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Festival America 2008

Par Christine Jeanney • sam 4 oct 2008 • Categorie: Littérature

Les 26, 27 et 28 septembre à Vincennes

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Un rendez-vous important attendait Culturofil ces 26, 27 et 28 septembre à Vincennes : le Festival America 2008. Cette manifestation, qui n’a lieu que tous les deux ans, rassemblait pour la quatrième fois des écrivains du Canada, des États-Unis, du Mexique, des Antilles et des Caraïbes.

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L’atout indéniable de cette formule est sa taille humaine. Le visiteur peut rencontrer très concrètement des auteurs, autour d’une dédicace ou d’un débat. Les situations d’échanges sont assez nombreuses pour qu’on puisse s’approcher de son écrivain fétiche, ou se laisser charmer par une découverte littéraire singulière. Projections, ateliers et concerts complètent l’éventail des possibilités. Un festival rare donc, ou chacun peut trouver son bonheur.

Des débats ainsi que des « cafés des libraires » ont regroupé certains auteurs autour de thèmes communs, comme par exemple « Tumulte du monde » ou « La forme d’une ville ».
À ce propos, l’intitulé du débat « Femmes d’Amérique, citoyennes du monde » a été égratigné avec justesse par ses participantes : il est des questions que l’on ne pose qu’aux femmes, et ce malgré des années d’avancées et de combats féministes. Imaginerait-on un titre comme « Hommes d’Amérique, citoyens du monde » ? Sans doute pas. C’est ce qu’a pointé du doigt la pugnace Lionel Shriver ( Il faut qu’on parle de Kevin, chez Belfond), questionnée sur le regard « différent » qu’elle pouvait apporter en tant que femme.

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De son côté, Mélanie Wallace (auteure de la Vigilante, chez Grasset) s’est exprimée avec beaucoup d’intelligence et d’humour, réussissant à réunir toutes les auteures présentes dans l’énergie déployée à décrire, sentir et dire le monde par delà le genre et le sexe. Elle s’est définie elle-même assez joliment : « Lorsque que j’étais petite, je pensais que j’allais devenir un cheval, parce que personne ne m’avait dit que grandir, c’était devenir une adulte. Et maintenant, j’écris, comme un être humain qui n’est pas devenu cheval. »

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Présente elle aussi, et s’exprimant en français avec une grande facilité, Abha Dawesar a apporté la voix de celle dont le parcours pluri-culturel dépasse l’incertain clivage homme/femme en littérature. Née en Inde, arrivée à New York à 17 ans, amoureuse de Paris, actuellement en résidence d’auteur dans le Nord de la France, sa maîtrise de plusieurs langues lui donne une hauteur de vue peu commune. Elle s’interroge sur l’écriture et aborde la gourmandise, le sexe et l’approche de la mort dans son Dernier été à Paris (chez Héloïse d’Ormesson).

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Daniel Handler, lors d’un « café des libraires », a présenté son Amour adverbe (chez Galaade) qualifié d’OVNI littéraire quasi inexplicable, puzzle et labyrinthe à la fois. L’auteur (qui est aussi celui des Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire sous le nom de Lemony Snicket) a su exposer son projet avec drôlerie et spontanéité, nous faisant entrer simplement dans l’intimité de la construction de son livre, avec son choix presque inéluctable d’adverbes comme titres des « nouvelles » (entre guillemets, car ce n’en sont pas tout à fait) qui le composent.

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Dans le manuscrit du Docteur Apelle (chez Albin Michel), David Trauer nous raconte comment un traducteur à la petite vie fade, travaillant dans une bibliothèque de livres non-aimés, se trouve déstabilisé par la découverte d’une histoire d’amour véritable, rédigée dans une langue que lui seul comprend. Au-delà du rapport aux mots, et en s’appuyant sur deux voix contrastées, David Trauer porte sa réflexion sur l’amour même : est-il un sentiment qui nous emporte, que nous subissons sans pouvoir intervenir, ou une totale construction née d’une immense envie de le vivre ?

