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Thomas Fersen - Tout est relatif…

Par Thomas Sinaeve • jeu 25 sept 2008 • Categorie: Musique

Disponible depuis le 09 Septembre

La crédibilité, la légitimité et le respect sont des médailles âprement gagnées dont les revers peuvent être inconfortables – sinon parfois un peu injustes. Avec ce septième disque (en quinze ans d’une carrière remarquable) relativement tièdement accueilli depuis sa parution, Thomas Fersen risque d’en faire l’amère expérience… car une fois n’est pas coutume nous ne tournerons pas autour du pot : ici comme ailleurs1 on est, pour la première fois depuis le Bal des oiseaux, un peu sceptique quant à un album de ce chanteur qu’on avait jusqu’ici toujours adoré.

Or si Trois petits tours déçoit en dépit d’un titre petit bras qui a le mérite d’annoncer la couleur, c’est avant tout parce que c’est un disque de… Thomas Fersen, et qu’on attend de ce musicien exceptionnel autre chose qu’une collection de chansons sympas et prévisibles qu’on prendra plaisir à entendre sur scène au milieu des standards d’autrefois. Parce qu’il n’est pas le premier « chanteur français » venu et parce qu’on a consenti, il y a maintenant longtemps, à lui accorder le statut d’artiste de premier plan, on attend désormais sinon des chefs-d’œuvre, du moins que chacun de ses albums soit au-dessus de la mêlée – ce que l’agréable Trois petits tours n’est absolument jamais. Il va sans dire que si la plus mauvaise chanson de cet opus était le dernier single de Bénabar on ne se poserait pas les mêmes questions – on serait même tenté de saluer une belle progression dans son travail. Peut-être d’ailleurs serait-on capable de le dire de Trois petits tours s’il s’agissait d’un premier album, si l’on n’avait jamais entendu la triplette de très grands disques constituée par le Jour du poisson, Q4atre et Pièce montée des grands jours – œuvres qui illuminèrent la dernière décennie de leur élégance de leur fantaisie au point qu’on soit spontanément plus enclin à rapprocher Fersen de Tom Waits (qu’il évoque d’ailleurs clairement sur le meilleur morceau du disque, la Malle) que de Cali. Heureusement ou malheureusement, ce n’est bien sûr pas le cas.

Pochette de l'album Trois petits tours

En d’autres termes : excellent s’il était l’œuvre d’un inconnu ou d’un quelconque tâcheron, Trois petits tours s’avère hélas juste moyen « pour du Fersen ». Après un départ canon avec une Germaine excellente et un Ukulélé délicieusement bigarré, comment ne pas être embarrassé face à certaines compositions un peu paresseuses où Fersen donne l’impression de s’audiocopier sur fond de (justement) ukulélé ? Placé au centre du disque, cet instrument (qu’on suppose rangé dans la valise servant de ligne directrice aux morceaux) souligne du reste involontairement un paradoxe ne manquant pas de sel : par certains aspects Trois petits tours est tout à fait original par rapport à ses prédécesseurs, chassant sur des terres musicales assez inédites chez l’auteur de Bucéphale, proposant des arrangements parfois ambitieux et un son assez éloigné de ce à quoi le songwriter nous avait habitué… et d’un autre côté du point de vue mélodique et textuel on a malgré tout la désagréable impression que Fersen tourne un peu en rond. Et tandis que le précédent Pavillon des fous amorçait une mue séduisante et n’avait fait que se révéler avec le temps, Trois petits tours semble immédiatement un peu cheap et lasse assez rapidement (la paire Ce qu’il me dit / Concombre étant – rareté chez Fersen – tout simplement barbante)

Ainsi pourvu d’un encombrant ventre-mou (les plages six à neuf ne sont ni bonnes ni mauvaises, juste ternes – sinon insignifiantes) le septième album de Fersen ne peut-il en aucun cas satisfaire, c’est d’autant plus rageant que les deux derniers titres (excellents) inversent violemment la tendance et ravivent une folie disparue un quart d’heure plus tôt (depuis très exactement l’intro du poussif les Mouches). Difficile d’adhérer vraiment lorsqu’on a en mémoire Pièce montée des grands jours (au hasard d’une discographie ne contenant quasiment aucune faute de goût)… et que dire de cette étrange marotte de la valise, objet revenant en permanence dans les textes, mais relevant hélas moins du concept (nomadisme, invitation au voyage…?) que d’un gimmick permettant d’aligner une impressionnante (mais inutile) collection de rimes en « - ise » (« J’me marie, mais pas à l’église / J’me marie avec une valise »… soit, ça rime, mais le Fersen de Louise2 était tout de même autrement plus poétique)…

