Phénomènes : un réalisateur prometteur s’endort sur ses acquis
Par Marie Guyot • mer 11 juin 2008 • Categorie: CinémaSorti le 11 juin 2008

Avec Sixième Sens, l’anecdotique Incassable et Signes, Shyamalan s’était forgé une réputation de jeune réalisateur prometteur, et nous étions plusieurs à attendre ses films suivants, ravis d’assister à la naissance d’un talent. Puis vinrent Le Village, La Jeune fille de l’eau, et les doutes. Si du premier en ressortait une actrice géniale, son histoire n’en était pas moins bancale, et le second semblait quant à lui n’avoir été fait que pour permettre à Shyamalan de diriger une fois encore cette jeune actrice.

Malheureusement avec Phénomènes cette impression perdure, puisque Zooey Deschanel, choisie pour incarner la compagne de Mark Wahlberg, ressemble étrangement à une Bryce Dallas Howard brune.
Evidemment, nous ne mentionnerions même pas ce point s’il était le seul à nous avoir étonnés. Mais le dernier film de Shyamalan est malheureusement remplis de tous ces petits détails qui, mis bout à bout, transforment un film ambitieux en un film raté.
Phénomènes était effectivement plein de promesses, et la séquence d’ouverture (sur laquelle la bande annonce est basée), incroyablement anxiogène, annonçait un film qui aurait pu être génial : en plein milieu de Central Park, les gens perdent soudainement la tête, se figent, puis se suicident; et ces étranges comportements se répandent comme une trainée de poudre et s’étendent à tout le nord-est des Etats-Unis.

Intelligement, Shyamalan filmait alors les réactions d’une personne encore saine d’esprit au milieu de toutes celles qui s’écroulaient autour d’elle. L’identification à l’angoisse du personnage se faisait naturellement, et nous nous retrouvions pris dans une sorte de spirale qui s’annonçait terrifiante.
Mais pour des raisons qui nous échapent, puisque ses films précédents ne fonctionnaient déjà que jusqu’à ce que le mystère soit dévoilé (le monstre dans Le Village, l’alien dans Signes…), Shyamalan se met alors à filmer scientifiquement ce qui arrive, comme l’illustration d’un phénomène observé à la loupe par le personnage principal, un professeur d’université passionné par la nature et ses mystères.
À la loupe aussi parce que le réalisateur affectionne ici les gros plans, sur les visages et sur certains détails : au menu de Phénomènes donc, des acteurs angoissés face caméra et des mains qui se rejoignent quand l’émotion est à son paroxisme (si la main tendue à travers l’obscurité dans Le Village était particulièrement poignante, les deux scènes identiques ici n’arrivent absolument pas à nous toucher).
Filmer en plans serrés des personnages effrayés par le danger invisible qui les entourre était pourtant une bonne idée : Phénomènes aurait alors pu s’inscrire dans la lignée des films états-uniens des années 70, dans lesquels le hors champs, bien souvent analysé sous un angle politique, devenait une obscure et impénétrable menace.
Mais c’était sans compter sur la flemme du réalisateur, qui semble avoir oublié que faire un film est un travail difficile qui demande que l’on accorde une attention particulière à plusieurs aspects, notamment à la direction d’acteur. Ici nous avons dramatiquement l’impression d’assister à un festival de fausses notes : Mark Wahlberg, qui incarne un professeur dirigiste et antipathique, semble croire que sa démarche fait tout; Zooey Deschanel essaie de faire passer toutes ses émotions dans des roulements d’yeux qui rendent son personnage parfaitement imbécile; les acteurs secondaires sont quant à eux encore plus affligeants, le pire étant tout de même celui des deux acteurs français qui prononce « Oh mon dieu! » comme s’il jouait dans La Cité de la peur.

Phénomènes était pourtant une proposition cinématographique alléchante (et un brin écologiste, ce qui est plutôt plaisant), l’idée qu’une menace invisible frapperait au hasard promettant d’être au moins visuellement intéressante.
