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Carried to Dust - Beau et Inutile ?

Par Thierry The Civil Servant • jeu 9 oct 2008 • Categorie: Musique

Sortie le 8 septembre

Comment chroniquer Carried to Dust, un disque beau, triste et dans le même temps un peu inutile ? Entendons-nous sur le terme d’inutile, car sinon il en est, qui, à peine cette phrase lue, vont s’empresser de faire demi-tour pour aller voir sur (mettez ici le site du webzine que vous voulez) s’ils y sont. Ce n’est pas au sens de vain ou de mauvais, de creux ou de frivole. Non, c’est plutôt au sens de sans objet. Oui, voilà le problème insurmontable que pose ce très beau disque de Calexico : c’est quoi l’objet ? Et on va où avec ça ?

Calexico revient à ses amours texanes et mexicaines (c’est plus seyant que tex-mex ne trouvez-vous pas) après passage par un album « Garden to Ruin » dans lequel ils avaient un peu forcé sur le son, oublieux de leurs premières racines (ce qui n’avait guère été du goût de la critique me semble-t-il me souvenir), mais ne font pas pour autant le retour arrière complet qui les verrait par exemple bégayer les chaleurs mexico-texanes qui ont été leur marque de fabrique. Oh certes, il y a bien encore des « Inspiration » ou « El Gatillo » qui raviront celles et ceux qui ne peuvent imaginer le combo de Tucson Arizona sans mariachis ni tequila. Mais globalement l’ambiance reste plus brumeuse et nostalgique que festive à la lumière rasante du soleil couchant à l’ouest du désert. Ne croyez pas ceux qui vous enjoindront d’acheter ce disque parce qu’il est plein de chaleur et de fête et que c’est une bonne médication au retour de l’automne. Ni ceux qui vous diront que la fiesta est de retour. C’est bien plus ambivalent que ça.

Le groupe, en forme, ouvert, souriant ?

En fait, oui voilà, le truc, c’est que cet album, qui ne fait pas de choix, est une extraordinaire compilation de tout ce qu’est capable de réaliser Calexico, le bon et l’excellent (comme ces merveilles que sont les ballades The news about William ou Man Made Lake) et le dispensable (les trucages chicanos et aussi ce Two Silver Trees dont j’ai du mal à comprendre qu’il ait été choisi pour single). Avec Carried to Dust, couvrez le champ lexical et musical de Calexico. C’est beaucoup et c’est bien peu.

Parce qu’enfin, qu’est-on en droit d’attendre de l’un des meilleurs groupes de néo country rock, si ce n’est pas la capacité à nous conduire vers des chemins, dont on connait bien la poussière c’est entendu, dont chaque cactus est un arbre pour nous familier, nous sommes d’accord là-dessus, dont les cahots ont cisaillé a maintes reprises nos reins et notre colonne vertébrale, nous nous comprenons bien, mais des chemins dont on ignore la destination finale. Les plus aventureux.

Carried to Dust. Ramené à la poussière, porté à la poussière. Ou porté pour épousseter. Retour au désert, ou nettoyage des grains de sable qui grippent la mécanique ? A voir. Qu’ont-ils vraiment choisi, Joey Burns et John Convertino en enregistrant ce nouvel album ? Ont-ils voulu, les deux hommes, réintégrer leurs pénates confortables de l’americana sudiste cool ou au contraire souhaitaient-ils chiffonner les années passées (plus de dix déjà) parce qu’elles ont déposé de trop voyantes traces sur le capot de cette automobile dont on devine la conductrice sur la pochette ? La vie d’un groupe est-elle comme cette voiture qui traverse lentement les villes fantômes en se couvrant doucement des alluvions du temps qui passe ? Vous pourrez écouter aussi longtemps Carried to Dust qu’il est humainement possible de le faire, vous ne répondrez pas à la question.

Pochette de l'album

Mais peut être vaut-il mieux ne pas se la poser la question, et se cantonner au « travail » de rédacteur : dire que cet album est très beau, superbe en certains instants, moins inspiré en d’autres ; que la production, le travail des arrangements, les vocaux sont parfaits.
Ainsi dit, ok, j’aurai fait le boulot : au bout du compte ça vous donnera vraiment envie de l’acheter vous ce disque, que j’écrive ça ?
Et même si j’indique que le début de Carried to Dust, de Victor Jara’s Hands1, à Man Made Lake est remarquable (à l’exception déjà indiquée plus haut de Two Silver Trees) ; même si je relativise ensuite sérieusement le compliment en disant que l’on s’endort un peu au milieu du disque, mollement bercé par des balades moins incarnées et des mexicanades sans grand intérêt, et même si je redonne au final du lustre à cet opus en précisant qu’on se réveille en fin de disque grâce à Falling From Sleeves et surtout le splendide Red Blooms.
Là encore, ok, j’aurai à nouveau fait le boulot : ça vous aura beaucoup aidé ? J’en doute !

