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Oasis - Coral Fang ?

Par Thomas Sinaeve • jeu 9 oct 2008 • Categorie: Musique

Disponible depuis le 06 octobre

Les effets d’annonce ont ceci d’horripilant qu’ils induisent un déplorable double effet Kiss Cool dont Oasis, comme Portishead il y a quelques mois ou Radiohead l’an passé… comme tant d’autres avant lui… sera à coup sûr ces temps-ci la victime malheureuse : on a bien vite l’eau à la bouche et la langue qui traîne par terre, jusqu’à ce moment fatidique où l’on écoute le disque (car chez Culturofil – incroyable mais vrai – on écoute les disques !) et où l’on est immanquablement déçu.

« Ah bon. Ce n’est que ça ? »

Mais qu’attendions-nous au juste pour ressentir une déception aussi subite ? On nous avait certes promis un chef-d’œuvre, le grand disque du renouveau, l’un des tous meilleurs albums de l’année… mais on savait aussi que les deux premières assertions avaient de grandes chances d’être évadées de l’imaginaire farfelu d’un quelconque attaché de presse. Ne fut-ce que pour une raison évidente : tous les amateurs d’Oasis savent pertinemment que le vrai disque du renouveau se nommait Heathen Chemistry (2002), album mésestimé1 présentant un Oasis enrichi d’une section rythmique enfin à la hauteur et apparaissant désormais comme un groupe soudé autour de son leadership bicéphale. Un disque inégal valant surtout pour sa première moitié, mais un disque attachant auteur de belles promesses presque toutes tenues trois ans plus tard au moment où paraissait Don’t Believe the Truth – premier opus de l’Oasis contemporain à se hisser à la hauteur des classiques du début des années quatre-vingt dix.

En fait de renouveau, donc, on attendait surtout de Dig Out Your Soul une confirmation – l’aboutissement d’un lent travail de reconstruction entamé ce matin de 1999 où Noël Gallagher eut la lumineuse idée de limoger les lourdauds Guigsy et Bonehead2 pour embaucher des musiciens digne de ce nom3. Quant au chef-d’œuvre annoncé… disons poliment qu’en dépit de l’admiration sincère qu’on a pour l’excellent Ryan Adams, sa comparaison avec Kid A4 n’a pas dû convaincre grand monde.

Pochette de Dig Out Your Soul

Et pourtant ! Il y a bel et bien du Kid A dans le véhément Dig Out Your Soul. Promis juré. Bon… inutile de planquer les enfants : Dig Out Your Soul, cocktail psyché-pop tout à fait réussi, ne révolutionnera pas la décennie à venir. S’il est à rapprocher de Kid A c’est bien entendu de par son processus d’élaboration, ainsi que de par ce qu’il représentera probablement dans la discographie future d’un groupe plus soudé et puissant que jamais. En somme : l’album où Oasis se remet en question, bouleverse ses habitudes de composition, achève de devenir un véritable groupe pourvu de cinq individualités fortes et complémentaires… et surtout : le premier album depuis ses pétaradants débuts où l’ex plus grand groupe du monde (autoproclammé) accepte de se mettre réellement en danger.

Ainsi, finie l’époque où chacun pestait contre l’omnipotence de Noël Gallagher tout en étant bien content qu’il soit bien assez prolifique pour compenser l’inconstance du reste du groupe ; principalement constitué de jams réalisées en studio, Dig Out Your Soul dégage une impression d’aisance et de spontanéité que de mémoire de sympathisant on n’a pas souvenir d’avoir jamais entendu sur un album d’Oasis. Passée une frayeur bien naturelle (la dernière fois que les mots « jam » et « psychédélique » ont été associés à Oasis c’était sur Be Here Now, plus mauvais disque du groupe et principal responsable de sa chute de popularité) et une vague inquiétude à l’idée de découvrir (qui sait ?) un Oasis singeant The Coral, on respire assez vite : Bag It Up, premier titre ébouriffant, rassure au moins autant qu’il surprend. Car en entendant sa rythmique d’acier, son chant aérien… on est tout de même stupéfait par le parcours d’un groupe qui n’a fait que progresser au fil d’albums inégaux régulièrement méprisés par les esthètes et autres gardiens du temple rock’n’roll. Certains le regretteront, d’autres s’en féliciteront, les réfractaires s’en foutront probablement… qu’importe : l’Oasis de 2008 n’a franchement plus grand chose à voir avec celui d’il y a quinze ans. Noël « j’ai une patate chaude dans la bouche » Gallagher chante désormais super bien, la batterie, longtemps le gros point faible du groupe, est impériale (Zak Starkey, en guise de chant du cygne5, fait des merveilleux sur le redoutable The Nature of Reality), les citations se font (relativement) plus discrètes, la palette musicale s’est considérablement élargie, le son est désormais aussi dense que les arrangements sont riches…