Mais il ne nous reste que de jolis plans du vent dans les arbres et les herbes hautes, une étonnante séquence dans les embouteillages filmée au niveau des pieds et un monologue plutôt drôle face à une plante verte. Mince programme.
Phénomènes, réalisation et scénario de M. Night Shyamalan.
Avec : Mark Wahlberg (Elliot Moore), Zooey Deschanel (Alma Moore), John Leguizamo (Julian), Ashlyn Sanchez (Jess), Frank Collison et Victoria Clark (les propriétaires de la serre), Betty Buckley (Madame Jones), Jeremy Strong (le soldat Auster), Stéphane Debac et Cyrille Thouvenin (les Parisiens).
Crédit photographique : 20th Century Fox.
Marie Guyot est la fondatrice et la Rédactrice en Chef du magazine. C'est aussi une des rédactrices Cinéma.
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Aïe… pour mon premier commentaire sur culturofil (je sais, j’en ai mis du temps…) faut que je vienne dire à la patronne que je ne suis pas du tout, mais alors pas du tout d’accord avec elle… ça m’apprendra… j’avais lu ton excellent article sur Inland Empire (je suis un fanatique absolu de Lynch), je voulais poster un commentaire élogieux.. et finalement ne l’ai pas fait… tant pis pour moi…
Bon, pour en venir au sujet… j’ai trouvé au contraire ce film vraiment très réussi. Pourtant, je ne suis pas un “fan absolu” de M. Night machin… mais celui-là m’a vraiment emballé. Certes, il y a une ou deux petites “fausses notes” dans le jeu d’acteur, mais pas grave à mon sens, les deux personnages restent très touchants et crédibles. J’ai beaucoup aimé l’ambiance du film, et l’idée est excellente. Elle n’est pas “un brin” écologiste, mais radicalement et violemment écologiste. Car même si ça paraît délirant, scientifiquement parlant, c’est envisageable. Et ça fout les jetons…
Un film assez sobre, qui sait prendre son temps, ne pas en faire trop… mais sans que je me sois ennuyé une seconde, bien au contraire.
Bref… j’ai passé 1h30 captivé par ce film, que je recommande sans réserves à tous - en espérant que la chef me pardonne cet acte de dissidence…
Bonsoir Marie, je vois que ton mal de dos ne te gène pas au point de ne pouvoir éreinter M. Night Shyamalan (MNS par la suite ça sera plus court).
Sans être aussi dithyrambique que G.T., permet tout de même que je me joigne à lui pour dire que ton analyse du film est par trop négative. Certes tu as raison, le jeu des acteurs ne restera pas dans les annales et jamais ne sera montré à l’Actor’s Studio. L’actrice principale, que je ne connaissais pas avant ce film, a effectivement dû attraper une entorse des paupières tant elle écarquillait les yeux dans les scènes où on la filmait en gros plan. Mark Wahlberg n’est pas génial non plus je te l’accorde. Mais pour le reste…
Il s’agit avant tout d’une série B (c’est ce que je dis sur mon site, car tu vois les grands esprits se rencontrent, j’y ai chroniqué Phénomènes hier soir) et une très bonne série B. MNS, contrairement à ses opus précédents ne tombe pas cette fois dans la lourdeur des méta thématiques qui avaient encombré Signes ou Le Village. C’est effectivement, GT a raison, un film fondamentalement écologiste, mais rendons cette grâce à MNS de n’être pas tombé dans la démonstration manichéenne à deux balles que n’aurait sans doute pas loupé n’importe quel blockbuster sur le même sujet. Et comme toute série B elle est marquée de l’atmosphère de l’époque où elle est créée. Comme dans les années 50, les thrillers et la science fiction parlaient du péril communiste, comme dans les années 60 et 70, les films américains étaient marqués par la perte de confiance dans le pouvoir central englué dans la guerre du Vietnam, les bonnes séries B actuelles, et celle-ci le fait remarquablement, parlent souvent d’une Amérique en proie en doute après le 11 septembre. La scène où les hommes tombent les uns après les autres du toit de l’immeuble en est une superbe illustration. Le désarroi du soldat dont les généraux sont morts en est une autre. Par ailleurs, ce film paresse, un peu comme le dit GT, dans une campagne qui est loin d’être rassurante ; le mal est désormais partout.
