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De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites de Paul Newman

Par Eva Markovits • mer 8 oct 2008 • Categorie: Cinéma

Ressortie en copie neuve en octobre 2008

L’année 2008 aura été dure pour les stars hollywoodiennes. Après Sydney Pollack ou encore Cyd Charisse, c’est Paul Newman qui tire sa révérence à l’âge de 83 ans. Acteur, producteur, réalisateur, pilote automobile, engagé aussi bien artistiquement que politiquement, Paul Newman était une des icônes du cinéma hollywoodien ayant joué dans des classiques comme Butch Cassidy et le Kid (1969) de George Roy Hill ou La Couleur de l’Argent (1986) de Martin Scorsese pour lequel il reçut l’Oscar du Meilleur Acteur. Bien que Paul Newman soit surtout connu pour son talent d’acteur, ses réalisations sont inattendues et belles et il était temps de s’y intéresser de plus près. La Filmothèque du Quartier Latin a ressorti une copie neuve de son film, De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites.

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Certes, le titre est pour le moins déroutant si ce n’est rebutant. Il est légèrement plus poétique en anglais : The Effect of Gamma Rays on Man-in-the-Moon Marigolds, adaptation de la pièce du même titre de Paul Zindel pour laquelle il reçut le prix Pulitzer en 1971. Il s’agit de la deuxième réalisation de Paul Newman qui dirige également pour la deuxième fois sa femme, Joanne Woodward, dont la présence est bien trop rare à l’écran. Dans la même lignée que son premier film, Rachel, Rachel, toujours avec Joanne Woodward, Newman fait un portrait de femme sensible et vrai où il relate l’histoire d’une veuve seule qui élève ses deux filles, Ruth et Mathilde. Solitude, conflits familiaux, situations insolites composent ce film à la mise en scène discrète et délicate illustrée par la musique de Maurice Jarre dont le leitmotiv musical accompagne le personnage principal et sert à adoucir les transitions de l’histoire, petit bout de vie de ce petit bout de femme. Le film n’a pas vraiment de début ou de fin et donne l’impression d’être une série de petites scènes dans la vie d’une femme quelconque. Mais elle n’est pas totalement quelconque car la conclusion du film est de nous prouver que chaque individu a toute son importance comme chaque particule qui compose notre univers.

Personnage haut en couleurs, à la fois égocentrique et fragile, dépressive et courageuse, mais surtout grande gueule, Beatrice Hunsdorfer tente tant bien que mal de joindre les deux bouts dans l’Amérique instable des années 70. Habitant une maison, dans une petite banlieue anonyme, qui se délabre chaque jour et qu’elle peine à entretenir, elle passe son temps à lire les petites annonces de journal dans lesquelles les gens envoient des messages dans l’espoir de retrouver quelque personne perdue de vue. Mais Beatrice n’apparaît(ra) jamais dans ces annonces car elle n’a personne qui la cherche et personne à qui s’adresser. Alors elle se contente de construire des châteaux en Espagne, imagine ouvrir un salon de thé en misant tout sur la qualité de son gâteau au fromage. En attendant, elle accueille une vieille dame déconfite et muette à qui elle loue une des chambres.

