Danseuse en rouge, de Anne Bragance
Par Martine Galati • sam 4 oct 2008 • Categorie: Littératureparu le 20 août 2008

Anne Bragance est née au Maroc, à Casablanca, en 1945. Elle a grandi dans une famille d’origine andalouse. Adolescente, elle vient s’installer à Paris où elle apprend la langue française. Ce qui va lui permettre de pouvoir se consacrer à l’écriture. Elle a écrit de nombreux romans dont Bleu indigo, Anibal, La chambre andalouse, Rose de pierre… Danseuse en rouge est paru aux éditions Actes Sud en 2005. Il vient d’être réédité en août 2008 pour la collection Babel des livres de poches d’Actes Sud.

Danseuse en rouge est une lecture à trois voix. Celle de la danseuse d’abord. Celle du champion ensuite. Et enfin celle de l’épouse du champion, femme trompée et bafouée qui n’a de cesse de vouloir retrouver l’amour de son mari et qui assiste, impuissante, à cette histoire à deux dont elle est totalement exclue et qu’elle jalouse de toute la violence liée à son humiliation.
L’histoire peut paraître classique, banale même. Un homme marié et une danseuse se rencontrent. Ils passent une première nuit ensemble puis s’oublient. Quand ils se retrouvent à nouveau vingt ans plus tard, seul l’amour physique est au rendez-vous. Pourtant l’homme veut tout abandonner pour vivre cette passion dévorante et doit cependant supporter la présence fidèle et attentive, patiente, de son épouse. Mais si ce scénario sert de toile de fond, Anne Bragance réussit ici à n’en faire qu’un prétexte et à nous faire vivre un autre déroulement. L’important n’est plus dans ce que vivent les trois protagonistes mais intervient dans la façon dont ils le vivent.
Et c’est en cela que ce roman nous trouble, qu’il nous dérange et nous interpelle, nous poussant au plus intime de nos retranchements. L’écriture, comme toujours chez Anne Bragance, est belle, simple, poétique, empreinte d’une sensibilité subtile et douce. Pourtant le sujet traité nous entraîne là où, peut-être, on n’a pas forcément envie d’aller au moment de cette lecture. Au-delà de la narration, ce roman atypique nous ouvre les coulisses de la perversité charnelle au plus intime d’une relation amoureuse. D’un côté, on assiste à la passion de ce champion pour sa danseuse, pour cette fameuse robe rouge qu’elle portait le soir de leur rencontre, une robe qui, d’ailleurs, éveille en lui des instincts cachés qu’il n’aura de cesse de vouloir explorer, n’hésitant plus alors à passer lui-même cette robe pour y puiser une jouissance extrême. De l’autre, son épouse trahie qui assiste impuissante à la montée de cette passion qu’elle ne suscite plus et qui pourtant ne veut rien lâcher, espérant toujours, même quand tout paraît joué. Et puis enfin il y a la danseuse. Belle, séduisante au possible, épanouie dans la puissance d’une sensibilité à fleur de peau, elle joue de son corps comme d’autres excellent dans la pratique d’un sport.
Avec Danseuse en rouge, Anne Bragance nous propose une œuvre majeure dont la lecture nous trouble mais ne nous émeut pas ou si peu. Une lecture dont on ne sort pas indemne et qui pourtant nous interroge et nous bouscule. Et c’est bien.
Danseuse en rouge de Anne Bragance paru chez Actes Sud
169 pages
Crédit photographiques Actes Sud collection Babel
Martine Galati est une des rédactrices Littérature du magazine.
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Tu excites ma curiosité, Martine… s’il est sorti une première fois en 2005, je vais déjà voir si je le trouve en biblio. (car à ce rythme, dans six mois, je suis ruinée. ^^)
Comment résister après cet article, je ne peux qu’en prendre note !