Blood, looms and blooms : Le retour de Leila
Par Labosonic • jeu 18 sept 2008 • Categorie: MusiquePublication en juillet 2008

Si l’été est traditionnellement une période peu faste en terme de sorties phonographiques, la scène électronique a, en cette année 2008, réussi à s’échapper d’une routine basée exclusivement sur les DJ-Mixs de quelques Disc-Jockey péroxydés et aux goûts douteux. La première bonne nouvelle estivale fut la réédition d’albums mythiques, indisponibles depuis des lustres mais qui ont marqué l’histoire du mouvement électro. Black Secret Technology d’A guy called Gerald et BC2, compilation du label Basic Channel, sont deux œuvres fondatrices qui ont jeté les bases de nouveaux genres : la drum & bass pour le premier et le dub minimaliste pour le second. Mais, difficile de considérer ces archives exhumées comme de véritables évènements et c’est Blood, looms and blooms de Leila qui a constitué la véritable surprise précédant une rentrée qu’on espère faste en productions synthétiques.
Après plus de 8 années d’absence, Leila Arab revient sur le devant de la scène et ceux qui n’ont pas oublié la qualité de son premier album s’en sont immédiatement réjouis. Pour les autres, un petit rappel s’impose. Quand, en 1998, sort Like Weather, la majorité des auditeurs du disque est frappée par la maturité de l’artiste : ses compositions extrêmement recherchées tutoyent l’exigence dans la production des plus grands défricheurs de territoires sonores, tel Aphex Twin, mais ne négligent jamais la possibilité de plaire au plus grand nombre grâce à d’habiles mélodies soutenues par une voix élégante.
Hélas, ni Like Weather, ni son successeur, Courtesy of Choice, ne rencontreront l’estime méritée : le premier, distribué confidentiellement par Rephlex, ne pourra se faire apprécier du public et le second, flattant un peu trop les goûts de ses auditeurs, décevra les amateurs de production soignées qui auraient pu faire le succès critique nécessaire à son avénement commercial. Si ni l’un ni l’autre ne sont des échecs, ce ne sont pas les succès escomptés et Leila, marquée de surcroît sur le plan personnel, se met alors en retrait de la musique. Elle ne collabore plus qu’avec Björk1, pour qui elle a déjà tant fait2 .
Blood, looms and bloomss marque donc le grand retour de l’artiste anglo-iranienne et ce come-back, après huit années de quasi-mutisme, est avant tout celui de la confiance. Accueillie par la maison Warp, structure phonographique réputée pour son excellence en matière de musique expérimentale, Leila semble guérie des mésaventures qui l’ont empêchée d’atteindre les sommets3. Histoire d’être totalement à l’aise sous la bannière violette du label de Sheffield, Leila s’entoure d’artistes qui sont avant tout des amis et des compagnons de route : Luca Santucci4, Martina Topley-Bird, le légendaire Terry Hall et même sa soeur Roya5.
C’est donc dans une ambiance sereine et quasi-familiale qu’a été composé cet album où Leila a tissé pour chaque chanson un véritable petit cocon électronique à la fois subtil sur le plan des mélodies et sans concessions vis à vis des oreilles des auditeurs. Time to blow joue merveilleusement des contrastes entre une rythmique quasi bruitiste, une mélodie qui fait bleep-bleep et l’une des plus belles voix masculines, celle de l’ex-chanteur des Specials. Avec son ambiance aquatique, Mettle propose un mélange original et l’enchevêtrement de trois types de sons : naturels, électriques et électroniques.
Mais, parfois, Leila pêche par excès de confiance et n’arrive pas toujours à atteindre le niveau d’excellence de ce qui constitue les meilleurs titres de son album. Deflect, interprêté par Martina Topley-Bird, a un arrière-goût de déjà-vu. Les capacités vocales de l’ex-chanteuse de Tricky sont utilisées sur ce morceau d’une manière identique à celles de ses prouesses sur le Pre-Millenium Tension de son pygmalion d’alors. On pourra aussi objecter à propos de Why should I ?, duo entre cette même Martina et Terry Hall qui, lui aussi, semble inspiré par la rencontre précédente de ces deux voix sur Nearly God.
Même si elle est parfois un peu en manque d’inspiration, Leila, toujours aussi douée, a néanmoins réussi son retour au premier plan et on attend maintenant la suite des aventures musicales avec attention.
Blood, looms and blooms, de Leila, publié chez Warp.
- Elle a composé deux morceaux sur Medulla et Drawing restraint 9.[↩]
- Elle l’a accompagné sur scène pour les tournées des deux premiers albums et enchante notamment de sa virtuosité aux claviers le formidable MTV Unplugged de l’islandaise.[↩]
- Les mauvaises langues diront que l’éxécrable distribution de Like Weather était dûe à Aphex Twin, à la fois artiste principal et patron du label Rephlex, qui craignait de l’ombre que lui aurait fait le succès d’une autre artiste.[↩]
- Il était déjà présent à ses côtés sur Like Weather.[↩]
- Elle apportait par sa simple voix, toute sa magie à Londinium, le premier album d’Archive.[↩]
Labosonic est un des rédacteurs Musique du magazine.
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