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Vinyan de Fabrice Du Welz

Par Cédric Le Men • mer 24 sept 2008 • Categorie: Cinéma

Sortie prévue le 01 octobre 2008

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Jamais le cinéma belge ne se sera aussi bien porté ! Bien que généralement produits par des capitaux français ou étrangers, les films réalisés dernièrement par nos amis belges n’en finissent plus de se diversifier : depuis C’est Arrivé près de chez vous de Remy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde en 1992, c’est toute une génération de cinéastes, fraîchement sortis des diverses écoles d’audiovisuel belges (IAD, INSAS…) qui nous viennent de ce petit (mais costaud !) pays.

C’est ainsi que l’on a découvert, il y a trois ans, un jeune cinéaste ayant fait ses armes chez Canal+1, j’ai nommé Fabrice Du Welz, avec Calvaire. Un film qu’on est bien sûr libre d’apprécier à sa convenance, mais qui s’imposait clairement comme unique en son genre, même (ou plutôt surtout) en France. Et après les réussites qu’ont été des films tels que Dikkenek d’Olivier Van Hoofstadt, Eldorado de Bouli Lanners ou Cowboy de Benoît Mariage, Fabrice Du Welz nous revient plus en forme que jamais avec Vinyan.

127 kilomètres à pieeeeeed, ça uuuuuseuh ça uuuuuseuh…

Et dès le générique, on sent que le film s’inscrit en marge : le spectateur est plongé dans l’eau, une eau qui se teinte lentement au fur et à mesure qu’une « musique » digne des meilleurs artistes de dark ambient progresse et nous prend aux tripes. Et pour cause, nous sommes plongés dans la déferlante qui, en 2004, envahissait les plages de Thaïlande. Ce même tsunami qui, dans le film, prend la vie du fils de Jeanne et Paul Belhmer. Fin du générique : les sens du spectateur sont déjà mis à rude épreuve et ce n’est qu’un début.

Mais revenons un peu sur Calvaire : l’histoire d’un artiste de bas étage, chanteur itinérant, atterrissant dans un trou perdu du fin fond des Ardennes, recueilli puis séquestré par un homme – Bartel – qui voit en lui sa femme qui l’a quitté quelques années plus tôt. Ce film là exigeait du spectateur qu’il adhère à un postulat de base peu évident – la méprise d’un homme pour une femme. Double postulat, puisque Bartel n’est pas le seul à voir sa femme : c’est aussi le cas d’Orton, le personnage interprété par le brillant – et sous-exploité – Philippe Nahon. Le film se fait alors d’autant plus exigeant envers ses spectateurs. Tout le but du métrage tenant peut être justement dans le fait de les obliger à participer à cette hallucination collective, et de les ranger finalement du côté des deux personnages abusés.

Film à double tranchant s’il en est, donc, puisqu’au-delà de toute considération technique, il dépend finalement de la capacité du spectateur à se laisser « hypnotiser ».

– Il était une fois, dans une graaaaaaande forêt, un ours qui… Chérie ? – ZzzZzzZzz.

Il en va très différemment de Vinyan. Persuadée que son fils est toujours en vie, Jeanne va convaincre son mari de partir à sa recherche en louant les services d’un truand local, Thaksin Gao, seul habilité à leur faire franchir la frontière birmane, où aurait été vu leur fils pour la dernière fois. Un voyage en forme d’obsession grandissante et déchirure d’un couple déjà meurtri.

On retrouve donc cette thématique, manifestement chère au réalisateur, de l’obsession doublée d’illusion dont il avait semé les premiers germes dans Calvaire. Les deux films entretiennent sur ce point, malgré des scénarii et des traitements différents, une similitude qui n’est certainement pas anodine. Toutefois, Fabrice Du Welz les différencie résolument en cela qu’il situe les événements de Vinyan après une expérience traumatique, là où ceux de Calvaire n’avaient finalement de justification que dans l’absence et le manque. À l’absence et au manque de Vinyan s’ajoutent donc la douleur, la perte, la responsabilité parentale… et surtout le besoin maternel. Un besoin qui arrache Jeanne au rationnel, contrairement à Paul, son mari, qui se convainc rapidement de la futilité d’une telle entreprise.

