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Au bout de la nuit de David Ayer

Par Remi Prin • mer 25 juin 2008 • Categorie: Cinéma

Sortie prévue le 25 juin 2008

Souvenez-vous, c’était il y a un an : un immense cinéaste, Scorsese, nous confirmait avec The Departed (Les Infiltrés) qu’il avait encore bien des chefs-d’œuvre à nous offrir. De son côté, un réalisateur plus confidentiel, James Gray, explosait avec l’impressionnant We own the night (La nuit nous appartient). Remettant en question les notions de filiation et de fraternité, ces deux films, soutenus par le talent de leurs réalisateurs et de leurs comédiens devenaient alors de véritables tragédies modernes, dans la droite lignée de Shakespeare.

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Pourquoi évoquer ces deux films pour parler de Au bout de la nuit ?

Parce que le film de David Ayer s’inscrit directement dans la même trame scénaristique que ces derniers ; c’est-à-dire la corruption, l’infiltration et la trahison dans l’univers très fermé de la police et de ses brigades spéciales (ici l’Ad Vice de Los Angeles). À ce titre, le film accentue davantage ces aspects, par rapport à d’autres films inspirés des romans de James Ellroy (le très bon L.A. Confidential de Curtis Hanson ou le plus discutable Dahlia Noir de Brian De Palma) et ne fait, au final, que reprendre ces thèmes, déjà décrits très subtilement par Scorsese et Gray : en effet, ces derniers nous y dévoilaient les deux versants de la justice, celle des gangsters et celle de la police, régis au final par les mêmes règles.

Ce manque d’originalité n’est pas nouveau en ce qui concerne David Ayer. Depuis ses débuts en tant que scénariste et cinéaste, on a toujours pu sentir que celui-ci cherchait à défendre ses films autrement que par la qualité de ses scénarios. Ainsi, si Fast and Furious ne tient son succès que pour la richesse de ses cascades, Training Day, de son côté, avait surtout fait parler de lui à l’époque pour l’interprétation de Denzel Washington. De même, Dark Blue était marqué par le grand retour de Kurt Russell à l’écran. Avec son premier film en tant que cinéaste, Bad Times, il s’appuyait encore sur le talent de Christian Bale (ce dernier parvenait d’ailleurs à nous faire tenir jusqu’au bout de ce film médiocre).

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Or, le problème avec Au bout de la nuit c’est qu’aucune interprétation hors pair ne vient, cette fois-ci, sauver les meubles. Le jeu monolithique de Keanu Reeves, comédien avorté aussitôt après son passage chez Gus Van Sant (My Own Private Idaho), n’a ni la fougue d’un Joaquin Phoenix, ni l’énergie d’un DiCaprio pour parvenir à porter ce personnage torturé et ambigu de policier aux méthodes hors normes. Seulement, condamné à porter éternellement le poids du personnage de Matrix (on le retrouve au début du film sortant de chez lui, lunettes noires sur le nez et manteau en cuir sur les épaules), il ne peut malheureusement plus cacher ici la qualité de son interprétation derrière les délires visuels des frères Wachowski. Et on sent, tout au long du film, le pauvre Keanu Reeves s’excuser manifestement d’être là. Plus dérangeant : même Forest Whitaker est ridicule en parrain de la police mafieuse. Servi par des dialogues d’une rare bêtise, son personnage ne parvient pas à être sauvé par le comédien récemment oscarisé pour Le Dernier Roi d’Ecosse.

Au final, Au bout de la nuit (ne serait-ce que par son titre original, Street Kings, qui évoque clairement le We own the night de Gray) ne cherche qu’à imiter ses aînés sans pour autant faire preuve d’une once de talent et d’originalité (on est sidéré de constater que James Ellroy lui-même a collaboré et donc validé le scénario de cette adaptation !). Il manque à David Ayer le baroque et la sauvagerie d’un Scorsese ; l’inventivité, le rythme, les cadrages d’un James Gray. On pourrait d’ailleurs remettre en question le titre du film : Au bout de la nuit. Avec un intitulé comme celui-ci, on imagine au moins le cinéaste porté par une intention de filmer la nuit, son ambiance, l’atmosphère de ses bas-fonds, dans la plus pure tradition du film noir. D’autant que le film se déroule à Los Angeles, cité dont la richesse nocturne a plus d’une fois été captée par d’autres cinéastes (à ce titre, Collateral de Michael Mann et Mulholland Drive de Lynch restent des références absolues). Mais non, à l’inverse du décidemment supérieur La Nuit nous appartient, le film de David Ayer, majoritairement diurne, ne se démarque pas d’un film policier lambda. On ne trouvera pas ici la moindre quête esthétique. Et si le titre reste trompeur quant à son programme visuel, à l’inverse il ne le sera pas quant à ce que nous ressentons en tant que spectateurs : on s’enfonce, certes, lentement et inexorablement, au bout d’une nuit vide et banale.

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Au bout de la nuit (Street Kings), réalisation de David Ayer, scénario de James Ellroy, Kurt Wimmer et Jamie Moss.
Avec : Keanu Reeves (détective Tom Ludlow), Forest Whitaker (capitaine Jack Wander), Hugh Laurie (capitaine James Biggs), Naomie Harris (Linda Washington), Amaury Nolasco (détective Cosmo Santos), Chris Evans (détective Paul Diskant), Jay Mohr (sergent Mike Clady), John Corbett (détective Dante Demille) et Terry Crews (détective Terrence Washington).
Crédit photographique : 20th Century Fox.

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Remi Prin est un des rédacteurs Cinéma du magazine.
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2 Réponses »

  1. Ok, en gros, le film est vraiment pas terrible, rien de bien exaltant… Je vais essayer de le voir ce wk ou au pire lundi ! Je vous tiens au courant

  2. Je confirme, film pas terrible. Keanu Reeves pas très crédible, et Forest Whitaker surjoue et surjoue.
    Et puis mise en scène et montage que je trouve assez maladroit parfois. Aucune spontanéité dans le jeu d’acteur, la mise en scène. Bref, vous pouvez passer votre chemin et acheter le DVD de “We Own The Night” !

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