En fait je pense que le drame de MNS est dans l’accueil qui fut fait au 6ème sens. On a fait de lui un possible futur du cinéma, ce qu’il a d’ailleurs peut être eu la faiblesse de croire, et dès lors on attend à chaque fois qu’il réitère le coup d’essai. Mais MNS n’est que, et c’est déjà énorme, un grand réalisateur de films seconds. Il est actuellement plutôt descendu par la critique (j’ai vu pour Libé, j’attends de voir Télérama la semaine prochaine) ; il m’est avis que dans vingt ou trente ans, lorsqu’on parlera du cinéma de la la première décennie du 21ème siècle, on le considèrera comme un très honnête faiseur d’histoires étranges dont les sous entendus sont pleins de sens.
Bon ben j’ai fait un peu long on dirait. Et comme dirait GT, en priant pour que cet autre assaut de dissidence ne débouche pas sur un renvoi dans les goulags oubliettes de Culturofil.
Thierry
Bon, pour commencer G.T. et Thierry que les choses soient claires : vous êtes virés.
G.T. je ne suis pas du tout d’accord avec toi sur le jeu des acteurs! Je trouve au contraire que ça gâche vraiment tout (la scène où on voit la gamine en gros plan de face en train de se boucher les oreilles c’est quand même un sacré morceau…). Pour moi c’est indispensable que les acteurs jouent un minimum bien, parce qu’avec la mise en scène et le scénario c’est le trio gagnant d’un film. Non?
Scientifiquement la thèse des plantes rebelles ça tient le coup c’est clair (enfin, tout le monde sait que je suis loin d’être une scientifique, mébon), ne serait-ce que du point de vue de l’évolution. Après tout il ne s’agit ici que de se protéger contre une agression extérieure : c’est pour ça que les roses ont des épines (sauf une, mais elle c’est peut-être à cause de l’orgueil qui la ronge et d’un certain mouton), que certaines plantes ont des propriétés allergisantes etc.
Mais de là à dire que Phénomènes est un film « radicalement et violemment écologiste »! Franchement, ne crois-tu pas que ça aurait été réellement le cas uniquement si cette théorie avait vraiment été soutenue tout au long du film? Moi j’ai eu l’impression au contraire qu’elle était diluée par le fait qu’elle arrive après les autres théories (les vilains terroristes), genre « c’est pas les terroristes alors le gouvernement cherche une justification crédible pour ne pas perdre la face ».
Il me semble surtout que pour que l’origine de l’aggression par les plantes soit démontrée et que cela rende le film écologiste, il aurait fallu qu’il y ait un semblant d’explication sur les raisons de cette agression. Parce que si, après la séquence de la maison témoin, la thèse du trop grand nombre d’individus comme cause de l’attaque semble plausible, ce n’est plus le cas du tout en ce qui concerne Mrs Jones. J’irais d’ailleurs plus loin en disant que la mise en scène lie le sort de Mrs Jones à son agressivité envers les héros : c’est une méchante alors tant pis pour elle. Donc bon.
Je me suis un peu attardée, mais tout ça pour dire qu’à mon sens Phénomènes aurait été un militant écologiste beaucoup plus ancré par exemple s’il n’arrivait pas ce qui arrive au couple qui possède la serre. Pour le coup, là je trouve que les arbres sont un peu trop montrés comme des menaces pour les humains, alors qu’ils sont tout de même censés nous aider à respirer : est-ce réellement compatible avec un discours qui prônerait le respect de notre flore?
