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Les Trois p’tits Cochons, de Patrick Huard

Par Remi Prin • mer 6 août 2008 • Categorie: Cinéma

Sortie le 6 août 2008

Labellisé pur film national comme le proclame fièrement le « Garanti 100% québécois » de l’affiche, le premier film de Patrick Huard1 nous laissait le droit d’attendre de sa comédie une originalité et un style bien à part qui nous aurait dévoilé un ou plusieurs aspects de la culture de son pays d’origine. Vain espoir… Et si dans les années 50 / 60, des cinéastes comme Dino Risi, Mario Monicelli, Luigi Comencini ou Vittorio de Sica avaient su créer une pure « comédie à l’italienne » en utilisant la culture, l’histoire et les us et coutumes de leur pays, il va sans dire que Les Trois p’tits Cochons demeure aux antipodes de cette ambition et n’a dès lors d’original et de typique que la langue, ou du moins l’accent de ses comédiens québécois. Oui, cet accent fascinant dont Céline Dion s’est fait depuis plusieurs années l’hilarante (quoique involontaire) représentante, et sur laquelle toute la promotion du film semble avoir misé gros.

Seulement, que l’on mette en avant la nationalité d’un film, soit, mais encore faut-il que celle-ci soit soutenue par un cinéaste original et qui, en toute logique, a pour objectif de représenter fidèlement la psychologie et l’humour de son pays et, ainsi, de rendre pertinente cette appartenance nationale mise en avant par l’affiche2. Or, d’une part, Patrick Huard n’est pas Denys Arcand, et d’autre part, les deux interminables heures que nous passons en compagnie de ses trois p’tits cochons ne font que nous prouver, séquence après séquence, que son regard de cinéaste est totalement et avidement tourné vers ses respectables et hollywoodiens voisins.
Qu’on en juge : trois frères aux personnalités bien différentes se retrouvent soudain au chevet de leur mère dans le coma et commencent alors à remettre en question leurs vies amoureuses et sexuelles.

Paul Doucet, Claude Legault et Guillaume Lemay-Thivierge dans Les Trois p'tits Cochons

Cela nous donnera droit ici à un savant mélange entre Goodbye Lenin (une mère mourante) et American Pie (la vie sexuelle chaotique de trois frères). Et on l’aura compris, à travers le titre du film, Patrick Huard est au fond bien plus intéressé par l’humour graveleux et les déboires érotico-sentimentaux de ses protagonistes qu’à l’élément déclencheur et dramatique de son histoire : cette mère dans le coma autour de laquelle les trois frères vont soi-disant se remettre en question, ne devient rapidement pour Patrick Huard et ses scénaristes qu’un pur et simple prétexte : pour preuve, dès les premiers plans du film, cette mère est emportée à un rythme endiablé à l’hôpital. Emballez c’est pesé, nous ne la reverrons quasiment plus jusqu’à ce qu’elle vienne conclure le film au cours d’un épilogue larmoyant. Entre ce début et cette fin, nous aurons eu droit aux gros sabots des scénaristes Pierre Lamothe et Claude Lalonde pour nous asséner une série de sketchs dont les gags éculés au possible seront ponctués par des répliques graveleuses dignes d’un one-man-show du plus mauvais goût. Exemple : « Arrête tout de suite de voir cette fille, pendant que tu n’as pas encore le doigt dans l’engrenage. » Et l’autre de répondre : « Bah justement, c’est pas que le doigt que j’ai envie d’avoir dans l’engrenage. ». S’ensuivent de gros rires gras de la part des deux frères.

Paul Doucet, Claude Legault et Guillaume Lemay-Thivierge dans Les Trois p'tits Cochons

Dès lors, on n’est plus dupe : ce personnage de mère dans le coma et cette pseudo-réflexion sur le couple et la sexualité n’est pour Patrick Huard rien de moins qu’un moyen de se dédouaner. Et c’est comme si nous l’entendions proclamer pendant tout le film : « Non, non, mon film n’est pas qu’une comédie, voyez cette mère, mon film est avant tout un drame ».
Que nos trois protagonistes se mettent à deviser sur leur vie respective face à cette mort imminente, soit, cela aurait donné un petite comédie surement pleine de tendresse et de justesse. Mais il suffit finalement de voir avec quel plaisir Patrick Huard s’amuse à filmer les ébats amoureux et infidèles de ses personnages pour se demander si son ambition n’est pas toute autre. On en vient même à entrevoir, à travers son regard de cinéaste, une frustration au moins aussi puérile que celle que ces trois cochons nous donnent à voir.

A ce titre, il faut vraiment saluer le quatuor de comédiennes Isabel Richer, Julie Perreault, Sophie Prégent et Mahée Paiement, qui gravite autour de ces trois immondes personnages. Toujours justes et touchantes, on se dit qu’elles s’en sortent avec les honneurs au sein de ce scénario profondément misogyne. Surtout lorsqu’on assiste à la succession de scènes où les relations sexuelles ne sont montrées que machistes ou castratrices. A noter aussi, l’apparition très émouvante quoique trop courte d’un pauvre ramoneur (Luc Senay, dans une espèce de pastiche du personnage de tueur joué par Philippe Nahon dans le Haute Tension de Alexandre Aja) qui, les mains crasseuses et le visage charbonneux, se lance soudain dans une douloureuse diatribe contre la cochonnerie de ces trois petits personnages. Seule scène où Patrick Huard semble laisser filtrer une once d’émotion pour ses spectateurs.

Paul Doucet, Claude Legault et Guillaume Lemay-Thivierge dans Les Trois p'tits Cochons

Revenons alors à ce “Garanti 100% québécois” que clame l’affiche et qui finit par nous faire nous demander franchement ce qui peut bien démarquer ces Trois p’tits cochons de toutes les livraisons “comiques” hebdomadaires que le cinéma américain vomit chaque semaine entre deux blockbusters. Dès lors, il faut croire que toute l’originalité du film de Patrick Huard consistait à reprendre les dialogues de ces écœurantes american pies dans le seul but de les sublimer dans la langue de Céline Dion. Quel programme ! Après tout, comprenons-le, avec ses 20,2 millions de spectateurs pour Bienvenue chez les Ch’tis, Dany Boon n’a rien fait d’autre que cela. Souhaitons donc bon appétit aux consommateurs avertis qui ingurgiteront cette viande labellisée, certes, mais bel et bien périmée.

LES TROIS P’TITS COCHONS, de Patrick Huard
Ecrit par Pierre Lamothe et Claude Lalonde
Avec : Claude Legault (Mathieu), Guillaume Lemay-Thivierge (Christian), Paul Doucet (Rémi), France Castel (Lucille), Sophie Prégent (Dominique), Julie Perreault (Hélène), Isabel Richer (Geneviève) et Mahée Paiement (Josiane).
Crédit photographique : TFM Distribution

  1. célèbre outre-atlantique en tant que comédien et humoriste[]
  2. Cependant ne perdons pas de vue qu’un cinéaste est rarement responsable de la campagne promotionnelle de son film[]
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Remi Prin est un des rédacteurs Cinéma du magazine.
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