… et ce n’est pas fini ! Car la grande nouveauté de ce cru 2008 a de quoi assommer le fan le plus costaud : croyez-le ou non, mais Dig Out Your Soul est un album… complexe ! Pas complexe comme du Kid A, bien entendu… mais bien plus abrupte et risqué que tous les disques précédents, moins immédiat, nécessitant un certain nombre d’écoutes pour être apprivoisé. Une seule ballade digne de ce nom (lumineuse I’m Outta Time, qui rappelle la superbe Let There Be Love d’il y a deux ans), des mélodies moins directes et plus vicieuses prenant souvent l’auditeur à revers (The Turning et ses boucles de piano, High Horses, Soldier On), des compositions parfois étonnamment heavy (Waiting for the Rapture)… pas de doute : Oasis a achevé la mue entamée au début des années 2000, sans changer complètement (Dig Out Your Soul est dans le fond la suite logique de Don’t Believe the Truth, avec qui il partage le même producteur ((Dave Sardy, producteur de gens aussi divers que Johnny Cash, Nine Inch Nails, Badly Drawn Boy ou Rufus Wainwright !) mais en parvenant enfin à se libérer des carcans britpop qui après lui avoir valu son succès semblaient être devenus sa croix.

C’est dire si l’on est à la fois ravi et secoué au moment de ressortir de ce magma pop, hypnotique et souvent offensif : ce n’est pas, comme le veut la formule consacrée, « l’album qu’on n’attendait plus d’Oasis »… mais tout simplement « l’album qu’on n’attendait pas ». Rien que pour ça, on lui pardonnera ses micro défauts, ses deux titres en trop comme ses deux ou trois breaks instrumentaux un peu longuets.

Dig Out Your Soul, d’Oasis, édité chez PIAS.
Crédit photographique : Oasis.

  1. Comme tous les Oasis des années 2000[]
  2. Respectivement bassiste et guitariste du groupe depuis sa formation en 1991[]
  3. L’ex guitariste et pianiste des obscurs Heavy Stereo, Andy Bell, et l’ex leader de Ride, Gem Archer[]
  4. LE disque le plus important de la décennie, publié au tout début de celle-ci par Radiohead… est-il utile de le rappeler ?[]
  5. Le fils de Ringo et batteur des Who a en effet quitté le groupe le mois dernier, cédant les fûts à Chris Sharrock - qui sera donc le quatrième batteur d’Oasis en sept albums[]
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Thomas Sinaeve est un des rédacteurs Musique du magazine.
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11 Réponses »

  1. Bon ok, j’ai pigé.
    Je suis soit un “esthète” soit un “autre gardien du temple rock’n’roll”.
    Putains de breloques que tu colles à mon revers en une phrase mon ami !

  2. S’il y a bien une chose que l’enthousiaste Civil Titi n’est pas, c’est un gardien du temple ! :-)

    Quant à esthète… c’est plutôt un compliment, dans ma bouche. Si.

  3. Ah putain Civil T… je t’avais pourtant prévenu !
    Tu es un homme mort !

  4. Merde… Zak Starkey a quitté Oasis? Ou est passé leur caution 60’s??
    Non…. album fort…. déroutant, mais pas désagréable: on dirait pas du Oasis. Mais c’est pas mauvais pour autant.