Ensuite Thierry tu as parfaitement raison, et d’ailleurs je n’avais pas fait le lien (shame on me), la scène sur le chantier de construction rappelle effectivement assez le 11 septembre (et d’ailleurs c’est sans doute parce que les images du WTC sont déjà passées par là que cette scène est flippante). Mais pour le soldat Auster je ne vois pas du tout les choses de la même façon (peut-être que mon point de vue sur l’armée y est pour quelque chose…). Pour moi ce personnage n’a pas de rapport avec le 11 septembre : il ne sait pas quoi faire sans ses supérieurs parce qu’il a été formaté pour obéir (il a besoin qu’Elliot l’approuve pour exposer son plan de survie aux autres!), et la scène où il pleure parce qu’il n’a pas son fusil m’a au contraire fait penser à Full Metal Jacket.
Pour finir, je suis tout à fait d’accord avec le fait que l’accueil réservé au Sixième Sens a été préjudiciable pour la suite de la carrière de M. Night Shyamalan. J’ai vraiment eu l’impression qu’il tirait sa flemme avec Phénomènes parce qu’il considérait qu’il allait nous faire ça les doigts dans le nez. Mais peut-être suis-je un peu trop sans pitié?
Bonjour à tous,
Je viens lire vos avis parce que je suis très indécise sur l’intérêt d’aller voir ce film.
La critique de Marie me dissuade de le faire… mais ce serait trop facile, les avis de GT et Thierry me font de nouveau douter. Réponse de Marie, que je lis avec attention, et là une crainte me vient à l’esprit : vous dévoilez toute l’intrigue, en évoquant les plantes rebelles ??? Ou ça vaut encore le coup d’aller voir le film ? Tenez-moi au courant
Chère Nathalie,
Non! L’intrigue n’est pas dévoilée dans nos commentaires, puisqu’il n’y a pas d’intrigue
Plus sérieusement, Phénomènes vaut le coup pour quelques scènes (que je cite dans la fin de mon article) et notamment pour toute la séquence introductive. Pour le reste, à mon avis, l’utilité de se déplacer dépend avant tout du fait d’avoir ou pas une carte de cinéma illimitée…
Mais si vous y allez, surtout n’hésitez pas à revenir nous dire ce que vous en avez pensé!
Pour ma part, je pencherais en faveur de la critique que Marie a faite de ce nouveau film de MNS… Encore que j’aurais été probablement moins tendre qu’elle, tant je suis sorti fatigué de la séance. Fatigué d’avoir assisté à un festival de pantomine, d’avoir du chercher un véritable plan, travaillé, cadré, d’avoir du supporter une musique typiquement “Hitchcockienne” qui ne trouve jamais sa place dans le métrage. Et enfin, ça n’est pas la moindre des choses, fatigué d’avoir du chercher un semblant d’intrigue, tant le film pèche pas trop de naïveté.
Que Nathalie se rassure en effet, les plantes qui se rebellent, bien qu’il semblerait que ce soit l’intention du réalisateur, ne sont en rien une surprise, bien au contraire. Je ne suis pas adepte du “twist” systématique, pourtant marque de fabrique de Shyamalan, mais pour fois, j’aurais aimé qu’il nous prenne un peu à contre-pied…
Je n’évoquerai qu’une autre maladresse, quasiment impardonnable : l’utilisation de panneaux indiquant les heures et lieux de l’événement au début du métrage. S’ils servent à implanter l’intrigue au début du film, ils ne font qu’annoncer la fin du phénomène à la fin du film et rendent donc la scène qui la suit parfaitement inutile, détachant encore un peu plus l’implication du spectateur du sort des protagonistes.
Et la séquence finale est, comme l’a dit Marie, d’une bêtise à couper le souffle…
Grosse, grosse déception, moi qui ai beaucoup aimé jusqu’à La Jeune fille de l’eau… 1h30 seulement ? J’ai cru y passer le double !