On rétorquera que certes, mais rien d’alarmant, cela reste un album plutôt bien fichu contenant quelques très bon passages. Soit : l’honnêteté oblige en effet à reconnaître que si Julien Doré avait placé sur son ennuyeux album un seul titre du niveau de Formol on l’aurait très probablement porté aux nues. Tout est relatif, donc… à commencer par relativité elle-même ! Qu’on en soit réduit à citer Bénabar, Cali ou Doré dans une chronique d’album de Thomas Fersen en dit dans le fond bien plus qu’un long discours quant à la qualité pour le moins aléatoire dudit album.

Le temps dira si Trois petits tours est le proverbial accident dans un parcours jusqu’alors sans faute, un album de transition qu’on redécouvrira à la lumière de ses successeurs, ou tout simplement un disque mineur qu’on aura complètement oublié dans cinq ans. Une seule chose est certaine : on n’ira pas pour autant plonger le talentueux Fersen dans le formol… et l’on ira même sûrement tâter le pouls de ces nouvelles chansons dans les conditions parfois plus appropriées de la scène – pourquoi pas à partir 24 novembre aux Folies Bergères ?

Rendez-vous est pris.

Trois petits tours, de Thomas Fersen, édité chez Tôt Ou Tard
Crédit photo : Thomas Fersen

  1. Certes tout est… relatif (!) et tout le monde ne se rue pas sur le pauvre Fersen ! Disons tout simplement qu’on est assez loin de la belle unanimité accompagnant généralement chaque nouvelle parution du plus breton des chanteurs parisiens[]
  2. Tiens… ça rime aussi[]
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Thomas Sinaeve est un des rédacteurs Musique du magazine.
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9 Réponses »

  1. C’est pour tromper l’ennemi que tu as changé de nom? :-)
    (ok ceci est un commentaire essentiel sur ce disque de Thomas Fersen que, je crois bien, je n’aurais pas le temps d’écouter)(le temps n’est pas extensible il faut faire des choix)
    (le mien c’est tant pis pour Thomas Fersen)
    (surtout que tu commences par dire que le disque déçoit)
    (pas la peine d’aller plus loin du coup)
    (tu as vu cette confiance que je place en toi)
    (j’espère que tu en es honoré)

  2. (écoute… c’est à peine si je n’en pleure pas de joie :-D)

  3. (je me doutais que ça se traduirait par une émission de fluide corporel, tu me vois ravi de constater que ça se limite aux larmes)
    (ah ah)
    (hum)
    (on va finir par interdire mes commentaires)

  4. Eh ben, moi qui adore Fersen et qui me faisait une joie de m’offrir ce disque les yeux fermés, je vais y réfléchir à trois ou quatre fois…

  5. Disons que forcément, n’étant pas un fan non plus (disons : un sympathisant habituellement chaleureux :-), je ne voudrais pas induire les vrais fans en erreur ; bon ceci dit, mon amoureuse, elle, est une fan absolue (du genre qui bondit dès qu’elle entend le mot “Fersen”… ou le mot “Thomas” (mince je viens de comprendre… ;-), et même elle a été déçue.

    A titre indicatif, l’album est en écoute sur deezer ; si tu veux jeter une oreille avant d’acheter (ou non)

  6. Changement de nom… et glissade sur une pente dangereuse.
    Je gagerais bien que la prochaine chronique de l’ex laudateur de Weezer ou des Rascals sera consacrée à Vincent Delerm. O tempora, o mores !

  7. En fait… non : mon prochain article sera sur Oasis.

    J’espère que je t’ai rassuré ;-)

  8. Quoi ils sont pas morts?

  9. Apparemment personne ne te l’a dit, mais oui ! Plus inquiétant encore : les huit personnes qui ont eu l’idée folle d’écouter leur Don’t believe the truth il y a trois ans sont toutes tombées d’accord pour dire qu’il était plus qu’excellent, et attendant Dig Out Our Soul le 06 octobre avec une immense impatience.

    Comme quoi…

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