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Young Yakuza, audacieux et décevant

Par Boeb'is • mar 14 oct 2008 • Categorie: Dvd

Sortie prévue 16 octobre 2008

Young Yakuza, un énième film sur la mafia japonaise? Pas tout à fait.

Jean-Pierre Limosin prend le contrepied des films de yakuzas, souvent complaisant avec la violence, en choisissant de ne pas filmer les activités illégales des mafieux et de se concentrer sur leur vie quotidienne. Un pari audacieux, qui s’explique assez trivialement : le film est un quasi-documentaire filmé avec l’accord et la participation de vrais yakuzas; c’est même un chef de clan qui est à l’initiative du projet ! Le résultat est à l’image du projet : très ambigu.

Dvd Young Yakuza

Jean-Pierre Limosin refuse le style documentaire : pas de voix off donc, ni aucun intervenants extérieurs pour donner d’explications. Le film se résume donc à la fascination de Limosin pour les mafieux japonais et peut-être surtout à la mise en scène des yakuzas par eux même. Car si rien n’a été joué, si tout est véridique, ils n’ont rien laissé au hasard non plus : ils ne montraient que ce qu’ils voulaient montrer. Un clap les prévenaient même que la caméra se mettait en route ! En contrepartie de ce manque de spontanéité, le film offre quelques jolis plans de cinéma qui tranchent heureusement avec les images ternes de bien des documentaires.

Toujours pour s’écarter du documentaire traditionnel, Limosin tente, mais assez maladroitement, de donner une trame narrative à son film. Il débute donc classiquement comme le parcours initiatique de Naoki, un jeune désœuvré qui intègre le clan. On suit sa découverte des membres, des codes et des rites du milieu sur un rythme très plan-plan. Des événements importants semblent secouer le clan mais on n’en saura malheureusement pas plus; au risque de ne rien comprendre. Puis Naoki disparait et le réalisateur se retrouve contraint de se recentrer tant bien que mal sur les autres personnages. Le film est aussi ponctué d’entretiens avec le boss et d’intermèdes musicaux avec le groupe de rap RGM.

Dvd Young Yakuza

Qu’est ce qui ressort de ce projet étrange ? Pas grand chose malheureusement. Limosin, trop prudent ou simplement subjugué par son sujet, prend très peu de recul. Il laisse la parole aux mafieux sans contradiction. On peut entendre avec surprise (ou consternation) le Boss regretter les lois anti-gangs et évoquer avec nostalgie le bon vieux temps où les yakuzas étaient aussi puissants que la police. Surtout, il revient longuement sur le fait qu’après tout, un gang de yakuzas est une organisation comme les autres, voir même, une organisation traditionnelle structurante pour des jeunes en déshérence !

Ce qui est grave, c’est que Young Yakuza semble soutenir cette idée aberrante. Il se limite au quotidien des mafieux en laissant de côté la violence. Il se concentre sur la cuisine, le ménage, les bains, les pauses cigarettes. Il insiste sur les codes d’honneur, les rites, la hiérarchie, la discipline. Parfois même, il tombe dans un Japon de carte postale, celui de l’encens, des tatouages, et des festivals traditionnels. Il ne fait pas de doute qu’en présentant la mafia avec une telle tendresse, comme s’il s’agissait d’une jolie coutume anachronique, Limosin est retombé dans le piège de la représentation romantique qu’il avait justement cherché à éviter. Le projet était audacieux et difficile certes, pourtant avant lui, Takeshi Kitano ou Matteo Garrone avec Gomorra avaient réussis le pari de dépeindre de manière réaliste le milieu de la mafia. L’échec est d’autant plus grand, qu’il s’agissait cette fois d’un documentaire dont l’intérêt narratif est extrêmement limité.

Dvd Young Yakuza

Le DVD contient des bonus assez intéressants, du moins pour ceux qui ont aimé le film. Mis à part la bande annonce dont l’intérêt m’a toujours échappé, il y a Questions de filmage avec André S. Labarthe (27 min) et le court métrage Kami Hito E – On the Edge de Basile Doganis (28 min). Je vous conseille également la longue interview en quatre parties que Limosin a donné à dvdrama où il revient longuement sur tout ce qui s’est passé hors champs, c’est à dire beaucoup de choses puisqu’on ne voit presque rien dans le film.

Young Yakuza, réalisation de Jean-Pierre Limosin, édité par CTV. France, 2006, 100 min, couleurs, format 1.77 – 16/9 comp. 4/3, version originale sous-titrée Dolby Digital 5.1 Édition DVD testée sur Samsung Full HD LE40F71B et Philips Home Cinema HTS6510.
Crédit photographique : CTV.

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Boeb'is est un des rédacteurs Cinéma du magazine, anciennement présent dans la rubrique DVD.
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2 Réponses »

  1. [...] pour aller beaucoup plus loin que les autres films sur des sujets équivalents3, tels le décevant Young Yakuza de Jean-Pierre Limosin sur la mafia japonaise, ou l’honorable Carlitos Medellin de Jean-Stéphane [...]

  2. [...] pour aller beaucoup plus loin que les autres films sur des sujets équivalents3, tels le décevant Young Yakuza de Jean-Pierre Limosin sur la mafia japonaise, ou l’honorable Carlitos Medellin de Jean-Stéphane [...]