    (Sinon… dire: Le fils de Ringo et batteur des Who a en effet quitté le groupe le mois dernier”…
    Il faut savoir que:
    1) Le batteur des Who, c’est KEITH MOON :-)…. à la rigueur Kenney Jones
    2) Starkey n’a jamais accepté les propositions de Townshend de rejoindre officiellement les Who. Il a beau avoir battu lors de tous leurs concerts depuis (au moins 1997), il a toujours refusé d’être un membre à part entière du groupe. Il ne joue d’ailleurs que sur quelques titres de Endless Wire.
    Mais bon…. maintenant, peut etre va-t-il devenir officiellement batteur des Who… qui sait ;-) )
    3) Oasis et les Who et les batteurs…. juste pour l’anecdote… Steve White, frère d’Alan White, batteur d’Oasis a tenu les futs pour la prestation des Who au live 8. Mais bon…. honnetement on s’en fout.

  5. Ah mais non, on s’en fout pas ; j’ignorais ce détail :-)

    Pour le statut de Zak au sein des Who… peu m’importe qu’il ait été intronisé officiellement ou pas. Daryl Jones n’a jamais été officiellement intronisé “bassiste des Stones”, n’empêche qu’il gère (très bien) ce rôle depuis 1993… si Jagger & Richards veulent ménager la symbolique (et les royalties) c’est leur problème : Jones est quand même le bassiste des Stones. Idem pour Zak batteur des Who… d’ailleurs c’est bien mignon tout ça mais tu l’appelles comment sinon, le mec ? “Le fils de Ringo qui qui joue de la batterie pendant les concerts des Who depuis plus de dix ans”… ? Tu avoueras que non seulement c’est long, mais en plus c’est pas clair - un lecteur mal réveillé pourrait comprendre que Zak Starkey joue de la batterie par-dessus la musique des Who chaque fois qu’ils font un concert (quel chieur le gars :-D)

  6. Aux dernières nouvelles, le ptit Zak ne s’est pas fait salement dégagé par l’ainé des Gallagher (Dieu merci, faut pas abuser dis donc !!)… il semblerait simplement qu’il doive affronter un divorce difficile (qu’il bacle ça en vitesse et qu’il revienne pour la tournée !!)
    de même pour l’anecdote, Zak Starkey, digne fils de Ringo, ex-batteur des Who comme il a été dit précédemment, est par ailleurs le filleul de Keith Moon (RIP) de quoi y voir, peut-être, une raison à son statut dans le groupe ?? je dis ça comme ça…. mais comme quoi, il a VRAIMENT de qui tenir. Rien n’arrive par hasard dans la vie…

  7. Ah oui ? Eh bien merci beaucoup pour la précision… j’étais assez surpris (en effet) de lire un peu partout que Zak avait plaqué le groupe, alors qu’il semblait pourtant remarquablement intégré (plus que n’importe quel autre batteur d’Oasis avant lui).
    Concernant son atavisme, ce qui est assez formidable avec le p’tit Zak c’est que dans le fond… il est sans doute bien meilleur musicien que son père (même si ce n’est pas du tout bien vu de dire ce genre de choses)…

  8. attends, y’a un truc qui colle pas….. comment on peut divorcer de Zak Starkey ?? je veux dire comment peut-on… envisager ça ?? c’est un beau parti, merde !
    si elle reste pas par amour, qu’elle reste pour la musique…. c’est amplement suffisant…..

  9. P’tet que toute son énergie passe dans les baguettes, va savoir. Elle a sûrement une bonne raison.

  10. Ah le divorce de zak starkey.
    deja une chose est sure, zak starkey est tres discret sur sa vie privée.
    Il s’est marié super jeune et est resté 21 ans avec sa femme sarah menikides qui l’a quand meme sorti de le m… quand ils se sont rencontrés et qu’il était quand meme imbibé de substances en tout genre.

    On dit qu’apres 21 ans de mariage ils sont restés proches.
    zak est aujourd’hui avec sharna liguz, chanteuse de son groupe pengu!ns. Pas le meme genre que sarah la jeune blonde

    C’est sur que lorsqu’on voit les photos sur leur page myspace music, elle est jeune et un peu délurée.

    Bref allez savoir les raisons de ce divorce, ca les regarde apres tout..

  11. Dites-vous après huit lignes sur le sujet ;-)

    Je crois que le commérage est tristement humain… mais vous attirez cela dit mon regard sur cette discussion que j’avais lâchement abandonnée, n’éprouvant qu’un intérêt relatif pour la vie conjugale du brave Zak :-D

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