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Montmartre, Mont des Martyrs, de Chantal Pelletier

Par @ude • sam 30 août 2008 • Categorie: Livres

Parution le 4 septembre.

Tranches de vie rétro, turbo, mais pas du tout du tout dodo.

C’est un roman qui démarre sur les chapeaux de roues, comme un film. On est happé par les dix premières pages qui font surgir dans notre esprit les images évoquées par la lecture des scènes d’introduction, réalistes, crues, violentes : drogue, sexe, tuerie. Rien d’étonnant, si l’on peut dire, à cette écriture visuelle, de qualité : Chantal Pelletier, ex-Trois Jeanne et auteur prolifique multi-genre écrit des polars… mais aussi des scénarios (-ii pour les puristes), entre autres.

Les premières pages, trépidantes, rythmées jusqu’à la syncope, évoquent A bout de souffle, pas le film de Godard, mais la chanson du braqueur en cavale écrite par Claude Nougaro sur la musique de Dave Brubeck, la musique de Brubeck étant elle-même une adaptation de la Sonate n°11 de Mozart. Tout comme cette chanson peut être considérée comme un maillon dans une chaîne culturelle, Montmartre, Mont des Martyrs est un polar réaliste qui s’inscrit dans la continuité des romans « à la française » : qualités d’écriture, réalisme parfois poétique, et ici, en outre et surtout, peinture sociale, catégorie couleurs explosives, type Thierry Jonquet ou Manchette. Il y a une autre référence toute aussi importante et revendiquée par l’auteur : Pasolini. Le Montmartre de Chantal Pelletier offre en exergue une citation extraite du premier film de Pasolini, Accattone. Les références au cinéaste sont récurrentes dans le roman et son univers est l’un des éléments constitutifs du personnage-clef de l’intrigue.

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La citation :
« Le futur est derrière nous car on ne le voit pas venir.
Le gentil garçon

Soit je tue le monde, soit le monde me tue. »

place l’enquête du jeune Maurice Laice, héros récurrent de Chantal Pelletier, jeune flic de et à Montmartre - il y est né, y travaille et connaît le coin comme sa poche - sous de noirs auspices, où l’espoir n’a pas sa place. Le « no future » des Sex Pistols n’est pas loin non plus. Momo le héros, jeune flic au cœur trop tendre a gardé chez lui l’album God save the Queen , « minuscule cri dans son silence d’homme sans rêves » (page 192).

Tout le récit baigne dans la noirceur, car le monde entier n’est que noirceur : amour, famille, amitiés, politique, société, rien ni personne n’échappe au désespoir ou pour certains, à la mort. Tout conduit à l’issue fatale ou à l’impuissance : les règlements de compte crapuleux d’affairistes âpres au gain et à la coke, le SIDA, le sentiment d’impasse politique.

La vie n’est donc pas rose du tout du tout dans ce roman très noir. Elle est plutôt rouge sang quand débute le prologue, situé au soir du 10 mai 81, dans la quartier de la Bastille. Rose du socialisme vainqueur, rouge sang de la tuerie qui décime une famille entière à coups de gros calibre aux détonations couvertes par les cris de la foule en liesse. Ce sont les fameuses premières pages du roman, ambiance caméra à l’épaule, montage « cut » et bande son saturée. Ensuite une ellipse de trois ans et l’enquête du jeune flic au nom marqué du sceau noir de l’abandon et de la désespérance : Laice ! On est là sur fond de querelle sur l’école libre, émergence de Le Pen, mort de Michel Foucauld, tous événements scandés par des extraits d’articles de Libération ou des dépêches d’agence de presse qui nous lient au contexte et par des passages sur un énigmatique chauffeur de taxi aux aguets, qui, eux, nous ramènent à l’intrique policière.

C’est bien fait, bien construit, très riche de références multiples. C’est un roman fourmillant au style assez flamboyant, mais dont la richesse nous perd un peu. Tout est à foison dans les peintures des différentes couches sociales que nous découvrons avec Momo : artistes squatteurs, religieux de province, flics parisiens, travestis et prostitués(ées), microcosme montmartrois… Et par-dessus tout ça, à foison aussi les références, à Pasolini, bien sûr, son œuvre quasi complète, au martyre de Saint-Denis à qui la colline doit son nom de Montmartre (mons martyrium), et à l’époque décrite, 1984, les chansons, les modes de vie de ce temps-là, proche et lointain à la fois.

Est-ce ce sentiment d’être perdu sans personne à qui s’accrocher dans cette luxuriance qui, assez paradoxalement, gâche l’ensemble ? Le roman se lit bien, mais on est gêné de ne pouvoir s’attacher au jeune héros, lui aussi paumé, parce que même s’il est flic, il a du mal à devenir « adulte », si tant est que cela signifie quelque chose. On n’arrive pas à croire suffisamment à Momo, et pourtant il vit des choses si tristes que l’on devrait pleurer pour lui. Mais il lui manque la chair. Peut-être parce que ce Mont des Martyrs est, aussi, un album-souvenirs d’une époque révolue, fait, comme tous les albums, d’images. Et l’image de Momo n’arrive pas à prendre corps, malgré le soin apporté par l’auteur à son personnage. Ainsi le roman se clôt sur une réflexion de Momo qui a perdu la perception des couleurs à la suite d’un accident. La dernière phrase est emblématique du livre et de son personnage principal : « Dans sa chambre, il regarda le tableau enveloppé de papier journal appuyé contre le mur, se jura de le déballer plus tard, beaucoup plus tard. Le jour où il sortirait du film noir et blanc pour revoir le monde en couleurs. »

C’est dommage, mais la réserve sur « l’incarnation » du héros ne doit pas vous empêcher de lire ce roman bien écrit, qui a un vrai style et qui utilise le genre policier pour peindre la société d’une époque.

Montmartre, Mont des Martyrs, de Chantal Pelletier.
256 pages.
Crédit photographique : éditions Gallimard.

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@ude est une des rédactrices Littérature du magazine.
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Une Réponse »

  1. Un bon roman policier, bien écrit, agréable à lire mais qui ne me laissera pas de souvenirs impérissables.

    Ma chronique : http://hanniballelecteur.over-blog.com/article-25009866.html

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