Bon, la cause est entendue… N’ayant pas de carte de cinéma illimitée, et définitivement convaincue par l’avis de Cédric, je verrai ce film… le jour où il passera à la télé, si je n’ai rien de mieux à faire
Heu Marie, sans vouloir insister, mais le débat est une bonne chose après tout. Et puis on va faire monter le nombre de commentaires. Ainsi, peut êtte que la redac chef détiendra le record de commentaires sur un de ses articles (c’est que je veux garder ma place moi…)
Cela étant :
Ne crois tu pas quand même que ce soldat, perdu sans ses généraux (ok pour Full Metal Jacket si tu veux), fait tout de même furieusement penser à un américain de base désorienté par la perte de ses chefs et de ses certitudes. J’irai plus loin, n’a-t’il vraiment rien à voir avec un certain Bush, paumé dans une classe élémentaire, lorsqu’on lui annonce l’attaque sur les tours ?
Quant à la vieille Madame Jones si elle ne symbolise pas la paranoïa ambiante qui traverse les Etats-Unis depuis cette date funeste…
Autrement, Nathalie, beh c’est dommage.
Sacrilège ! On a osé critiquer M.Shyamalan ! Je verrai le film ce week end et je donnerai mon avis.
J’aimerais bien voir aussi l’avis de Marie sur La jeune fille de l’eau, grand film incompris…
“J’irai plus loin, n’a-t’il vraiment rien à voir avec un certain Bush, paumé dans une classe élémentaire, lorsqu’on lui annonce l’attaque sur les tours ?”
Tu pousses le bouchon un peu trop loin, maurice
Enfin pourquoi pas hein, c’est une façon d’interpréter le film comme une autre, mais bon, à 6 mois de l’investiture du nouveau président, ramener le propos d’un film à un événement datant de maintenant bientôt 7 ans, sachant que MNS a fait tout de même 3 films entre les événement cités et Phénomènes…
J’aimerais ensuite que l’on définisse l’”américain de base”, ça reste une notion très vague.
Non, décidément, pour moi ce personnage qu’un mec complètement paniqué, interprété par un acteur foutrement mal dirigé, rien de plus
Idem pour Jones, je vois vraiment pas le rapport entre les russes, roswell, et ce bon vieux Oussama…
Cédric c’est vrai que les heures affichées pour situer l’action ne servent pas à grand chose. Je n’ai d’ailleurs pas du tout senti que le temps pressait en regardant le film. Afficher les heures est maladroit parce que ça annonce aussi la fin du film dans un certain sens (mais là je ne vais pas trop en dire pour nos lecteurs qui ne l’auraient pas encore vu). Si on y repense, les personnages courent contre le vent et non contre la montre. Et sous cet angle, la pré-fin (je veux dire la dernière séquence qui se déroule aux États-Unis) semble quelque peu bâclée.
Pour rebondir sur ta thèse de Thierry (vas-y je veux mon record!), je ne dirais pas « Américain de base » (États-unien à la rigueur, n’oublions pas que les Américains sont les habitants de l’Amérique) mais « militaire de base ». Supprime les chefs d’un militaire de base (j’entends par là du bas de l’échelle Cédric) et tout de suite il se sent désorienté (amis militaires exprimez-vous!). De là à comparer un militaire à un citoyen ordinaire, ahem, évitons les généralités voyons
D’ailleurs je ne te suis absolument pas dans la comparaison entre Bush et le soldat Auster. Là je trouve que tu pousses ton analyse un peu trop loin.
Ceci dit, je suis d’accord pour dire que le comportement de Mrs Jones est sans doute symptomatique d’un certain traumatisme. Mais est-il réellement encore question du 11 septembre? N’oublions pas que la paranoïa est presque inscrite dans leur constitution : s’ils ont tous un fusil chez eux, n’est-ce pas parce qu’ils partent du principe que le risque est partout, que le danger rôde en permanence autour d’eux?
Allez en avant pour le record !!
Sur Mrs Jones, Marie, tu m’accorderas qu’elle est quand même sacrément paranoïaque. La possession du fusil inscrite dans leur Constitution tient plutôt à ce qu’il s’agit d’un pays de pionniers (historiquement parlant). Non je pense sincèrement que cette femme est très représentative de la peur collective qui s’est installée dans les mentalités américaines depuis le 11 septembre (bien sur là on fait parler MNS à sa place, et peut être n’a-t”il pas voulu dire ça).
