop…mais ça ne me plaisait déjà pas sur “Osez Joséphine” - je suis donc cohérent avec moi-même. Et toi aussi, du coup, puisque tu le cites en référence ;-)

    Bref : “Bleu pétrole” reste à mes yeux un bon album. C’est bien l’essentiel, d’autant qu’il n’était pas aisé de se sortir du magma ferréien de “L’Imrudence”.

    J’ai dit que ton papier était excellent ? :-)

  2. Oui en fait, les raisons qui me font aimer avec fougue ce disque sont les mêmes qui toi te retiennent de l’apprécier pleinement. Nous sommes sur des positions opposées mais cohérentes.
    Merci du compliment, il me touche beaucoup venant de toi qui sais écrire. (Il n’y a pas tant de bloggeurs qui ont cette disposition). Et qui en plus écris énormément sur ton site. Je suis à chaque fois bluffé quand j’y passe.
    Alors oui, vraiment, sans fausse modestie ton appréciation me va droit au cœur.

    A+

  3. Pas écouté encore. C’est le Gaétan Roussel qui me retient. Je le supporte pas avec ses fausses chansons. J’ai peur qu’il me gâche Bashung. Alors pas sûr que j’écoute. Je garde ma Fantaisie militaire. Bref.

    (mais pourquoi les gens écrivent-ils ici sans le dire?)
    (hmmm?)
    (on viendrait lire plus souvent)
    (c’est vrai quoi)

  4. (mais siiiiii ! On l’a dit sur ce forum, comment s’appelle t’il déjà ? Le Classement des Blogueurs ! :-) Et plusieurs fois, même…et pour ma part, j’ai même commenté plusieurs blog - le tien ? je ne sais plus - avec l’URL de Culturofil)

    (mais sinon…ben c’est un peu gênant je trouve, de dire “coucou les amis, venez me retrouver sur mon nouveau terrain de jeu”…)

    (tu nous vois faire un article sur nos blogs pour dire ça ?)

  5. En fait je disais ça plus pour Le Civil Servant que pour toi, ta modestie dut-elle en pâtir (eh eh)(effectivement tu l’avais dit).
    Voilà voilu. Mais cela dit je n’ai toujours pas envie d’écouter ce Bashung. Je n’avais pas trop aimé le précédent. Ca me va comme ça en fait.

  6. En fait KMS, il s’avère que c’est mon premier article, je viens juste de rejoindre Culturofil, et que je n’ai pas encore eu le temps de le dire chez moi. En plus Thom a raison, ce n’est point évident d’aller se vanter de ses nouveaux “exploits” sans risquer de passer pour un cuistre.
    Bon pour le reste, tu loupes quelque chose je t’assure.
    A+

  7. Ahah. Merci de me défendre contre ce coquin de KMS ;-)

    (d’ailleurs, je vais te défendre aussi : tu l’as dit également dans la même discussion du même site que moi)

    (et toc)

    KMS >>> tu as raison de ne pas l’écouter, je pense. Je suis quasi sûr que tu détesterais…

  8. Monsieur Alain est de retour et il entend toujours des voix de velours. Pour le reste…
    Bien cordialement.

  9. Excellent article. D’accord avec toi à 100%. C’est pour moi le disque français de l’année, modeste et profond, mais tu as écrit tout cela bien mieux que moi …

    PS. Christophe et Daniel Darc furent de -très- grosses déceptions.

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