Baroufe à Chioggia de Carlo Goldoni
Par Delphine Kilhoffer • ven 12 sept 2008 • Categorie: ThéâtreJusqu’au 27 décembre

Baroufe à Chioggia est une farce : dans cette petite ville italienne, les femmes s’ennuient en attendant le retour de leurs maris ou prétendants partis en mer dix mois par an, alors elles flirtent avec Toffolo, un des rares mâles du coin à ne pas être marin… Seulement, au retour des bateaux, les langues s’agitent, les femmes montent la tête à leur ami respectif pour mieux cacher leurs propres égarements, et de quiproquos en commérages, la zizanie et la soif de représailles se répandent comme le feu aux poudres.

Carlo Goldoni n’était pas un auteur connu pour sa délicatesse : il nous laissa de nombreuses comédies qui, à défaut d’être subtiles, sont diablement efficaces par leurs intrigues et la critique sociale qui les sous-tend. Face à un tel dramaturge, le mieux reste encore de se saisir du texte à bras-le-corps et de le jouer de façon physique et déchaînée. C’est le pari dans lequel se sont lancés Antoine Herbez et la compagnie Ah !

Le premier quart d’heure est quelque peu laborieux et malgré l’effeuillage des actrices qui devrait provoquer et titiller le public, un doute pointe… doute qui s’envole définitivement à l’entrée en scène des hommes. Avec eux, Antoine Herbez a parfaitement réussi à donner à chacun une caractérisation forte, en n’hésitant pas à rendre exprès les tirades de l’un incompréhensibles ou à faire sauter sur place un autre dès qu’il s’énerve – et cela arrive souvent ! La vraie comédie déploie alors ses ailes et nous emporte dans un tourbillon qui ne cessera de s’accélérer jusqu’à la fin.
Le trait est volontairement fort, et les influences diverses qui traversent la mise en scène viennent réveiller les situations classiques. Les combats s’enchaînent, dirigés comme des mangas – leur exagération ludique étant parfaitement assumée. L’ensemble est chorégraphié avec soin, demandant un jeu très technique aux comédiens, souvent nombreux sur un plateau de taille correcte mais pas immense… Antoine Herbez n’hésite pas à utiliser une approche cinématographique : ralentis, découpages des scènes, etc. Tout en gardant une très bonne lisibilité à l’histoire, sa mise en scène, servie par une troupe de bon niveau, est faite pour surprendre, déranger et amuser le spectateur.

Cette production de Baroufe à Chioggia se révèle donc un très curieux et audacieux mélange de farce, d’atmosphère SM et de bande dessinée. Sur le papier, on ne donnerait pas forcément cher du résultat, et pourtant sur scène, cet étrange composite trouve vie et cohérence. Quelques passages – principalement le début – n’ont peut-être pas encore trouvé le rythme qui leur conviendrait le mieux, mais la compagnie Ah ! jouant au théâtre Clavel jusqu’à la fin de l’année, on peut penser que ces quelques réserves s’effaceront avec la pratique.
Baroufe à Chioggia de Carlo Goldoni, mise en scène de Antoine Herbez, théâtre Clavel
Avec : Stéphanie Bargues (Dona Pasqua), Pierre-Edouard Bellanca (Beppe), Anaïs Bérard-Masson (Orsetta), Fabienne Billot (Dona Libéra), Jean Boissinot (Toffolo), Olivier Charcosset (Titta Nane), Joanna Forlen (Lucietta), Benoît de Gaulejac (Sior Toni), Caroline Georges (Checca), Ivan Herbez (Maître Vicenzo), Olivier Ho Hio Hen (Illustrissime Isidoro), Sébastien Le Rest (Sior Fortunato)
Delphine Kilhoffer est une des rédactrices Théâtre du magazine.
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Goldoni + SM + BD ??? Mmm… encore une chouette pièce que je ne verrai pas !
Juste une chose : c’est une pièce GÉNIALE !!! Il faut aller la voir !!!!
Carole : voilà un enthousiasme qui fait plaisir à lire ! Comme je le disais à la fin de ma critique, je pense que les défauts de la pièce ont dû s’estomper au fil des représentations - je vais d’ailleurs y retourner courant novembre pour voir comment les choses ont évolué.
Je suis allée voir cette pièce ressement et je peux dire que je me suis régalée ! Cette comedie nous permet de rire de bon coeur et de ne pas voir le temps passer… Je la recommande vivement !