Par ailleurs par rapport à ce que disait Cédric sur le fait que les évènements ont maintenant 7 ans et que MNS a entre temps tourné trois films, deux choses :
D’une part, si les évènements ont déjà 7 ans, cela ne veut absolument pas dire qu’ils sont “vieux”. La guerre en Irak (bientôt en Iran ?) n’en est qu’une prolongation, l’Afghanistan est toujours dans les médias quotidiennement. Toute cette bataille contre “l’axe du mal” se poursuit jour après jour et la traque d’Oussama n’est pas prête de finir. Je crois que les évènements ont durablement infléchi l’histoire des USA, Cédric évoque les élections à venir, il est justement intéressant de voir comment cette thématique sur l’Irak, l’Iran et l’Afghanistan a dominé les débats jusqu’à maintenant ; il est donc plus que logique que des artistes tels que des cinéastes mais pas seulement des cinéastes aient une réflexion sur cette société durablement traumatisé et qui répond actuellement par un vrai refus de l’altérité.
Ce qui m’amène à mon deuxième point, hormis la jeune fille et l’eau que je n’ai pas vu, de quoi parlent donc Le Village et Signes si ce n’est pas du rapport de la société à la violence externe et, on y revient, de cette peur panique de l’altérité. Non, je persiste à penser que MNS est un cinéaste totalement inscrit dans son temps et que ses thématiques en explorant toutes nos peurs enfantines défrichent l’état de la société américaine aujourd’hui, ce qui revient bien à dire à dresser le portrait d’une société post traumatisme du 11 septembre.
Tiens, pour une fois que je suis d’accord avec Marie sur un film, je peux bien me fendre d’un petit commentaire.
Tout d’abord, j’adore Shyamalan. Je vénère Sixième Sens, Incassable et Signes et j’ai bien aimé Le Village même si sa morale me laisse dubitatif. La Jeune Fille de l’eau m’avait laissé un peu perplexe, le message commençant à puer sérieusement (”je suis l’artiste qui va sauver le monde de l’horreur, les critiques sont des crétins qu’il faut éliminer en tant que classe, blablabla…”).
Mais là, désolé, il s’est complètement merdé. L’idée du scénario est ce qu’elle est, et il y avait matière à un film angoissant et au moins convenablement tourné, mais le résultat est déplorable. Usant de grosses ficelles, réduit à faire peur avec une petite vieille totalement hors propos, sombrant dans la surenchère faussement gore pour les scènes de suicide, faisant appel à une vision totalement immature de la démarche scientifique, il se retrouve à filmer des gens qui essaient d’éviter le vent. Comme manifestement les acteurs ont été laissés en roue libre (Wahlberg marmoréen au point qu’on a en permanence l’impression qu’il va se suicider, Deschanel hallucinée comme si elle venait de fumer un arbre, Leguizamo qui ne sait plus comment se sortir de son personnage vide de sens…), le résultat est plus que désappointant : le film est tout simplement un énorme ratage, qu’on croirait troussé par un ersatz, un tâcheron qui essaierait de “faire du Shyamalan”.
Quant aux références au 11 septembre et consorts, aux Américains moyens et à la détresse d’un pays qui s’est longtemps cru invulnérable… ben oui, on est dedans, et ce n’est pas particulièrement subtil. On retrouve d’ailleurs l’apologie de l’isolationnisme qu’on devinait dans Le Village : pour vivre heureux, vivons en petits groupes bien séparés.
Un très, très mauvais film. Il est grand temps que Shyamalan passe à autre chose, quelque chose de complètement différent, pour prouver qu’en plus d’un “réalisateur de films angoissant”, il est aussi “réalisateur”. Tout court.
@ Marie : bien sûr que la direction d’acteurs est essentielle. Mais à part 2-3 petites choses qui sonnaient un peu faux, je n’ai pas trouvé Wahlberg et Deschannel mauvais.
