Laver les ombres, de Jeanne Benameur
Par Martine Galati • sam 30 août 2008 • Categorie: LivresParution le 20 août 2008
Jeanne Benameur vit entre Paris et La Rochelle et consacre la majeure partie de son temps à la littérature et à sa transmission. Auteur de plusieurs romans parus essentiellement chez Denoël, elle écrit aussi des livres pour la jeunesse publiés pour la plupart aux éditions Thierry Magnier.
“Laver les ombres” est le dernier roman de Jeanne Benameur et le premier à paraître aux éditions Actes Sud.

Léa est une jeune femme sûre d’elle, la trentaine, danseuse chorégraphe de talent et renommée, et amoureuse de Bruno, artiste peintre. Vu de l’extérieur, elle a tout pour elle. Tout sauf… l’essentiel.
Il lui manque en effet la confiance absolue de sa mère, celle qui brille au fond des yeux maternels et qui fait grandir. Celle qui apporte l’équilibre et fait marcher droit. Cette confiance qui lui permettra de s’ouvrir enfin pleinement à Bruno et de s’épanouir dans sa vie femme.
Cette confiance maternelle qui lui fait tant défaut, Léa pense la trouver, la provoquer, en créant un nouveau spectacle qui aura pour personnage principal sa mère, cette Romilda si mystérieuse. Mais pour y parvenir, elle a besoin de comprendre, de savoir pourquoi sa mère a créé ce mystère autour d’elle et de son passé…
Par une terrible nuit de tempête, Romilda va enfin révéler à sa fille tout le poids de son passé, de sa rencontre avec Jean-Baptiste, le père de Léa, jusqu’à son arrivée en France. Mariée, mais à quel prix!
La force de ce roman, Jeanne Benameur la crée au sein de ce duo mère/fille d’une bouleversante authenticité. Alternant les récits entre celui de Léa et sa quête actuelle et celui, poignant, de Romilda en 1941 et 1942, jeune fille de 16 ans vivant à Naples, travaillant derrière le comptoir du bar familial, entre une mère despotique à souhait et un père absent parti combattre sous les ordres de Mussolini. De sa rencontre avec son “bel ami” français, Romilda ne cache rien. Ni de ses promesses, ni de son amour fou qui la convaincra de partir, de fuir. Avec une violence dominée par la honte toujours présente, Romilda va révéler à sa fille sa prostitution pendant deux ans dans cette maison close dont elle n’osera pas sortir si ce n’est pour, enfin, venir en France au bras de Jean-Baptiste souriant et sûr de lui alors, qu’elle, frêle jeune fille, est morte à l’intérieur d’elle-même.
Ce récit, conté à deux voix, voire trois quand Bruno s’en mêle, démontre une sensibilité à fleur de peau. Par petites touches infimes, Jeanne Benameur tisse une confidence à la fois impossible à entendre et pourtant tellement nécessaire. La danse, le corps, sa représention y sont omniprésents et créent un fil conducteur d’une limpidité absolue. La beauté des mots apparaît alors comme magnifiée pour nous offrir un texte des plus sensibles.
Laver les ombres, Jeanne Benameur
Editions Actes Sud, 159 pages
Crédit photographique: éditions Actes Sud
Martine Galati est une des rédactrices Littérature du magazine.
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Bonsoir, je viens de lire vos lignes et je suis très touchée de ce que vous avez écrit. Je tenais à vous en remercier tout de suite. On a beau aller au plus loin de l’écriture, on n’est jamais sûr de rencontrer vraiment autrui dans sa lecture. Vos lignes me vont droit au coeur. merci. jeanne Benameur
Justement la danse. C’est ce qui dans ce roman m’aura le plus marqué. L’écriture est agréable et l’histoire habilement mené mais c’est la manière dont le corps prend le relais que je retiendrais ici. Quand le corps parle là où les mots sont restés en silence. Il s’agit d’un langage, d’un langage qui s’exprime sur scène et qui est scène de l’histoire : “Les bombes ne s’attaquent qu’à l’intérieur. Personne ne les voit. elle est un champ de mines. Et elle danse. Pour les éviter.” Car c’est déjà ça que cette conscience de chacun de ses muscles, là où la raison s’est tue.
Et puis la mère parle…