WALL·E de Andrew Stanton
Par Cédric Le Men • mer 6 août 2008 • Categorie: CinémaSortie le 30 juillet 2008

Fabuleux destin que celui d’Amélie Poulain, mais tout aussi incroyable l’est celui de la firme Pixar. Fondée en 1979 comme une branche de la section informatique de Lucasfilm, puis rachetée et renommée par Steve Jobs1 en 1986, Pixar a commencé sa carrière en créant et vendant Image Computer, un système hardware utilisé notamment dans le milieu médical, mais aussi pour faciliter le travail de colorisation des animations créées par le studio Disney. C’est John Lasseter, alors employé de la firme Pixar, qui popularisa l’utilisation de l’Image Computer à des fins artistiques en présentant sa première réalisation, un court-métrage d’animation désormais célèbre intitulé Luxo Jr., au SIGGRAPH2, le notoire congrès annuel des professionnels de l’informatique. Les contrats se mettent dès lors à pleuvoir et sauvent la firme de la faillite. La machine est en marche et John Lasseter, après plusieurs courts-métrages, assoira définitivement la réputation de Pixar avec la sortie, en partenariat avec les studios Disney, de son premier long-métrage d’animation, le cultissime Toy Story.

S’ensuit une série de longs-métrages au succès plus retentissant les uns que les autres, et à un rythme hallucinant (rappelons tout de même qu’un film d’animation, long-métrage de surcroît, est le résultat d’un processus de fabrication autrement plus lent qu’un film dit « classique », les délais entre le début de la production et la finalisation du projet allant jusqu’à plusieurs années3 ) : 1001 Pattes en 1998, suivi par Toy Story 2 en 1999, toujours par John Lasseter. Suivra l’un des plus grands films Pixar à ce jour, l’incroyablement touchant Monstres & Cie. de Pete Docter, en 2001. Après Le Monde de Némo en 2003 (oscar du meilleur film d’animation), c’est Brad Bird, talentueux réalisateur de films d’animation s’il en est - on lui doit le méconnu mais pourtant merveilleux Le Géant de Fer -, qui rejoint le pool de réalisateurs chez Pixar et signe l’hilarant Les Indestructibles en 2004. John Lasseter revient à la réalisation avec Cars : Quatre roues en 2006, avant de céder à nouveau la place à Brad Bird en 2007 pour le génial Ratatouille.
WALL·E est donc le neuvième long-métrage de la firme, et le deuxième à être dirigé par Andrew Stanton, déjà responsable en 2003 du Monde de Némo. Il nous raconte l’histoire de WALL·E4, petit robot chargé d’assainir notre planète après qu’elle a été rendue inhabitable par des années de surconsommation et, par conséquent, d’amoncellement de déchets et détritus en tous genre. Les années passant, le petit être de ferraille a développé une certaine curiosité ainsi qu’une aptitude à des sentiments qui sont tout sauf robotiques. Sentiments qui vont éclater au grand jour lorsqu’un autre robot, EVE5, va faire son apparition sur Terre. Dès lors, un long périple à travers la galaxie attendra nos deux héros.

Ne tournons pas autour du pot : WALL·E est tout simplement merveilleux, et Pixar nous éblouit avec un nouveau chef-d’œuvre du cinéma dit « pour enfants », ni plus, ni moins. Comme à son habitude, le film se lit sur de multiples niveaux, et là où l’enfant n’y verra qu’une jolie histoire d’amour mâtinée d’une sacré dose d’humour, les adultes pourront y déceler des idées bien de notre temps - pollution, surconsommation, automatisation - et des références qui, au contraire d’un Shrek qui verse allègrement dans la parodie sans âme (mais avec beaucoup de « prouts »), s’intègrent astucieusement au film. Le film fourmille ainsi de multiples détails, dont beaucoup renvoient directement aux autres films Pixar (je laisse à chacun le soin de prêter une attention toute particulière aux décors afin d’en déceler le plus possible).
Si Ratatouille et ses incroyables textures (la miette de pain, bon sang, la miette de pain !!!) vous avait bluffé, vous risquez de frôler l’infarctus avec WALL·E, tant les créateurs se sont surpassés : le niveau de détail est tout bonnement hallucinant, la palette de couleurs est gigantesque sans jamais détonner et le travail sur les animations en elles-mêmes permet un niveau de réalisme inédit. Le moindre mouvement est décomposé au millimètre près. Du jamais vu, tout simplement. Et les expressions de WALL·E sont d’une telle finesse qu’elles rendraient presque le personnage tangible : on a l’impression de voir un film live. Sans révéler quoi que ce soit de la finalité du film, je vous encourage à bien observer le regard du petit robot, vers la fin. Tout est dit, au détour d’un seul plan débordant de vie.