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Mère assez castratrice, aveugle face aux capacités de ses filles, elle essaye tout de même d’entretenir une relation amicale avec elles, tout en leur mettant systématiquement des bâtons dans les roues. Ruth, adolescente fragile et épileptique, est terrorisée à l’idée de ressembler à sa mère et va jusqu’à l’imiter en cours de théâtre provoquant l’hilarité de ses camarades. Elle est interprétée par Roberta Wallach, la fille d’Eli Wallach, qui a bien saisi le mal-être et l’incertitude du personnage.
Mathilde, la plus jeune, jouée par Nell Potts, la fille de Newman et Woodward, est la seule qui semble prête à affronter la vie, sous toutes ses formes. Passionnée de biologie et de physique quantique, elle est fascinée par la vie jusqu’au plus petit atome. Aux antipodes de sa mère qui trouve la vie détestable et reporte ses craintes et colères sur ses deux filles, Mathilde se plonge corps et âme dans ses expériences biologiques qui lui permettent d’observer la vie d’un point de vue purement scientifique pour accéder à une réflexion plus personnelle et philosophique sur la vie, l’importance de chaque individu et surtout sa propre place dans le monde, au-delà de sa vie quotidienne laborieuse et pénible. Au visage angélique et aux yeux bleus purs comme ceux de son père, Nell Potts joue avec sensibilité ce rôle - elle est d’ailleurs devenue biologiste.
Dans le film, elle se penche sur l’expérience plutôt surprenante des rayons gamma sur le comportement des marguerites exposées à diverses doses de rayons. Cette expérience est le seul fil conducteur du film et la seule action entreprise qui aboutisse à un résultat. Comme elle l’explique durant la finale du concours de sciences de son école, les marguerites réagissent différemment selon l’exposition qu’elles reçoivent. À faible dose, elles poussent normalement, à dose plus forte, elles présentent des anomalies comme des doubles tiges et à très forte dose, elles poussent à peine ou se détruisent. Il semblerait que ces trois catégories correspondent aux trois femmes de la famille qui évoluent différemment et que les rayons de la vie auraient touchées différemment.

Newman arrive à subtilement dépeindre avec profondeur les trois personnages, mère et filles ainsi que leur relation, tout en se centrant sur le personnage de la mère, véritable performance de Joanne Woodward, capable de jouer tour à tour une femme très introvertie dans Rachel, Rachel (1968) une jeune femme désabusée dans Les Feux de l’Eté (1958) de Martin Ritt aux côtés de Paul Newman et enfin ce rôle de veuve cynique pour lequel elle reçut le prix de la Meilleure Interprétation Féminine au Festival de Cannes de 1974.

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Bien que Woodward n’ait elle-même pas été formée à l’Actor’s Studio, Paul Newman doit une grande partie de sa formation à l’enseignement mythique de Lee Strasberg, hérité directement de la méthode de l’acteur de Constantin Stanislavski. Paul Newman était un acteur confirmé avant de passer derrière la caméra et sa direction d’acteurs trahit son héritage. Woodward s’imprègne bel et bien du personnage, puisant le plus possible dans ses émotions personnelles pour le faire ressortir. Newman laisse souvent reposer sa caméra sur elle, en plans-séquences et en gros plans, lui laissant ainsi libre place à toute l’étendue de son jeu. Woodward délivre les répliques du personnage avec sensibilité et justesse et dépeint sa vulgarité apparente et sa fragilité intérieure à merveille, jouant avec sa voix qu’elle fait criarde et nasillarde. Beatrice est pourtant dotée d’un certain humour, souvent volontairement, parfois à son insu et les dialogues, teintés d’humour et de cynisme, reflètent à la fois sa personnalité attachante et amusante, son aigreur et son désespoir.
Newman parvient ainsi à filmer ces trois femmes avec simplicité et compassion, composant une œuvre à la fois insolite, sensible et profondément réaliste.

Hommage à Paul Newman dans les cinémas de Paris : De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites à la Filmothèque du Quartier Latin, Luke la Main Froide au Grand Action, Le Gaucher à l’Action Christine, L’Affrontement au Lucernaire, Mr & Mrs Bridge, Les Sentiers de la perdition et Absence de malice au Reflet Médicis.

De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites (1972), un film de Paul Newman, scénario de Alvin Sargent, d’après la pièce de Paul Zindel.
Avec : Joanne Woodward (Beatrice Hunsdorfer), Nell Potts (Mathilde Hunsdorfer), Roberta Wallach (Ruth Hunsdorfer), Judith Lowry (la nourrice), David Spielberg (M. Goodman).
Musique: Maurice Jarre.
Durée: 100 minutes.
Crédit photographique : Splendor Films.

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