L’Incroyable Hulk de Louis Leterrier
Par Cédric Le Men • mer 30 juil 2008 • Categorie: CinémaSorti le 23 juillet 2008

« Chat échaudé craint l’eau froide ». L’expression prend tout son sens après le Hulk d’Ang Lee, pourtant réalisateur doué - il est responsable entre autres de Tigre et Dragon en 2000, film destiné à un large public mais ponctué de scènes que les habitués du genre ne renieront certainement pas, de Raison et sentiments en 1996, mais surtout du Secret de Brokeback Mountain en 2006, film-événement et polémique, marqué plus que tout par un jeu d’acteurs somptueux - sorti sur nos écrans en 2003 : c’est tout un pan de fans de comic books qui seront alors déçus, trahis même, tant le film est à des années-lumière des thématiques abordées par les différentes séries sur le personnage créé en 1962 par Stan Lee et Jack Kirby.

Cerise sur le gâteau, le seule mention du nom de Louis Leterrier suffit à faire pâlir d’effroi tout cinéphile qui se respecte, à l’image d’un homme perdu dans le désert qui, levant les yeux au ciel, verrait tournoyer les vautours au-dessus de sa tête. Car Louis Leterrier, il faut bien le dire, c’est tout de même le frenchie qui a commis Le Transporteur et sa lamentable suite, et Danny the Dog. Du cinéma prédigéré et formaté qui satisfait probablement un certain public aux références limitées, mais qui s’oublie plus vite qu’il ne se regarde.
C’est donc avec une appréhension légitime que l’annonce de cet Incroyable Hulk a été reçue : si Ang Lee était passé aussi largement au-dessus de son sujet, comment Louis Leterrier pouvait-il faire mieux, dans un film dont l’unique raison d’être était justement le mécontentement des studios face aux critiques émises sur le premier film ? Car si officiellement, Universal et Marvel voulaient « combler les attentes des fans avec un nouveau film encore plus explosif » en se déclarant satisfait du succès du premier opus des aventures du géant vert, les chiffres sont éloquents : un budget de cent trente-sept millions de dollars selon les estimations, contre cent trente-deux millions de recettes aux États-Unis, le film se rembourse à peine sur le sol américain. Difficile donc de le considérer comme un franc succès, là où un film de cette ampleur et aussi attendu aurait dû facilement doubler, voire tripler son budget…

Pourtant, à la sortie de la projection de ce nouveau Hulk, on est bien forcé d’avouer que le film de Louis Leterrier dépasse en tout point celui d’Ang Lee, pour la bonne et simple raison que là où Ang Lee se concentrait sur un seul des aspects de son personnage, Leterrier embrasse pleinement la dualité et les multiples facettes de celui-ci. Seule ombre au tableau, le film, relativement court, ne lui laisse parfois pas le temps de peaufiner son étude psychologique, et, une fois n’est pas coutume, on en vient à regretter que le film ne bénéficie pas d’un quart d’heure supplémentaire. Louis Leterrier va toujours à l’essentiel (par exemple, la scène d’exposition, pendant laquelle Bruce Banner est irradié, ne dure que quelques minutes, et se retrouve incorporée au générique de début), ce qui est finalement un peu dommage.
Là ou Ang Lee décrivait un personnage geignard et veule, se plaignant sans cesse de sa condition sans jamais chercher à la dominer et encore moins à la combattre (ce qui est pourtant la base du personnage tel qu’exposé dans le comics), et préférait le faire céder à ses accès de bestialité afin de satisfaire le public en matière d’effets spéciaux (très maîtrisés, on ne peut pas lui enlever ça) et d’action, Louis Leterrier choisit plutôt d’imposer un personnage à l’apparence fragile (Edward Norton, contrairement à Eric Bana, n’a pas vraiment un physique d’athlète), mais cherchant par tous les moyens à lutter contre son alter ego destructeur, quitte à choisir l’exil comme remède temporaire. Autant d’éléments que l’on pouvait donc déjà trouver dans les vignettes de Jack Kirby, sous la plume de Stan Lee. Car Hulk a toujours été un personnage incompris et solitaire dans le comic book, quand bien même, après quelques temps, il parvenait à se contrôler.
Plus important encore, Louis Leterrier opte pour une mise en scène et un traitement sobre : ainsi, les expérimentations visuelles de type comic book d’Ang Lee (split screen, effets « vignettes de bande dessinée » et autres transitions au goût souvent plus que douteux) disparaissent purement et simplement du métrage de Louis Leterrier. De la même façon, Hulk n’affronte plus de caniches mutants et ne se permet pas de faire des bonds de trois kilomètres de haut, tel un cabri dopé aux anabolisants (ce qui fonctionnait dans le comics, mais était particulièrement ridicule sur grand écran). Le film se place donc dans un contexte plus « réaliste », relativement à son sujet, bien sûr. Les aptitudes extraordinaires du colosse de jade sont donc toujours présentes, mais soumises à un traitement beaucoup plus raisonnable. Le tout servi par une direction d’acteurs sans grand génie, mais sans artifice non plus. L’avantage d’avoir des acteurs de la trempe d’Edward Norton ou de William Hurt étant de s’assurer un certain niveau, même quand ils se contentent du minimum syndical (ou qu’ils y sont contraints, faute d’une véritable direction d’acteurs).

