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Le coffret la Trilogie de la jeunesse de Nagisa Oshima

Par Boeb'is • mar 29 juil 2008 • Categorie: Dvd / Blu-ray

Sorti depuis le 18 juin 2008

Les trois premiers films du radical Nagisa Oshima sortent en DVD. C’est la suite du joli travail de Carlotta qui a entrepris une vaste offensive éditoriale sur les films clés de la “Nouvelle vague japonaise” qui n’étaient pas disponibles en France. On pouvait déjà voir Suzuki, Shinoda, Imamura, Teshigahra chez ses concurrents. Après Kujiû Yoshida en avril, Carlotta fait donc honneur à Nagisa Oshima en sortant non seulement cette Trilogie de la jeunesse mais également deux autres DVD du réalisateur (Les plaisirs de la chair - Nuit et brouillard au Japon)

On associe en général Nagisa Oshima à son sulfureux et jusqu’au-boutiste L’Empire des sens en oubliant un peu rapidement le reste de sa filmographie. Les trois films de cette trilogie datent des années 1959-60, époque où il travaillait pour le vénérable studio Shôchiku. Ce n’est pas un détail, car ce studio est derrière presque tous les grands classiques du cinéma japonais d’Ozu à Mizoguchi. On pouvait donc penser que les débuts d’Oshima au cœur de cette institution donneraient des films plus conformistes ou édulcorés.

Image de Une ville d'amour et d'espoir

Il n’en est rien. Une ville d’amour et d’espoir, Contes cruels de la jeunesse et L’enterrement du soleil sont portés par la même urgence, la même vibration qui mêle amer constat social, remise en cause politique et manifeste esthétique radical. Les considérations sociales étaient loin d’être absentes du cinéma japonais mais c’était pour regretter la décomposition des structures familiales traditionnelles (les films d’Ozu), pour peindre des hommes luttant contre la société pervertie (Barberousse de Kurosawa) ou bien le tragique destin de ceux qui en sont les victimes (La Vie d’Oharu Femme galante de Mizoguchi). Oshima change la donne.

Son premier film, Une ville d’Amour et d’espoir narre des histoires d’amour contrariées ou affect et politique sont étroitement liés. Kyoko, lycéenne d’une riche famille d’industriels se prend d’affection pour Masuo un jeune garçon qui tente péniblement de faire vivre sa mère et sa sœur malades en vendant des pigeons, tout en poursuivant ses études. Parallèlement, l’institutrice de Masuo se lie avec le grand frère de Kyoko. Kyoko et son frère sont plein de bonne volonté, révoltés par la misère et prêts à dépasser les clivages sociaux. Tout semble augurer une critique classique du “miracle économique japonais” qui ne profite pas aux plus pauvres, dénouement mélodramatique à la clé. Mais le propos d’Oshima est différent, car les débuts d’amourettes tournent au fiasco et non pas à cause de la pression sociale mais à cause des personnages eux-même, par leurs maladresses, leurs convictions, leurs détresses qui créent un mur entre les classes sociales. Le titre Une Ville d’amour et d’espoir imposé par la Shôchiku recèle une triste ironie.

Image de contes cruels de la jeunesse

Avec Contes cruels de la jeunesse, Oshima passe à la couleur, ose une esthétique audacieuse et radicalise son propos. L’histoire d’amour entre les deux personnages principaux est assez symptomatique. Kiyoshi rencontre Makoto en la sauvant d’un homme qui tentait de la violer. S’en suit une histoire d’amour passionnée mais sans tendresse qui commence par… le viol de Makoto par Kiyoshi lui même. Le reste du film est du même tenant: violent, excessif, érotique, désespéré. Oshima refuse encore de donner des leçons et n’offre aucune solution. Les violentes manifestations étudiantes en arrière plan semblent vaines, et l’autre couple Yuki-Akimoto qui a renoncé aux idéaux est encore plus pathétique. Pas de salut, mais cette énergie des jeunes qu’Oshima filme avec passion, ces désirs violents conduisant directement au drame mais qui sont, semble dire Oshima, tout ce qui leurs reste.

La trilogie se termine en beauté avec L’ enterrement du Soleil, notre préféré des trois. L’histoire se déroule dans un bidonville d’Osaka autour du petit gang de Shinekai dirigé d’une main de fer par le dandy cruel, Shin. On retrouve cette même rage qui anime les personnages d’Oshima, ce désir de s’en sortir à tout prix qui annihile toute morale. On est loin des pauvres magnifiés de Kurozawa ou d’Ozu. Ici, victimes et bourreaux ne font qu’un et s’agitent dans une sarabande de viols, de meurtres, et d’histoires d’amour avortées. Les héros vendent les corps des femmes, le sang, les identités et même les cadavres. Le mariage, la figure du père, les idéaux politiques, les sentiments tout est corrompu. L’histoire est servi par des longs plans magnifiques à la pâte Oshima et une remarquable brochette d’acteurs qui rendent les personnages mémorables, que ce soit le boss Shin, la magnifique Hanoko qui joue de ses charmes comme d’une arme ou le gentil Takeshi qui n’arrive pas à quitter le gang.

Image de l'enterrement du soleil

En plus ce ces trois excellents films, les DVD comprennent des bonus très conséquents, et pour une fois pas anecdotiques. Nous avons une histoire du cinéma japonais, 100 ans de cinéma japonais (52min) par Oshima himself, intéressant surtout pour les années 60-70, un passionnant carnet de notes d’Oshima qui décortique la réalisation de Contes cruels de la jeunesse, et un commentaire très éclairant des films de la trilogie par un critique de film japonais. Il faut aussi mentionner un long livret avec des analyses très pointues sur toute l’œuvre d’Oshima et une interview assez intéressante où on se rend compte de la mégalomanie d’Oshima qui en deux trois piques bien placées remet aussi bien à leurs places les jeunes réalisateurs à qui il manque la « force fondamentale» que les grands maîtres japonais qu’il juge « vieillot ». Son ambition démesurée et presque anachronique lui permet même de conclure l’interview en disant: « faire de l’art ne m’intéresse pas, autrefois, je pensais que le cinéma pouvait contribuer à changer la mentalité des gens. Aujourd’hui, j’aimerais pouvoir continuer à le croire ».

Visuel du DVD Nuit et brouillard au Japon

Une ville d’amour et d’espoir, Contes cruels de la jeunesse, et L’enterrement du soleil réalisations de Nagisa Oshima, scénarios de Nagisa Oshima et Toshirio Ishido.
Avec Yusuke Kawazu, Miyuki Kuwano (Contes cruels de la jeunesse), Hiroshi Fujikawa, Yuki Tominaga (Ville d’espoir et d’amour), Masahiko Tsugawa, Kayoko Honoo, Isao Sasaki ( L’enterrement du soleil)
Japon, 1959 et 1960, nouveaux masters restaurés, formats 2.35 respectés 16/9 comp 4/3, couleurs, versions originales - sous-titres français. Édités par Carlotta Films.
Crédit photographique : Carlotta Films.
Édition 3 DVD testées sur Philips Home Cinema HTS6510 et Samsung Full HD LE40F71B.

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2 Réponses »

  1. [...] Culturofil chronique les sorties Oshima : trilogie de la jeunesse, Nuit et Brouillard au Japon, Plaisirs de la chair [...]

  2. [...] en éclat au sein du clan Li. En effet, à l’instar des films de Nagisa Oshima explorés dans nos précédentes pages, Harakiri est un film critique, une subtile dénonciation d’un mode de vie devenu rigide [...]

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