Mirrors d’Alexandre Aja
Par Cédric Le Men • mer 3 sept 2008 • Categorie: CinémaSortie prévue le 10 septembre 2008

Et un remake de plus ! On ne les compte plus : The Eye, Ring et sa suite, Dark Water… Ju-On et sa suite sont devenus The Grudge et The Grudge 2, Siworae est devenu Entre Deux Rives, The Shutter devient Spirits, et avant la sortie en 2009 des remakes de La Mort en Ligne1, A Tale of Two Sisters2 et Lady Vengeance avec Charlize Theron3, c’est au tour de Into The Mirror, film coréen de Kim Seong-Ho sorti en 2003 de passer à la moulinette des studios et de se transformer en Mirrors4. Et cette fois-ci, c’est le jeune français Alexandre Aja, déjà aux commandes du remake de La Colline a des Yeux de Wes Craven en 2006, de s’y coller, le tout chapeauté par la Fox.

Vous allez me dire, « on n’est plus à une ineptie près de la part des studios » et vous avez bien raison, tant la série de remakes au programme est tout bonnement ridicule : l’incompréhension autour d’une possible version américaine du franco-français Bienvenue Chez les Ch’tis cède rapidement la place à la consternation face à Quarantine, remake plan pour plan de l’horrible5 [•REC] du tandem ibérique composé de Jaume Balagueró et Paco Plaza…
Petite originalité de ce Mirrors en comparaison à ces innombrables autres remakes : son réalisateur, Alexandre Aja, jeune français, fils du réalisateur Alexandre Arcady6, s’est fait connaître chez nous avec son deuxième long-métrage, Haute Tension, en 1999. On retrouve donc Kiefer Sutherland, qui fait son come back au cinéma après son long – et toujours actuel – cursus télévisé dans la série 247, avec des films tels que Taking lives - destins violés de D. J. Caruso en 2004 ou son omniprésence dans Phone Booth (Phone Game en « version française », allez comprendre…) de Joel Schumacher. Il interprète dans Mirrors un flic traumatisé par le décès de son coéquipier, dont il est l’auteur accidentel, qui va chercher à reconstruire sa vie afin de regagner l’amour et le respect de sa femme Amy et de ses deux enfants, Michael et Daisy. Il accepte donc un travail de gardien de nuit, dans un ancien magasin victime d’un incendie criminel, quelques années plus tôt, auquel seuls les miroirs ont survécu.
Rien de bien original, donc. Dès l’introduction du film, le gardien qui occupait le poste que le personnage de Kiefer Sutherland reprend ensuite se fait massacrer en bonne et due forme par une entité « invisible ». Le ton est donné et le film ne s’encombrera pas de retournements de situation inutiles : on sait clairement à quoi s’attendre.

Toutefois, ça n’est pas là un inconvénient, puisqu’Alexandre Aja a l’intelligence de construire son film, non pas sur ses effets de surprise (à la différence d’un M. Night Shyamalan), mais sur ses personnages. Sans atteindre des sommets de finesse, notre Agent Jack Bauer préféré est plus que convainquant dans ce rôle de mari et de père en quête de rédemption et d’une vie qu’il a perdue en même temps qu’il a tué son collègue et ami. Face à lui, la séduisante Paula Patton s’en sort avec les honneurs dans le rôle de sa femme, et on retrouve avec un certain plaisir la jolie Amy Smart, qu’on avait découverte dans la série Felicity, avant de pouvoir l’admirer sur grand écran en 2000 dans l’amusant Road Trip de Todd Phillips, mais surtout dans L’Effet papillon d’Eric Bress en 2004, ou plus récemment dans l’hilarant et jouissif « nanard » Hyper Tension de Mark Neveldine.
Un bon point pour les acteurs et leur direction, manifestement le point fort du jeune réalisateur : qu’il s’agisse d’Haute Tension ou de La Colline a des Yeux, on ne peut décemment pas reprocher au réalisateur sa direction d’acteurs, toujours juste. Il en va d’ailleurs de même pour sa mise en scène, sobre mais efficace. Il en va malheureusement tout autrement pour le traitement de ses scénarii, souvent lourd et sans surprise. Si La Colline a des Yeux, survival nerveux et prenant de bout en bout, ne souffrait pas ce problème, c’est avant tout parce que le scénario ne permettait pas vraiment de s’égarer. En revanche, le problème se posait dans Haute Tension, dont le final, ridicule et long à en mourir, avait en plus le malheur de remettre en cause – voire de nier purement en simplement – une bonne partie des éléments exposés dans la première partie du film, en se basant sur une conception fantasmée, et donc erronée, des troubles dissociatifs de la personnalité.
Heureusement, ce problème lié au traitement du scénario n’est que très léger sur Mirrors : il s’agit davantage d’un problème de rythme. Dès lors que le personnage principal finit par identifier la source de ses problèmes, le rythme s’alourdit un peu, les minutes s’étirent, jusqu’à un final, dans la maison familiale, qui est par contre plutôt intéressant (bien que peu original : il rappelle par bien des aspects le film Dark Water de Hideo Nakata). Enfin, le film se clôt sur une image (et une idée) plutôt belle !