Aux effets spéciaux, on retrouve le superviseur Kurt Williams, déjà responsable des effets visuels du premier épisode des aventures des 4 Fantastiques de Tim Story ou encore de Scooby-Doo de Raja Gosnell, et qui produit ici - évolution des technologies en matière d’animation et de rendu des textures oblige - un colosse incroyablement défini, beaucoup mieux charpenté que son homologue de 2003. Le reste des effets visuels est à l’avenant, et le film est, du moins de ce point de vue, difficilement critiquable.
En ce qui concerne la musique, la tendance est à la surprise, puisque c’est le britannique Craig Armstrong, plus célèbre (et célébré) pour les musiques qu’il a composées pour l’australien Baz Luhrmann (Roméo + Juliette, Moulin Rouge) et ses arrangements pour le groupe Massive Attack, qui s’y colle. Là où on aurait plutôt attendu un Steve Jablonsky (Transformers, The Island) ou un Michael Giacchino (Les Indestructibles, Cloverfield), plus coutumiers de l’éloquence de ce genre de films, Craig Armstrong étonne par sa capacité insoupçonnée à livrer un score essentiellement symphonique (bien que ponctué d’instruments électroniques discrets), dynamique et sensible, à l’image du personnage : jamais envahissante, oscillant en permanence entre la douceur de nappes de cordes diablement orchestrées et modulées et la vivacité de percussions ethniques, la musique souligne à la perfection la dualité et la souffrance de son héros (ou devrait-on dire anti-héros ?).

