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Les symboles dans l’histoire de l’humanité de Natale Spineto

Par Hervé Jeanney • sam 4 oct 2008 • Categorie: Littérature

Parution mai 2003

Disons d’emblée que ce gros ouvrage, à l’aspect extérieur de beau livre abondamment illustré, n’est pas grand public. Il est même, à plusieurs égards, d’une lecture difficile. Mais il n’est pas que cela.

La première partie, d’une cinquantaine de pages, est une approche pluridisciplinaire de la proto-histoire des symboles, autrement dit de la formation et des significations des symboles chez les hommes préhistoriques. C’est sans doute la partie la plus décourageante pour le lecteur. Les références aux travaux d’anthropologues, de linguistes, d’archéologues, de philosophes, bref des acteurs de toutes les sciences sociales, viennent certes justifier la démarche, mais elles en alourdissent aussi la lecture. De haut vol, les analyses qui s’en dégagent vous laissent la plupart du temps sur le bord du chemin.

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Puis l’auteur (qui en réalité n’est pas seul, l’ouvrage intégrant de ci de là quelques textes de confrères) aborde le cœur de sa réflexion. Il présente alors les symboles sous l’angle des différentes civilisations, en privilégiant la composante religieuse de ces dernières. À tel point que le titre aurait été plus juste s’il avait été les Symboles religieux dans l’histoire. Il est, à partir de là, bien plus facile de se repérer. On peut même picorer dans le désordre les chapitres. L’auteur a choisi de présenter les symboles de grandes civilisations antiques ou médiévales disparues (Égypte, Rome, Grèce, Germains, Scandinaves, Aztèques, Mayas), les civilisations orientales d’Inde, du Japon et de Chine, les civilisations du Livre (Judaïsme, Christianisme, Islam) et deux aires de civilisations animistes (l’Océanie et l’Afrique).

Dans ce genre d’ouvrage, l’iconographie est capitale. Pour ma part, c’est ici une semi-déception. Le corpus d’images choisies est souvent austère, voire triste : dessins de paléontologues, reproduits dans leur grise simplicité, représentant quelque silex ; photographies de paysages dont les couleurs rappellent les antiques diapositives que nos professeurs projetaient dans les années 70-80 ; reproductions de statuettes brunâtres, ocres ou – un peu de fantaisie – beiges… Globalement donc, hormis quelques exceptions (un dessin égyptien, un tableau de Chagall, un parchemin japonais, une poignées d’autres objets) la couleur est très absente, et c’est dommage.

Ne pensez (ou n’espérez) pas trouver dans ce livre une sorte de dictionnaire. L’auteur s’attache plus à démontrer la cohérence symbolique de chaque religion que de décrire tel ou tel symbole. Ainsi, certaines civilisations se révèlent presque « symbolophobes », tant elles rejettent comme anti-divine l’abus de signes : le judaïsme et l’Islam illustrent le mieux cette dissension, et l’on comprend alors toute l’importance de la calligraphie et de l’art géométrique, qui jouent le rôle de symboles puissants sans avoir la sulfureuse apparence du serpent ou du disque solaire. Au contraire, les civilisations orientales (surtout la confucéenne et la japonaise), ou encore les civilisations de l’Afrique regorgent de symboles pris dans le monde animal ou végétal.

C’est lorsque le texte devient récit mythologique que j’ai éprouvé le plus de plaisir de lecture. Comprendre comment fonctionne un mandala, pourquoi les fibules germaniques représentent souvent un aigle, ou encore pouvoir comparer le rôle du Phénix selon les continents, et le tout sans devoir parcourir à la machette une encyclopédie complémentaire pour ne pas se sentir idiot et dépassé, voilà ce que j’ai le plus apprécié. Je doute néanmoins que le divertissement féérique ait été un but premier pour Natale Spineto.

Au final, c’est un livre touffu, intéressant et décourageant à la fois. Un ouvrage véritablement savant, que vous apprécierez d’autant que vous aurez une culture philosophique et anthropologique étendue. Mais qui ne se parcourt pas avec légèreté.

Les symboles dans l’histoire de l’humanité de Natale Spineto, publié aux Éditions du Rouergue.
Avec la participation de Fiorenzo Facchini et Julien Ries.
Traduit de l’italien par Chantal Moiroud.
Crédit photographique : Éditions du Rouergue.

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Hervé Jeanney est un des rédacteurs Littérature du magazine.
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