Je suis tombée par terreuh, c'est la faute à Voltaireuh…

La mise en scène est remarquable, en ce qu’elle dépend directement des personnages. Plus le périple les entraine dans les profondeurs de la jungle birmane – et dans les profondeurs insondables de l’obsession de Jeanne par la même occasion – plus la mise en scène de Fabrice Du Welz isole les deux membres du couple à mesure qu’ils se déchirent. Ce qui jusqu’alors n’avait été que ponctuel, le couple souffrant de crises liées aux difficultés que rencontre Paul à croire sa femme, devient permanent. Et c’est alors que le retour est devenu impossible que le couple explose, et que les vinyan font leur apparition. La séquence finale, tétanisante, qu’un Romero n’aurait par ailleurs probablement pas reniée, illustre par bien des façons cette séparation définitive2.

Autre élément primordial, que Fabrice Du Welz utilise à la perfection : le décor et son influence. Plus on avance dans ce douloureux périple, qui débute évidemment dans la chaleur et le confort citadin, plus la nature devient un obstacle à leur progression, s’imposant comme un facteur de tension supplémentaire. De la même façon, le temps se fait lourd, menaçant, humide, et les pluies torrentielles3.

Oh mon bateeaaaauuuuuuuu, tu es le plus beau des bateeaaaauuuuux…

Sur ce film, et pour notre plus grand plaisir, Fabrice Du Welz est resté fidèle à Benoît Debie, déjà chef-opérateur sur Calvaire (et chef-opérateur sur de nombreux autres films, tels qu’Irréversible de Gaspard Noé ou Enfermés Dehors d’Albert Dupontel). Si son travail sur celui-ci était remarquable, il n’est rien en comparaison avec la maîtrise dont il fait preuve sur Vinyan, exercice pourtant difficile puisque tourné dans des conditions particulièrement pénibles4. La lumière est de toute beauté, bien que « naturaliste », et souligne à merveille l’atmosphère, la tension qui règnent dans le couple.

Concernant la musique, la surprise vient de François-Eudes Chanfrault. Responsable des scores peu inspirés de Haute Tension d’Alexdandre Aja et de À l’intérieur de Julien Maury et Alexandre Bustillo, deux films tout aussi peu inspirés, il est donc embarqué dans l’aventure Vinyan… pour le meilleur, puisqu’il livre une partition qui flirte allègrement avec la noise expérimentale et qui met l’emphase sur la tension qui anime le film de bout en bout. Une très belle réussite !

Hé ho, tu m'as pris pour un pigeon ?!?

Conclusion : Fabrice Du Welz construit, tranquille dans son coin, une véritable œuvre, édifiée autour de thématiques fortes et, finalement, universelles. Un point qui est suffisamment rare dans le cinéma francophone pour être souligné, a fortiori dans le cinéma de genre (qui est, en soi, une espèce en voie d’extinction dans notre beau pays).

« Pourvu que ça dure ! », comme dirait Jean-Yves Lafesse.

Vinyan, un film de Fabrice Du Welz, scénario de Fabrice Du Welz, David Greig et Olly Blackburn.
Avec : Emmanuelle Béart (Jeanne Belhmer), Rufus Sewell (Paul Belhmer), Petch Osathanugrah (Thaksin Gao) et Julie Dreyfus (Kim).
Musique : François-Eudes Chanfrault.
Photographie : Benoît Debie.
Durée : 100 minutes.
Crédit photographique : Wild Bunch Distribution et Marcel Hartmann.

  1. Il y écrit de nombreux sketches pour « La Grande Famille » ou « Nulle Part Ailleurs ».[]
  2. À ne lire que si vous avez vu le film.
    La séquence finale montre Jeanne qui prend clairement parti du côté des vinyan, ces fantômes ou esprits qui prennent l’apparence d’enfants, contre son mari. Celui-ci, dans un des derniers plans, se fait éventrer par les enfants, geste qui peut une fois de plus renvoyer symboliquement à la maternité. Ainsi, Paul mourrait de ne pas avoir prêté attention à son instinct de père, à vouloir se montrer trop rationnel et ce, malgré de louables intentions puisqu’il cherche avant tout à protéger son couple et sa femme.[]
  3. Une fois de plus, l’eau peut être perçue comme un symbole élémentaire maternel, bien que pourtant, elle soit à l’origine du voyage, puisque c’est le tsunami qui a tué leur enfant.[]
  4. Tournage en extérieur, de jour comme de nuit, sous la pluie, dans une région peu hospitalière où le confort est un luxe… autant d’éléments incontrôlables qui rendent le travail d’une équipe technique redoutable.[]
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Cédric Le Men est un des rédacteurs Cinéma du magazine.
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