Magical JanKen Pon : Cardona fait son manga
Par Julien Meyrat • lun 8 sept 2008 • Categorie: Bande Dessinée / MangaAlbum paru le 13 août 2008

Dans la belle ville de Portveyre, quelque part dans le sud de la France, le jeune Pol vit isolé, entre un père indifférent et une hypersensibilité à la lumière qui le rend quelque peu asocial. Le jour où la jeune Caroline Tortue, dite « Carotte », vient bouleverser son petit monde en se proposant de devenir son amie, il commence à découvrir son passé et les véritables origines de sa mère, agent JanKen venue d’un monde parallèle… et de se retrouver à affronter un grand méchant costumé en super héros.
Depuis des années qu’il en rêvait, Philippe Cardona a enfin pu faire son manga à lui. Loin des délires de Sentaï School, écrits à quatre mains avec Florence Torta, et des historiettes de Foot 2 rue, il se lance dans la cours des grands avec un shônen assez typique qui ne dépareillerait pas entre un Wingman et un Naruto (oui, je sais que les deux n’ont pas grand-chose à voir…). S’il n’évite pas un certain classicisme (le duo de base rappelle celui de Monster Allergy en légèrement plus âgé, la suite emprunte autant aux space shérifs à la X-Or qu’aux super-héros de la Marvel), il se rattrape vite en développant ses personnages, plutôt bien conçus et finalement loin des stéréotypes habituels. Il fait même preuve d’une certaine audace en dénonçant lui-même les facilités de son scénario à travers le personnage de Chambellan, geek jusqu’au-boutiste qui devine sans cesse les évolutions de l’intrigue sans y être aucunement mêlé, rien qu’en comparant les événements avec des passages de ses séries préférées (les références, il est d’ailleurs intéressant de le noter, sont parfaitement authentiques – à part D. Knights, création originale… de Philippe Cardona à l’époque du fanzine Dream On). De la part d’un auteur qui s’est lui-même (parfois à contrecœur) imposé comme un porteur de bannière de la culture geek, l’idée est drôle et ironique.

Car il y a plus dans Magical JanKen Pon1 que ce que la BD elle-même laisse apparaître. Le côté pessimiste du personnage principal, tempéré par une fougue et une verve étonnante sitôt qu’il revêt son costume (on pense fatalement à Peter Parker, timide et réservé, devenant le roi de la vanne sitôt qu’il devient Spider-Man), retombe vite sur la série et rend celle-ci nettement plus sombre qu’elle ne le semble de prime abord. Le « dénouement », en particulier, laisse un goût étrange et la franche sensation de n’avoir assisté qu’à l’introduction d’une longue aventure, dont on attend la suite avec impatience.
Au niveau graphique, si Cardona est irréprochable sur l’approche globale de ses cases et sur ses décors (nous sommes vraiment dans un manga, et la French touch indéniable de l’auteur ne saurait remettre en cause la construction typiquement japonaise de l’ensemble, avec ses cases de décors, ses pages de pause contemplative… seuls les dialogues, un peu longs bien que percutants, ne riment pas avec le shônen classique), on pourra trouver que ses personnages « taille réelle » pèchent un peu au niveau des proportions. D’une manière ou d’une autre, nos yeux se sont sans doute trop habitués aux SD de Sentaï School, et ses persos grandeur nature semblent toujours manquer d’épaisseur. Au point qu’on finit par ne les trouver vraiment attachants que lors des moments (fort nombreux) de caricatures.
Mais cela ne saurait gâcher le plaisir de la lecture pour cette série qui part plutôt bien, et qui s’améliore à mesure que l’on tourne les pages. La voie est toute tracée. Way to go !
Magical JanKen Pon, tome 1, texte et dessins de Philippe Cardona, éditions Kami, collection Yômâ.
Crédit photographique : éditions Tournon - Carabas / Kami - Cardona 2008.
- Pour info, « Jan Ken Pon » est le nom japonais du jeu traditionnel « Pierre, papier, ciseaux ». On reste ici dans le jeu de mots totalement gratuit (traditionnel chez Cardona), cette traduction n’ayant aucune influence sur le personnage ou le scénario.[↩]
Julien Meyrat est le rédacteur Bande Dessinée du magazine. C'est lui qui a créé nos Grimaces.
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