Et ce sera dommage. Le mieux qui se puisse dire finalement c’est que Carried to Dust, par sa variété, est un album parfait pour qui ne connaîtrait pas Calexico et souhaiterait enfin s’initier, que, par sa fidélité, il est un album parfait pour tous les fans de Calexico qui ne seront pas déçus, et que par sa volonté de ne pas choisir de direction, il est parfait pour la plupart du reste du monde qui n’entend pas non plus se déterminer dans une période musicale sans repère évident. Et par suite, qu’il est un peu inutile ce disque. Mais beau. Et triste.

Si vous avez trouvé que cette chronique manquait de la plus élémentaire clarté, ne réglez pas votre ordinateur, c’est normal. Elle a été rédigée après une forte absorption de peyotl.

Calexico - Carried to dust - City Slang / Cooperative Music

  1. mains brisées par la douce junte chilienne après la prise de Santiago en 1973 ; une manière expéditive d’interdire définitivement la musique à ce chanteur engagé du mauvais coté, avant de l’assassiner[]
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Thierry The Civil Servant est un des rédacteurs Musique du magazine.
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6 Réponses »

  1. “La vie d’un groupe est-elle comme cette voiture qui traverse lentement les villes fantômes en se couvrant doucement des alluvions du temps qui passe ?”

    Excellente question. Celle de Calexico… j’aurais tendance à dire que oui. L’expédition a commencé il y a onze ans, certains ont pris le train en marche, d’autres l’ont quitté… mais l’expédition continue, ou disons : elle rentre à présent à la maison, puisqu’après deux albums moins marqués par l’americana (le génial “Feast of Wire” et le sympathique “Garden Ruin”) Calexico la retrouve avec bonheur. Le but de l’album ? Mais le but de cet album, à mon sens, ne peut être capté qu’en le replaçant dans le contexte de l’œuvre globale du groupe, depuis “Spoke” et en comptant chaque disque et chaque collaboration, même “Mustango” avec Murat ou “In the Reins” avec Iron & Wine…

    Mais tu n’as pas tort, cependant : “Carried to Dust” est un album inégal… comme quasiment tous les albums de Calexico, en fait, sauf que quand ils n’avaient pas de succès, personne ne se demandait si un quart de “Hot Rail” sonnait ou non comme du remplissage…

  2. Certes Thom.
    Mais au fond le principal de cette chronique c’est la dernière phrase. Sous forte influence de substances hallucinogènes, j’ai rédigé en ne sachant pas où le grand Sachem me disait d’aller.
    Plus sérieusement, c’est sûrement un des albums du trimestre et en même temps j’ai un peu de mal à voir ce qu’il apporte de plus à Calexico. Il y a quelque chose de beau mais de vain dans ce disque. Mais je suis quand même content de l’avoir ;)

  3. Oui… effectivement c’est un peu sinueux tout ça, parce que je t’assure qu’à te lire on a du mal à sentir à quel point c’est un des albums du trimestre. Pourtant ton article n’est pas du tout inepte, bien au contraire : j’en partage presque chaque remarque… dès lors qu’est-ce qui fait que je penche plus du côté du positif, et toi du côté du négatif… j’avoue que c’est mystérieux (mais l’art est mystérieux)

  4. Les voies des chamans sont impénétrables !

  5. hello TCS,
    je n’ai pas forcément été plus claire sur ma chronique, juste plus concis… tu as essayé de développer là ou j’ai mis une phrase facile (”On savait la palette des américains étendue, mais cet album est si riche qu’il faudrait analyser chaque titre pour la décrire entièrement”). je suis entièrement d’accord avec ta chronique, avec ton explication sur “inutile mais indispensable”. Finalement, j’ai l’impression que l’un comme l’autre on a galéré pour cette chronique. J’ai écouté l’album des dizaines de fois sans qu’une chronique construite et claire me vienne à l’esprit. Et j’ai carrément zappé quelques morceaux (dont Man Made lake) pour cette raison: je n’ai pas su comment en parler….

  6. “Il y a quelque chose de beau mais de vain dans ce disque. Mais je suis quand même content de l’avoir ”

    je viens de relire ce commentaire: c’est exactement ca! nos chroniques auraient pu tenir en une phrase, mais bon, après faut expliquer, et c’est là que ca se complique…

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