Le constat, bien qu’extrêmement surprenant, est donc sans appel : malgré un scénario tenant sur un timbre-poste anorexique, et pour un budget à peine supérieur à celui de son prédécesseur (cent cinquante millions d’euros pour cette nouvelle version), Louis Leterrier livre un film franchement divertissant, grâce notamment à une véritable réflexion de sa part sur l’objet et la nature de son personnage. La fin, très ouverte - et doublée d’un amusant caméo - laisse présager une suite qui sera donc plus que bienvenue, cette fois-ci. De là à crier « cocorico »…
L’Incroyable Hulk (The Incredible Hulk), un film de Louis Leterrier, scénario de Zak Penn d’après le personnage de comics créé par Stan Lee et Jack Kirby.
Avec : Edward Norton (Bruce Banner), Liv Tyler (Betty Ross), Tim Roth (Emil Blonsky), Tim Blake Nelson (Samuel Sterns), et William Hurt (Le général Thaddeus « Thunderbolt » Ross).
Photographie : Peter Menzies Jr.
Musique : Craig Armstrong.
Durée : 112 minutes.
Crédit photographique : SND.
Cédric Le Men est un des rédacteurs Cinéma du magazine.
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Il y a plusieurs choses qui me gênent avec ce nouveau Hulk.
1 : Les studios ont clairement et honteusement renié la version d’Ang Lee suite à son succès très mitigé.
2 : Le choix de Louis Letterier pour le réaliser > Un réalisateur sans âme, sans style et servile.
3 : Le film se réclame plus de la série tv (Banner qui fuit + la b.o. + le cameo appuyé de Ferrigno) que de la bd elle-même.
4 (mais ça ne s’arrête pas !) : Le manque de consistance de certains personnages (en tête celui de Tim Roth qui ne se justifie que par sa seule volonté d’en découdre)
Personnellement je pense que le Hulk de Ang Lee ne démérite pas puisqu’au risque de dérouter des fans qui s’attendait à une adaptation plan-plan de la bd, il avait su surprendre sur la forme comme sur le fond à travers ses expérimentations.
Formelles déjà, avec un style vignette - split-screen certes un peu brouillon, une longue partie du film qui prennait le risque de compter uniquement sur un personnage entièrement réalisé à l’ordinateur… Un tout qui témoignait des expérimentations du cinéaste taiwanais dans les genres cinématographiques.
Sur le fond, avec un scénario qui faisait la part belle à la psychanalyse, comment ne pas apprécier cette inspiration œdipienne dans cette relation père-fils autour de laquelle le film était bâti ?
Au final, on se retrouvait avec un blockbuster malade qui ne négligeait ni le fond ni l’émotion.
Avec le film de Letterier, on se retrouve avec un blockbuster dans ce qu’il y a de pire puisque L’incroyable hulk répond aux charges et aux diktat du popcorn : action ! baston !
D’ailleurs, l’introduction du film est à l’image de son réalisateur : on a pas le temps > on ne s’embarrasse pas de la psychologie > il faut aller à l’essentiel > de toute façon le spectateur s’en fout. Bref tout un pan de scénario (les origines de Hulk) est expédié dans une succession rapide d’images car trop encombrant.
Pour la suite, une suite de scènes qui ne révolutionne pas le genre (l’action) et qui culmine par l’affrontement brouillon (réalisé la nuit car plus pratique pour les effets spéciaux) et super bourrin de deux mastodontes.
Il est sûr que les amateurs d’action décérébrée adoreront, les autres…
toi tu es un débile !!!
Le 1er, est simplement bidon. image de “bd”, couleurs excessives…
La on a un vrai hulk, les scènes d’actions sont bien réalisées.
ET, ce n’est pas parce que tu n’aime pas, que ce qui aime sont des décérébrés !!!
Tu dit, je cite : “D’ailleurs, l’introduction du film est à l’image de son réalisateur : on a pas le temps > on ne s’embarrasse pas de la psychologie > il faut aller à l’essentiel > de toute façon le spectateur s’en fout.”
Sur ce point tu as raison, on s’en fou !!! merde je vais pas au ciné, payer une place 9,50 euro, pour voir un hulk allez chez le psy !!!!
Un film hulk qui se respecte est un film d’action point barre !!!! Pas de psychologie ou autre connerie dans ce genre !!!!
Et oui il passe les origines de hulk car tous le monde les connais !! NON PAS TOI ? alors tu es un décérébré !!! Si il font 10 film Hulk, Tu veux revoir 10 foi pourquoi il devient hulk ? NON alors ferme la guignol !!!
LOL,
Libre à tous d’exprimer son opinion chez Culturofil. Cela dit, il faut rester courtois et poli.
Pour en revenir au Hulk de M. Leterrier, tu remarqueras déjà que j’exprimais le fait que je n’aime pas ce film, et non qu’il soit nul. Nuance mon ami !
En outre, je n’ai rien contre le film d’action décérébré. Par exemple, Hard Target de John Woo ou Hypertension de Mark Neveldine et de Brian Taylor vont à l’essentiel (action non-stop) et brillent par leur réalisation.
Et quand tu dis ” merde je vais pas au ciné, payer une place 9,50 euro, pour voir un hulk allez chez le psy !!!! “, bah c’est bien, grâce à des spectateurs comme toi, nous aurons toujours quelques films décérébrés à l’affiche.
Pour finir, je ne peux que te conseiller ces films là en DVD, que je n’aime pas personnellement mais qui devraient beaucoup te plaire : Bad Boys 2 de Michael Bay, The marine de John Bonito, Con air (Les ailes de l’enfer) de Simon West. Du premier cru !
Amitiés,