Et pourtant, on a beau en prendre plein les mirettes du début à la fin, on ne sort jamais du film, emporté qu’on pourrait l’être par l’admiration, tant le travail de mise en scène et le découpage d’Andrew Stanton sont d’une qualité exceptionnelle et frisent la perfection. Tout semble naturel, on aurait presque envie de rentrer chez soi et se lancer dans la création d’un film d’animation, tant tout ceci à l’air facile, simple. Contrairement à Cars, film honnête bien qu’un peu léger - le seul dans toute la filmographie de Pixar - où les personnages ne prenaient jamais le pas sur leur apparence - confinant le film dans le domaine exclusif de l’enfance, WALL·E parvient à nous convaincre que ces personnages existent bel et bien, impression renforcée par la présence d’humains surréalistes à leurs côtés. WALL·E, comme EVE, possède une véritable personnalité (plutôt obsessionnelle, d’ailleurs), symbolisée tout au long du film par son désir de prendre EVE par la « main ». Un geste, une fois de plus, tellement humain…
La partition de Thomas Newman, déjà comparse d’Andrew Stanton sur Le Monde de Némo, est au diapason du film : riche, variée et bourrée de références à la fois populaires et bien senties (« La Vie en Rose » par Louis Armstrong ou encore les extraits de la comédie musicale Hello, Dolly ! de Gene Kelly). Toute la première partie du score, essentiellement symphonique et dominé par les cordes et une harpe solitaire, est ainsi imprégnée de mélancolie et de tendresse. Le thème « WALL·E » est par ailleurs exemplaire : les cordes en pizzicato et le hautbois rendent immédiatement compte de la sympathie primesautière du personnage. On notera par ailleurs la présence du grand Peter Gabriel, qui co-signe et interprète la chanson de l’amusant générique final. Un très beau score, pour un film magique qui frôle le génie.

En parlant de génie et de magie, on attribuera aussi un très bon point au court-métrage précédent WALL·E, j’ai nommé l’hilarant Presto, où l’histoire d’un petit lapin affamé et rebelle, malmenant son magicien de maître. Après les fabuleux Lifted, One Man Band6, le monstrueux Jack-Jack Attack !7 ou encore For The Birds8, Pixar prouve qu’il est possible de faire de vrais « grands petits films » et que malgré le succès et la notoriété, on peut rester fidèle à ses origines !
Une fois de plus, donc, Pixar emplira les cœurs des petits et des grands de cet incroyable sentiment d’euphorie avec cette nouvelle œuvre, en y incluant une dimension qui s’étend bien au-delà des apparences. Andrew Stanton, manifestement concerné par le sort de notre planète, n’oublie pas d’attirer notre attention sur ce qui, à terme, pourrait devenir une réalité. Et ça ne gâche rien, bien au contraire.
WALL·E, un film d’Andrew Stanton, scénario d’Andrew Stanton.
Avec les voix de (VO / VF) : Philippe Bozo / Ben Burtt (Wall-E), Marie-Eugénie Maréchal / Elissa Knight (EVE), Emmanuel Jacomy / Jeff Garlin (le Commandant) et Pascale Clark / Sigourney Weaver (l’Ordinateur de Bord).
Musique : Thomas Newman.
Durée : 97 minutes.
Crédit photographique : Walt Disney Studios Motion Pictures France.
- Co-fondateur et Président de la firme Apple Inc.[↩]
- Contraction de Special Interest Group on GRAPHics and Interactive Techniques.[↩]
- Les productions Pixar sont généralement développées en quinconce sur une durée totale de quatre ans. Pendant qu’une équipe « tourne » un film pendant une période d’environ deux ans, une autre équipe commence la production, toujours sur deux ans, du film suivant.[↩]
- Anagramme de Waste Allocation Load Lifter Earth-Class, littéralement « compacteur de déchets terrestre mobile ».[↩]
- Pour Extraterrestrial Vegetation Evaluator, que l’on peut traduire par « évaluateur de végétation extraterrestre ».[↩]
- En accompagnement de Les Indestructibles.[↩]
- En bonus exclusif sur l’édition DVD de Les Indestructibles.[↩]
- En première partie de Montres & Cie.[↩]
Cédric Le Men est un des rédacteurs Cinéma du magazine.
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Techniquement parfait, avait un sens aigu de la poésie et de la SF, Wall-E souffre néanmoins d’un scénario qui n’arrive pas à conserver ses ambitions des la première demi-heure. Mais bon c’est sûr que cela restera l’un des films importants de l’année.
A+
Benjamin
http://www.playlistsociety.fr/2008/08/wall-e-de-andrew-stanton.html
“Presto” m’a enchantée !!! (quelques minutes à revoir en boucles ! J’en achèterais bien des bidons entiers de courts métrages comme ça) et je suis allées voir Wall E sur les conseils de ton excellent article.
J’en sors époustouflée par l’ambition du projet. Je ne sais pas si le très jeune public trouvera son compte, car il s’agit quand même d’une fable écolo-philosophicale (ça existe ce que je viens d’écrire ?). Certains moments sont si denses et si rapides qu’on regrette de ne pas pouvoir faire pause pour en apprécier les détails (par exemple, j’aurais bien aimé deux secondes de plus pour mieux saisir la diversité des robots déviants, le parasol fou et le maquilleur…etc…).
Et j’ai aussi adoré le générique de fin qui retrace l’enchainement des progrès des civilisations que nous connaissons épaulées par des robots recyclés !
Merci de m’avoir conseillé ce film. Nous allons passer la soirée à miauler “é-veu” à la manière de Wall E !