Sur le “radicalement écologique”, j’exagère un peu… mais je trouve bien plus efficace le propos du film que les discours moralisateurs. La plupart des gens se moquent pas mal des discours écolos, imaginant qu’ils ont affaire à des néo-babs qui sacralisent la nature, et que, de toute façon, on trouvera toujours une autre solution, quitte à occuper une autre planète quand on aura détruit celle-ci.
Et c’est bien normal que dans le film, ceux qui sont “écolos” ou vivent leur petite vie à l’écart soient “punis” comme les autres, car lorsqu’une catastrophe écologique se produit, elle ne sélectionne pas les individus selon la pollution qu’ils génèrent… on est tous dans le même bateau, l’écologie n’est pas une simple question individuelle, un problème de conscience ou de morale personnelle.
D’ailleurs, ceux qui seront le plus touchés par le réchauffement climatique, ce ne sont pas les pays les plus pollueurs, mais les pays du tiers-monde…
Sinon, je suis en très grande partie d’accord avec ce que dit Thierry, mais pas du tout avec Julien, surtout quand il parle de l’apologie de l’isolationnisme, du “pour vivre heureux, vivons caché”… Parce que justement, même la vieille totalement isolée est touchée… et elle ne donne pas vraiment l’impression de “vivre heureux”. et ce n’est pas en restant à la fin chacun protégés dans leurs abris qu’ils vont pouvoir non plus “vivre heureux”…
Mais il est vrai - et je trouve ça remarquablement bien fait - qu’il y a un enfermement progressif assez flippant.
Les lieux : On part de la grande ville, pour aller vers une petite ville à la campagne, puis la pleine campagne avant de se retrouver dans une maison perdue au milieu de nulle part.
Le déplacement : Un train bondé, une voiture, à pied… immobilisés dans la maison.
Les personnages que fréquentent les 2 “héros” : d’abord leur couple d’amis, urbain et semble-t-il tout ce qu’il y a de plus normal, puis le couple de la serre… eux sont déjà plus marginaux, et ils finissent avec la vieille totalement coupée du monde.
Tout comme le “phénomène” s’attaque à des groupes de plus en plus petits…
Tout ça est lié, bien entendu, mais ils auraient aussi pu prendre un 4×4 pour se retrouver planqués dans une ferme où vit une famille…
Je trouve aussi qu’il y a un effet de miroir assez amusant avec le film que j’ai sans doute préféré de ceux que j’ai vu pour l’instant cette année : Into The Wild de Sean Penn. là aussi, on a un type qui s’isole de plus en plus… sauf que la motivation est inverse : la peur chez MNS, le goût de l’aventure et le rejet de la peur dans Into The Wild. Pour arriver en fin de compte à la même idée à la fin (désolé pour ceux qui n’ont pas vu ces deux films, mais rien ne vous oblige à lire ça…) : ce qui compte finalement, c’est le “partage”… l’un subira la conséquence de son isolement, les autres sauront transcender la peur, mieux vaut prendre le risque de mourir ensemble que de se rerouver seul enfermé dans son abri.
(mince… il y a des commentaires sur Culturofil)
(…)
(hé ! salut Nathalie ! ça va ?
(je retourne bosser, à plus tard)
mince, je suis repérée…
Ca va, Thom ! En quête d’activités culturelles pour le WE à venir… Je continue mon surf…
Marie !!
“Incassable” n’est pas un film anecdotique ! Je pense même qu’il dépasse, et de loin, “Sixième sens”. Quand à “La jeune fille de l’eau” je suis d’accord avec le commentaire lu un peu plus haut : “un grand film incompris”. Je sais pas si vous avez lu le papier des Cahiers du Cinéma mais je trouve que c’est une mauvaise critique teintée d’admiration pour Shyamalan. En la lisant, je me suis dis que c’était plutôt révélateur : Shyamalan fâche ou déçoit toujours un peu, mais quel immense cinéaste tout de même !
Marie !!!
