Hood : la revanche des petits super vilains
Par Julien Meyrat • lun 7 juil 2008 • Categorie: Bande Dessinée / MangasAlbum paru le 10 juillet 2008

C’est bien connu, New York est remplie de super héros bariolés et d’à peu près dix fois plus de super vilains aux costumes encore plus ridicules, passant leur vie à s’entre-déchirer sans jamais trop s’amocher, en tout cas pas assez pour empêcher un retour tonitruant. C’est du moins un des postulats de base des BD de l’éditeur Marvel, et il faut reconnaître que ça marche plutôt bien si l’on en juge par le nombre d’adaptations cinématographiques à succès de ces dernières années. Parmi tous ces étranges axiomes, l’un n’a guère été approfondi jusqu’ici : les « petits » super vilains. Pas les Bouffon Vert, docteur Fatalis et autres Magnéto, non, les Scorpion, les Grizzly, les Shocker… les minables quoi, les petites frappes ayant acquis des pouvoirs plutôt limités mais suffisant pour envisager une carrière dans le grand banditisme. Ces personnages qui font une apparition tous les cinq ou six épisodes de Spider-Man, histoire de laisser un peu souffler le héros entre une Saga du clone et un cross-over avec les Quatre Fantastiques.
Hood, c’est précisément l’histoire d’un de ces gars-là. Parker Robbins, cambrioleur minable toujours fourré dans les mauvais coups avec son cousin, découvre une cape et une paire de bottes apparemment magiques qui lui permettent de voler et de se rendre invisible. Et comme on le sait bien depuis Spider-Man : « De grands pouvoirs impliquent de grandes… opportunités ! » Ni une, ni deux, il se lance dans un vol d’envergure et se retrouve avec trois super vilains aux trousses, commandité par un parrain de la pègre peu sympathique. Quand on sait que nos sicaires sont le Shocker, Constrictor et Jack O’Lantern, trois minables récurrents de l’univers Marvel qui pour le coup deviennent autrement plus impressionnants, que le mafieux a également sous ses ordres une escrimeuse émérite et que le FBI est sur le coup, on devine que Robbins va avoir du mal à se dépêtrer de cette embrouille.
Au-delà de l’aspect ludique (Robbins est une sorte de version sombre de Peter Parker : un sale gosse à la blague facile, empêtré dans ses problèmes personnels – sa mère malade placée en institution, sa petite amie enceinte persuadée qu’il cherche du travail, sa maîtresse prostituée…), on retrouve la patte de l’auteur Brian K. Vaughan (Ex Machina, Y le dernier homme). Une forte connotation sociale, avec les multiples répercussions de l’existence des super héros sur l’homme de la rue (thème repris depuis le Marvels de Kurt Busiek et Alex Ross par une flopée d’auteurs, Brian M. Bendis en tête1 et Vaughan pas loin derrière) et une vision « sérieuse » de l’univers, plus réaliste. Ainsi, pour une petite frappe comme Robbins, même le Shocker, si stupide soit-il, constitue une menace sérieuse. On rejoint le Alias de Bendis, où l’Homme Pourpre, un méchant basique, devenait une épouvantable Némésis pour l’héroïne, démunie face à ses pouvoirs. On remarquera en outre que Robbins, bien qu’indéniablement sympathique, est loin des stéréotypes habituels des super héros comme des super vilains. Sous sa cape, il continue à porter des vêtements de ville et, phénomène quasiment unique chez les personnages dotés de pouvoirs, il utilise des armes à feu.
L’intrigue est donc plutôt originale et vraiment bien menée. On sent l’influence (Vaughan ne s’en est jamais caché) des séries TV américaine et de leur rythme tendu et prenant. Quelques personnages appelés à devenir récurrents dont on présente les principales caractéristiques rapidement, une trame de fond, un événement ponctuel, insérez un ou deux méchants qui mourront pendant l’action, mélangez bien et la sauce prend. L’inconvénient avec les recettes, c’est qu’à part un ou deux ingrédients, on obtient souvent des choses qui se ressemblent. L’avantage, c’est que c’est souvent bon. Ici, c’est bon.
Au dessin, Kyle Hotz surprend. Par moment, son trait caricatural est un peu trop simple et mal maîtrisé, par d’autres, il se laisse aller et ses ombres rappellent alors celles d’un Kevin O’Neill (La Ligue des gentlemen extraordinaires), ses personnages plus massifs deviennent réellement présents, une ambiance vraiment sombre, un peu sale, s’installe… On réalise alors que la colorisation, qui n’est pas sans rappeler celle de certaines séries Image des années quatre-vingt-dix, ne flatte pas forcément le trait et qu’un traitement plus radical aurait pu profiter à l’ensemble. Ceci dit, l’ensemble laisse tout de même un goût plus que satisfaisant et on attend beaucoup de la suite de cette série bien rafraîchissante.
Hood, scénario de Brian K. Vaughan, dessins de Kyle Hotz, éditions Panini Comics, collection MAX.
- Bendis reprendra d’ailleurs la série un peu plus tard[↩]
Julien Meyrat est le rédacteur Bande Dessinée du magazine. C'est lui qui a créé nos Grimaces.
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