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Au cours du « café des libraires » intitulé « un monde grinçant », Colson Whitehead s’est montré brillant dans son approche du pouvoir du mot.
Son Apex ou le cache-blessure (chez Gallimard) est l’idée de génie d’un « consultant en nomenclature », chargé de trouver des noms accrocheurs aux produits de consommation courante : Apex est un pansement adhésif dont la teinte se décline en fonction de la couleur de la peau. Le consultant est contacté par une ville qui souhaite connaître un nouvel essor en changeant de nom. Entre fable métaphorique et fantastique, Apex montre que l’acte de nommer n’est jamais anodin : s’il révèle au grand jour une nature profonde, il peut tout aussi bien occulter une vérité, cacher ce qui devrait rester en mémoire, comme un pansement peut rendre une plaie invisible en la recouvrant. Il s’agit là d’une critique acerbe de la société de consommation, mais pas seulement : Colson Whitehead s’interroge sur l’engagement majeur du nom et sur notre rôle dans ce mécanisme, sur ce que nous décidons de garder ou d’abandonner, et sur le genre d’humanité que nos noms nous fabriquent. Inventif, humoristique, désabusé, cynique, le ton de Colson Whytehead est magistral et remue nos consciences avec détermination.

« Dans certaines cultures, si quelqu’un découvre votre vrai nom, il vous tue aussi sûrement que s’il dévorait votre âme. Il existait des légendes populaires et pittoresques sur le nom secret de certains démons et génies, lequel, une fois connu, les rendait esclaves de simples mortels. Ils étaient tenus de se soumettre à votre volonté, d’accomplir des prodiges, d’exaucer vos minables vœux de mortel, pour peu que vous ayez brûlé l’encens idoine et prononcé les syllabes solennelles de leur véritable nom. “Les noms sont des choses sacrées entre toutes” dit Beverley d’un ton grave, espérant une réaction.
Comment pouvait-on espérer toucher sa paie si on n’était pas capable d’écrire son nom sur une facture ?
» (page 133)

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Il n’est pas possible malheureusement de parler ici des cinquante-trois auteurs présents lors de ce Festival America 2008. Thomas H. Cook, par exemple, y a dédicacé son dernier livre Les feuilles mortes (chroniqué récemment chez Culturofil).
Le très sympathique Brian Evenson et l’adorable Véronique Papineau y ont aussi présenté leur ouvrage, ce qui donnera dans les semaines à venir sur ce site deux chroniques, l’une sur la Confrérie des mutilés (aux éditions Le Cherche Midi) et l’autre à propos de Petites histoires avec un chat dedans (sauf une) aux éditions Boréal.

Un seul regret au cours de ce festival si enrichissant : celui d’entendre, lors des débats ou des rencontres, certaines traductions approximatives, au point de modifier les propos de quelques auteurs ou d’oublier certaines réparties pourtant savoureuses.
Cela ne nous empêchera pas d’attendre avec appétit, en nous frottant les mains à l’avance, le Festival America 2010.
Mais pourquoi diable n’est-ce QUE tous les deux ans ?


Festival America 2008

Les 26, 27 et 28 septembre 2008 à Vincennes
Crédit photographique :
Les Editions Belfond, Grasset, Héloïse d’Ormesson, Galaade, Albin Michel et Gallimard

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Christine Jeanney est une des rédactrices Littérature du magazine.
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3 Réponses »

  1. Tu en parles trop bien, Christine! Tu me fais vraiment regretter de ne pas y être venue! mais je me réserve pour le salon du livre de Paris au printemps prochain! Merci en tous cas pour cette visite plus vraie que nature…

  2. Merci Martine ! J’attends donc ton article sur le Salon du Livre avec impatience. On ne peut pas un peu avancer la date ? (celle du printemps aussi, pendant qu’on y est…) :-)

  3. [...] pu rencontrer Véronique Papineau quelques minutes, à l’occasion du Festival America 2008 de Vincennes. Elle est souriante, spontanée, humble et simple, accessible. En résumé : [...]

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