Les Trois Brigands, le DVD
Par Boeb'is • mar 1 juil 2008 • Categorie: DvdSorti le 3 juillet 2008
Le cinéma s’est depuis toujours nourri des histoires des autres médias : romans, bandes dessinées, séries télé… tout y est passé. Ou presque, car les albums pour enfants sont encore restés à l’écart. C’est qu’une histoire qui tient sur une trentaine de dessins et à peine plus de phrases, c’est parfait pour un court-métrage ou un épisode de série, mais c’est bien mince pour en faire un film de plus d’une heure. C’est tout le problème qui s’est posé avec l’adaptation des Trois Brigands de Tomi Ungerer qui sort en DVD.

L’album est un des très grands classiques de la littérature jeunesse, toujours lu et relu aujourd’hui, 45 ans après sa publication. Comme dans la plupart des albums d’Ungerer, l’histoire est simple mais pas simpliste : dans un Moyen-Âge de conte, trois terribles et mystérieux brigands sèment la terreur. Un jour, ils dérobent un jour un butin un peu particulier, une petite fille appelée Tiffany. Celle-ci les trouble quand elle leur demande ce qu’ils font de toutes leurs richesses. Ils décident alors de construire un grand château pour accueillir tous les enfants malheureux.
L’intrigue est fine. Fine car elle sort des schémas manichéens qui pullulent dans la littérature jeunesse, mais fine aussi en ce qu’elle ne peut suffire pour un long-métrage. Le réalisateur Hayo Freitag, qui signe son premier long, et ses scénaristes l’ont donc considérablement étoffé, ajoutant personnages et rebondissements : un gendarme loufoque, un orphelinat dirigé par une cruelle et gourmande marâtre, des orphelins fugueurs… De plus, le film met le personnage de la petite fille, à peine esquissé dans l’album, au centre et développe longuement la transformation des méchants brigands en brigands gentils.

Les idées de rajouts sont dans l’ensemble bien trouvées et viennent habilement combler les ellipses de l’album. Malheureusement, l’histoire perd beaucoup en densité et en subtilité. Les terrifiants brigands deviennent un peu niais et lourdauds, la petite fille effrontée devient enfant gâtée et le nouveau personnage de directrice de l’orphelinat réintroduit un « grand méchant » dont l’absence était justement une des qualités de l’album. Le film est plombé par un rythme vraiment lent et des gags répétitifs, comme si l’équipe avait absolument voulu atteindre 1 h 15 de peur de n’avoir réalisé qu’un moyen-métrage. L’avantage au moins est que le film est compréhensible pour les enfants de 3 à 4 ans.
Côté dessin, le style d’Ungerer est respecté, avec une animation assez soignée et pimentée par des trouvailles visuelles sympathiques, à l’exception d’une sorte de frise-nuage immonde flottant au dessus de l’orphelinat. Les chansons qui ponctuent le film sont aussi de très bonne facture. La version française est vraiment décevante, avec en particulier un jeu très faux pour le personnage de Tiffany. C’est très regrettable pour une œuvre destinée aux enfants mais pour les plus grands, il reste toujours la VO en allemand sous-titré.
On pouvait attendre beaucoup de l’adaptation du classique d’Ungerer mais le pari n’a pas été relevé. Les bons passages du film (car il y en a) sont ceux repris de l’album et quand le film s’en écarte, il tombe à côté et transforme un conte mystérieux en une histoire pour enfants, moralisante et convenue.
Le DVD contient quelques bonus (des jeux, un karaoké). La version collector recèle en plus un CD avec la BOF, un entretien avec Tomi Ungerer, un story-board animé et une galerie de dessins.
Les Trois Brigands, réalisation de Hayo Freitag, scénario de Bettine von Borries, Achim von Borries et Hayo Freitag.
Avec : Pascal Casanova, Said Amadis et François Siener (les brigands), Tomi Ungerer (le narrateur) et Mélanie Maupin (Tiffany), édité par Wild Side.
Allemagne, 2007, 79min, 1.85, 16/9e comp. 4/3. Couleurs, version française DTS 5.1 & Dolby Digital 2.0, version allemande Dolby Digital 2.0 - sous-titres français pour sourds et malentendants. Version du film en audiovision pour les aveugles et malvoyants.
Édition DVD testée sur Samsung LE40F71B et Philips Home Cinema HTS6510.
Crédit photographique : Wildside.
Boeb'is est un des rédacteurs DVD du magazine.
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