Arthur H, un homme du monde qui évolue
Par Labosonic • jeu 10 juil 2008 • Categorie: MusiqueParution le 2 juin 2008

C’est l’histoire d’un type qui n’a pas de nom de famille, juste une consomme. Et, attention, pas n’importe laquelle, la seule de tout l’alphabet qui soit muette. Pas de doute possible, ça définit le personnage. Arthur n’a pas choisi H pour éviter une ascendance embarrassante – un pseudonyme aurait suffi – mais bel et bien pour définir un programme artistique. Un H : muet, pour signifier que son œuvre parle pour lui. Un H : aspiré et inspiré par l’ivresse des mélodies et des notes, par exemple, celles d’un trompettiste qui a dédié sa vie au Cool Jazz.
C’est l’histoire d’un type qui s’appelle Arthur H. H comme Higelin, son père, et qui, comme lui, a décidé de faire de la chanson française. De la vraie, celle qui a du mal avec tous ces anglicismes qui pourrissent le milieu musical hexagonal : pas de charity-business, pas de name-dropping, pas de bling-bling, pas de marketing, pas de Star Academy, ni de carré VIP. En gros, c’est l’histoire d’un type qui aime les paradoxes, au point d’intituler son album L’homme du monde alors qu’il est tout sauf un de ces demi-mondains du show-business qui ne trouvent leur satisfaction qu’à fréquenter les cercles du pouvoir et de l’argent.
C’est un type qui raconte des histoires différentes à chaque album. A un tel point que, lors de son album précédent, Adieu Tristesse, il en narrait treize, une par titre, toutes plus belles et poétiques les unes que les autres. De quoi faire de l’ombre à tous ces artistes qui semblent éternellement faire et refaire la même chanson.

Même si ce n’est certainement pas un demi-mondain, Arthur H est un homme qui aime s’entourer. Trop peut-être. Cela ôte tout effet de surprise aux initiés qui suivent attentivement ses pérégrinations. Adieu Tristesse avait un tel son car il avait passé beaucoup de temps avec la fine fleur de la musique canadienne1. Il n’y aura donc pas beaucoup d’étonnement cette fois-ci à trouver sur L’homme du monde une énergie proche de celles qui habitent sur scène Adanowsky et Maya Barsony2, moins adeptes des productions léchées et avec qui il a beaucoup traîné ces derniers temps.
Et le moins que l’on puisse dire c’est que ces fréquentations ont été revigorantes pour Arthur H qui s’aventure sur des chemins musicaux où on ne l’attendait guère, délibérément plus dansants, débordants de groove. I wanna dance with Madonna, premier single de L’homme du monde, s’avère extrêmement surprenant, déstabilisant même, d’une modernité pop qu’on ne trouve habituellement que chez les anglo-saxons. Avec son refrain qui commence avec une tessiture trafiquée par un vocoder et se termine chanté en voix de tête, cet hymne est dédié à la madone, la vraie, la seule, l’unique, pas celle des hit-parades.
Jamais avare de paradoxes, Arthur H est à la fois plus groovy dans les musiques3 et plus véhément qu’à l’ordinaire dans les textes (L’abondance, Mon nom est Kevin B, The goddess of love & the bizness men). Pourtant, il sait retrouver des sons et des paroles plus conformes à ce que l’on attend de lui. Cosmonaute père & fils, semble écrire un nouveau chapitre de l’histoire familiale et artistique de la dynastie Higelin. The Lady is back fait une allusion directe à The Lady of Shanghaï présent sur Adieu Tristesse. Quant à l’arrangement jazzy de Radio City Lights, on le croirait issu des toutes premières réalisations d’Arthur H.
Bien entendu, il y a beaucoup de bonnes choses sur cet album. Pour tout dire, il n’y a pas un seul morceau qui soit négligeable4. Mais, il manque pourtant une chose essentielle à L’homme du monde : la constance. S’il est brillant à chaque chanson, Arthur H donne l’impression de demeurer coincé à mi-chemin d’une mutation artistique. On a le sentiment de croiser à la fois l’ancien Docteur Arthur et le nouveau Mister H. On adorait le premier, on est impatient d’entendre le suivant, leur cohabitation est harmonieuse mais il n’est pas impossible que L’homme du monde ne devienne avec le temps qu’un album de transition dans la carrière de l’artiste.
L’homme du monde, d’Arthur H, publié chez Polydor.
Crédit photographique : Monsoleiil.
- Gonzales, Mocky et Feist, excusez du peu …[↩]
- Le titre de son nouvel album, Femme d’extérieur, fait d’ailleurs un intéressant clin d’oeil à cet Homme du monde qu’est son demi-frère.[↩]
- La mélodie de guitare d’Aime moi, qu’on croirait empruntée à George Benson, constitue d’ailleurs le plus parfait des exemples.[↩]
- Seul la chanson L’homme du monde qui donne son nom à l’album et n’est disponible que via une plateforme de téléchargement est un ton en dessous de l’ensemble. On lui préfèrera d’ailleurs le moyen-métrage offert en Bonus du disque physique.[↩]
Labosonic est un des rédacteurs Musique du magazine.
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