Les plaisirs de la chair - Nuit et brouillard au Japon de Nagisa Oshima, les DVD
Par Willy Gilboire • mar 29 juil 2008 • Categorie: Dvd / Blu-raySortis depuis le 18 juin 2008

Nuit et brouillard au Japon de Nagisa Oshima.
Automne 1960, alors que les étudiants manifestent et subissent la répression policière, un groupe de militants communistes célèbre tranquillement le mariage de deux jeunes gens.
Un étudiant fugitif, Ota, perturbe la cérémonie en faisant soudainement irruption. L’heure est venue de régler les comptes !
Quelle brillante mise en scène, quel ton irrévérencieux ! En écrivant et réalisant Nuit et brouillard au Japon pour la Shochiku en 1960, Nagisa Oshima faisait preuve d’un ton virulent peu commun pour son époque et n’hésitait pas à livrer sa diatribe d’une société figée dans ses conventions et sa facticité.
Sur la forme, ce film en couleur puise aussi bien sa force et sa violence dans les dispositifs cinématographiques que ceux théâtraux.
Nuit et brouillard au Japon est tout d’abord un film remarquable par ses choix novateurs en terme de mise en scène.
Avec un éclairage subjectif et surréaliste qui doit beaucoup au domaine du théâtre, le film isole ou met en valeur des comédiens, tous formidables, dans une salle (un banquet) et sa périphérie (l’entrée) où le drame va s’installer et se jouer.
Adepte du ” One scene - One cut ” et du plan séquence, le cinéaste japonais met ses nombreux comédiens et son équipe technique en difficulté et surtout, sur le fil du rasoir, en instaurant une ambiance particulière qui sert le propos du film.
Exigeant puisqu’il se refusait aux répétions des comédiens (inutiles selon lui !) et à la recherche du mouvement parfait de caméra (d’où ces mouvements parfois maladroits, à première vue), Nagisa Oshima se nourrissait de la tension et du stress instaurée sur le tournage pour en insuffler une, particulièrement palpable, au film lui-même.
Sur le fond, Nuit et brouillard au Japon ne laisse pas non plus indifférent pour peu qu’on ait une fibre politique.
Voici un film exemplaire, édifiant, révoltant, que beaucoup de partisans et cadres du parti socialiste devraient voir pour méditer à la fois sur eux-même et sur la situation actuelle de la gauche en France.
Il faut dire que tous s’insultent et règlent copieusement leur compte dans le brûlot de Nagisa Oshima : la vérité apportée par l’un entrainant consécutivement celle d’un autre durant les 103 minutes de ce film âpre.
Peu importe le lieu et l’évènement, tous les personnages se relâchent et percent l’abcès sans pour autant redémarrer sur des bases saines. Ici se trouve d’ailleurs toute l’intelligence et la force de ce film à la structure gigogne, qui pointe le doigt et sa focale sur la lâcheté des hommes tout en se gardant de donner des leçons.

Les plaisirs de la chair de Nagisa Oshima.
Bien qu’il ait assassiné un homme pour la femme qu’il aime en secret, Wakizaka n’a pas pu épouser cette dernière et se retrouve forcé d’accepter le marché que lui propose l’unique témoin du meurtre, un fonctionnaire coupable d’avoir détourné une forte somme d’argent : garder le butin jusqu’à sa sortie de prison. Le jeune homme décide de tout dépenser en un an et de se suicider ensuite.
Avec Les plaisirs de la chair, Nagisa Oshima livre une vision encore plus glauque des rapports humains en se concentrant sur l’errance d’un jeune homme dont la névrose est une conséquence directe des tensions qui pèse sur la société japonaise moderne.
Frustré par ses désirs refoulés et ses envies sociales, bloqué par les interdits, Wakizaka multiplie les conquêtes et vit dans l’illusion durant un an, moyennement finance.
Ici encore, le cinéaste livre une critique âpre d’une société qui cultive le goût de la perfection et de la réussite avec cette descente aux enfers où l’image de la femme est aux antipodes de celle dépeinte par Kenji Mizoguchi vingt ans plus tôt.
Moins complexe peut-être en terme de mise scène, le film distille tout de même d’impressionnantes séquences où objectivité et subjectivité se mêlent étroitement pour traduire les aspirations de Wakizaka.
Sur ce point, nous vous invitons à découvrir le supplément du DVD de Les plaisirs de la chair, L’au-delà des interdits, brillant mais complexe film-analyse (25 min) du film par Jean Douchet.
Le DVD de Nuit et brouillard au Japon n’est d’ailleurs pas en reste avec Mises au point (11 min), supplément tiré d’une série d’entretiens publiés au Japon en 2001 qui dévoile la personnalité (limite prétentieuse) et la mise en scène si singulière de Nagisa Oshima.
Ce n’est pas une surprise enfin : une interactivité soignée et complète (bandes-annonces et chapitrages) accompagnent ces deux DVD de la collection Oshima éditée par Carlotta.

Nuit et brouillard au Japon et Les plaisirs de la chair, réalisations de Nagisa Oshima, scénarios de Nagisa Oshima et Toshirio Ishido.
Avec Miyuki Kuwano, Masahiko Tsugawa, Fumio Watanabe (Nuit et brouillard au Japon) et Katsuo Nakamura, Mariko Kaga (Les plaisirs de la chair).
Japon, 1960 et 1965, nouveaux masters restaurés, formats 2.35 respectés 16/9 comp 4/3, couleurs, versions originales - sous-titres français. Édités par Carlotta Films.
Crédit photographique : Carlotta Films.
Éditions DVD testées sur Philips Home Cinema HTS6510 et Samsung Full HD LE40F71B.
Willy Gilboire est un des rédacteurs DVD du magazine.
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