Personnellement, Incassable était déjà pour moi le film de la maturité pour Night Shyamalan. Un chef d’œuvre d’esthétisme qui enterre toujours, six pieds sous terre, tous les films de super héros fait jusqu’à présent.
Quand à la La jeune fille de l’eau, œuvre mésestimée et incomprise encore aujourd’hui, ce grand film témoignait du travail constant et du renouvellement artistique (je parle ici de sa mise en scène) de ce cinéaste d’exception.
Avec Phénomènes, Shyamalan semble s’être plié aux obligations commerciales suite aux succès moyens rencontrés par ses deux derniers films avec Brice Dallas Howard.
Ici, le cinéaste semble moins privilégier la complexité à l’efficacité en faisant le choix d’une narration simple et courte, d’une mise en scène sans gros effets de caméra, d’un acteur ayant un fort capital de sympathie auprès du public.
Résultat le film est réussi, effrayant et émouvant mais parait mineur dans sa filmographie, au même titre que 6e sens. Je dois en choquer certains déjà avec ça. ^^ On dirait que le cinéaste a enlevé des ingrédients à sa petite recette (voir l’article de Culturofil sur La jeune fille de l’eau).
Je conseille quand même à tous les fans de Shyamalan de se jeter dans les salles pour voir Phénomènes.
Sachez enfin que le cinéaste arrive à nous faire croire que John Leguizamo est capable de jouer et de véhiculer des émotions. Un bel exploit qui prouve que Shyamalan est aussi un grand directeur d’acteur.
Ben, tu vois Marie, petit à petit on s’en approche du record !
Moi qui croyais que Shyamalan n’intéressait plus personne… :-//
J’oublais ! Comment n’a t-on pas parlé jusque là de la musique de James Newton Howard.
Certains s’amusent à dire (à tort) qu’elle est hitchcokienne dans Phénomènes.
Rendons à César ce qui appartient à César. James Newton Howard suit les traces du grand Bernard Herrmann.
Selon moi, James Newton Howard a créé son chef d’oeuvre avec Incassable (une fusion de sonorité classique et moderne du plus bel effet) mais avec tous les autres fillms, il aura toujours réussi à créer un thème entêtant dans les mémoires.
Preuve par ce talent qu’il fait parti aujourd’hui de la relève, et qu’il succèdera aux vétérans encore en activité, à savoir John Williams - Ennio Morricone - Hans Zimmer…
“Certains s’amusent à dire (à tort) qu’elle est hitchcokienne dans Phénomènes.
Rendons à César ce qui appartient à César. James Newton Howard suit les traces du grand Bernard Herrmann.”
Herrmann qui était le compositeur attitré de… ?
Au hasard : Hitchcock ?
Un bon point pour Thom
Salut, juste pour apporter ma pierre à l’édifice, je suis assez d’accord sur le jeu des acteurs qui est en effet pas terrible. En témoigne le monologue de Mark Wahlberg face à la plante en plastique de la maison témoin ; cela sonne trop parodique, pas assez spontané dans un film à la visée autrement plus sérieuse. Les retrouvailles entre la jolie Alma et son mari professeur, alors qu’ils se trouvent séparés dans la maison de la vieille dame, sont filmées de telle sorte que pendant un temps l’on croit à leur suicide. Ce dernier n’arrive pas, si bien que la mise en scène paraît bizarrement inadaptée et mal goupillée à la tristesse que les deux personnages affichaient chacun dans leur pièce. Comme si rien n’avait existé auparavant, comme si l’« happening » les avait encerclés. Cette mise en scène a une force : celle de faire croire le suicide pour mieux faire voir la fin du « happening », mais également une faiblesse : de se discréditer elle-même par le décalage entre l’avant, en tant que cause – la tristesse des deux personnages - et ce qui advient ensuite – la totale disparition de cette tristesse et la non-arrivée du « happening » que cette disparition de tristesse ne présageait aucunement. Dès lors, on se trouve mal à l’aise face à cette mise en scène utilisée à mauvais escient.
Valaaaaaaaaaaaa xD