Fidèle, Alexandre Aja fait de nouveau appel à son compatriote Maxime Alexandre et lui confie le poste de directeur de la photographie, poste que celui-ci avait déjà occupé sur ses deux précédents films, mais aussi sur quelques autres films, dont le segment « Père-Lachaise » du soporifique Paris, Je t’aime. Et de ce point de vue, le film est irréprochable : tout en clairs obscurs, il s’illustre par une photographie désaturée, très belle, inquiétante, à l’image de son sujet. Le jeune chef opérateur joue avec les reflets des miroirs du magasin, ainsi qu’avec toutes les surfaces réfléchissantes à sa disposition : bouton de porte chromé, couteau, eau… et renforce ainsi le sentiment que la menace est omniprésente. Une réussite !
Une agréable surprise nous vient du côté de la musique. Si Alexandre Aja est fidèle à son directeur de la photographie, il l’est beaucoup moins en matière de compositeurs : le français François Eudes sur Haute Tension, aussi responsable des scores de À L’Intérieur et du prochain film du belge Fabrice Du Welz, Vinyan ; le duo new-yorkais Tomandandy sur La Colline a des Yeux, connus du grand public pour leurs musiques de spots publicitaires ainsi que pour leurs scores d’Arlington Road, La Prophétie des Ombres et de Les Lois de l’Attraction ; et enfin l’espagnol Javier Navarrete sur Mirrors, choix plus qu’étonnant, puisque hormis les chefs d’oeuvres de Guillermo Del Toro L’Echine du Diable et Le Labyrinthe de Pan, pour lesquels il a livré des partitions parfaites, le travail de Javier Navarrete n’a que très rarement franchi les frontières de la péninsule Ibérique.
Autre surprise musicale, le thème Asturias qui reprend, de façon orchestrale, la très célèbre pièce pour piano Leyenda (Astrurias), composée par Isaac Albéniz à la fin du dix-neuvième siècle, puis transcrit à la guitare par Francisco Tárrega et rendu célèbre sur le même instrument par Andres Segovia. C’est sous cette forme, notamment, que le groupe The Doors l’a repris en introduction à leur Spanish Caravan8. Le morceau vient donc imprimer un leitmotiv sur l’ensemble de la partition et accentue par sa présence les moments les plus éprouvants du film. Un choix de composition plutôt original donc, dont la justification peut éventuellement être remise en cause, mais qui ravira à n’en pas douter Cécilia Sarkozy9.

Mirrors est donc un drame horrifique tout ce qu’il y a de plus honnête, plutôt efficace malgré une petite demie-heure manquant de rythme. Toujours est-il qu’Alexandre Aja assoit sa réputation dans le panorama cinématographique mondial. Une réputation qu’il sera tenu de confirmer rapidement, tant à la réalisation qu’à la production10 afin de convaincre définitivement les – exigeants – fans du genre.
« Vaste programme ! », aurait dit De Gaulle.
Mirrors, un film d’Alexandre Aja, scénario de Grégory Levasseur et Alexandre Aja, d’après Into The Mirror de Kim Seong-Ho.
Avec : Kiefer Sutherland (Ben Carson), Paula Patton (Amy Carson), Amy Smart (Angela Carson), Erica Gluck (Daisy Carson), Cameron Boyce (Michael Carson) et Mary Beth Peil (Anna Esseker).
Musique : Javier Navarrete.
Photographie : Maxime Alexandre.
Durée : 111 minutes.
Crédit photographique : Twentieth Century Fox France.
- Remake du film du même nom, sorti chez nous en 2005 et réalisé par l’emblématique (et surestimé) Takashi Miike.[↩]
- Remake du très mauvais Deux Sœurs du coréen Kim Jee-Woon.[↩]
- Nouvelle mouture du film éponyme de Park Chan-Wook, et ultime volet de sa « trilogie de la vengeance », dont Old Boy, primé à Cannes, était l’épisode central et Sympathy For Mr Vengeance, son premier volet.[↩]
- C’est sans compter les remakes de films tels que Infernal Affairs, revu et corrigé par le grand Martin Scorsese avec The Departed.[↩]
- Mais tellement bon ! Le film, terrifiant mais particulièrement réussi, est un des plus beaux succès de l’année 2007 en Espagne.[↩]
- Le nom « Aja » est en fait l’acronyme de son véritable nom : Alexandre Jouan-Arcady.[↩]
- Série elle aussi produite par la Fox, ceci explique cela…[↩]
- Figurant sur l’album Waiting for the Sun, pubié en 1968.[↩]
- Rappelons qu’elle est la descendante directe d’Isaac Albéniz.[↩]
- Aja est le producteur de P2 (2ème sous-sol en France), qui a fait un « bide » retentissant – et justifié.[↩]
Cédric Le Men est un des rédacteurs Cinéma du magazine.
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Moui… en fait j’avais lu une flopée de critiques plutôt positives, du coup j’y suis allé… et moui. Assez quelconque, en fait. Joli, visuellement parlant. Sutherland est plutôt bon (pour une fois). Mais j’avoue que ça m’a laissé relativement froid (et la fin m’a paru absolument grotesque). Je crois que je vieillis…
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